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Un programme destiné aux écoles s'apparente à une publicité

Trousse sur la sexualité des adolescents.
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un programme d'éducation sur la puberté qui s'adresse aux élèves québécois de cinquième et sixième années a toutes les apparences d'une publicité. Pourtant, la publicité destinée aux enfants de moins de 13 ans est interdite au Québec.

Le programme pancanadien Grandir, qui existe depuis 10 ans, propose aux écoles primaires une trousse ayant pour but de « faciliter la transition de l'enfance à l'adolescence chez les garçons et les filles de 5e année et de 6e année », selon le site web Éducation physique et santé Canada, partie prenante du programme.

Il est entièrement financé par Procter et Gamble et utilisé dans 450 écoles au Québec.

Il inclut un livret, qui indique en petits caractères que le dépliant est commandité par les marques Always et Tampax. On y lit notamment : « Tu peux porter un protège-dessous tous les jours pour te sentir propre et fraîche ».

« Moi, je m'en suis rendue compte parce que je travaille en pub et j'ai un radar pour ça », explique Élise Noel De Tilly, conceptrice-rédactrice en publicité. Remis par l'infirmière de l'école au cours d'une activité d'information, le dépliant sur la puberté s'est retrouvé entre les mains de sa belle-fille, qui est en 6e année.

Mme Noel De Tilly y voit une véritable invitation à la consommation. « Il y avait un DVD projeté en même temps, alors le message était contrôlé par l'entreprise du début à la fin », ajoute-t-elle.

Les élèves ont en outre reçu des échantillons de produits : des déodorants pour les garçons et des serviettes hygiéniques pour les filles.

Cette approche pose problème aux yeux de Thierry Bourgoignie, chercheur et professeur en droit de la consommation. « Même si vous faites abstraction de la brochure, le simple fait de distribuer des échantillons constituerait une pratique illégale », rappelle-t-il.

« Sous réserve de ce qui est prévu par règlement, nul ne peut faire de la publicité à but commercial destinée à des personnes de moins de treize ans.
- Article 248 de la Loi sur la protection du consommateur

« Pour déterminer si un message publicitaire est ou non destiné à des personnes de moins de treize ans, on doit tenir compte du contexte de sa présentation et notamment :
a) de la nature et de la destination du bien annoncé;
b) de la manière de présenter ce message publicitaire;
c) du moment ou de l'endroit où il apparaît.

Le fait qu'un tel message publicitaire soit contenu dans un imprimé destiné à des personnes de treize ans et plus ou destiné à la fois à des personnes de moins de treize ans et à des personnes de treize ans et plus ou qu'il soit diffusé lors d'une période d'écoute destinée à des personnes de treize ans et plus ou destinée à la fois à des personnes de moins de treize ans et à des personnes de treize ans et plus ne fait pas présumer qu'il n'est pas destiné à des personnes de moins de treize ans. »
- Article 249 de la Loi sur la protection du consommateur

La Commission scolaire de Montréal dit ne pas avoir reçu de plainte de parents jusqu'à maintenant et les réfère au réseau de la santé.

Martine Fortier, responsable du programme Sexualité chez les jeunes à la Direction de la santé publique, ne trouve pas matière à critique. « Je ne pense pas que c'est dire à un enfant : " tu dois acheter telle marque et il faut que tu mettes ça." Le message, c'est un message de santé et bien être, selon moi. Et je pense que l'infirmière, dans ce cas-ci, faisait son travail d'intervenante, soutient-elle. Au même titre que je n'ai pas de problème à ce que les hygiénistes dentaires [...] donnent des petits tubes de dentifrice. »

« Je ne pointerai pas l'infirmière, mais est-ce qu'on veut laisser les entreprises se rendre aussi loin dans l'éducation de nos enfants? », demande de son côté Mme Noel De Tilly.

La situation rappelle l'arrivée des petits gâteaux Igor dans les centres de la petite enfance. La campagne, qui visait les moins de 13 ans, a dû être retirée à la demande de l'Office de protection du consommateur.

La prévention en santé passe souvent par l'utilisation d'outils commandités par le privé et quand l'argent est rare au public, ces outils sont vus comme utiles, même avec des enfants qui sont de futurs consommateurs.

Avec un reportage d'Anne-Louise Despatie

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