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Le sénateur Boisvenu retire ses propos controversés sur l'option du suicide donnée aux assassins

Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu.
Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu a livré le fond de sa pensée sur la peine de mort en des termes plutôt surprenants.
Radio-Canada

Après le tollé suscité par les propos qu'il a tenus plus tôt dans la journée au sujet du sort souhaité aux meurtriers, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu a dit vouloir les « retirer publiquement ».

Lors d'un point de presse impromptu, à l'entrée de la réunion du caucus de son parti, le sénateur a affirmé mercredi matin que chaque assassin emprisonné devrait avoir les moyens de mettre fin à ses jours.

« Moi, je ne suis pas pour la peine de mort, je pense qu'il faut laisser une chance à tous les gens. Mais dans des cas aussi horribles que [le tueur en série Clifford] Olson, est-ce qu'on peut avoir une réflexion à ce niveau-là? », a dit le sénateur conservateur, alors qu'il était interrogé sur le projet de loi C-10 sur la criminalité.

Moi, je dis toujours, dans le fond, il faudrait que chaque assassin aurait le droit à sa corde dans sa cellule, il décidera de sa vie.

Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu

« Je pense qu'il y aurait des cas où il faudrait reconsidérer ce système-là [notre système de justice actuel], je pense à Olson, je pense à Paulson [sic], des gens qui ont été des tueurs en série, des gens qui n'ont aucune possibilité de réhabilitation », a-t-il poursuivi.

Rappelant au passage les 10 millions de dollars qu'a coûté aux contribuables du pays le procès des membres de la famille Shafia, M. Boisvenu a expliqué que le temps était peut-être venu d'ouvrir un débat sur la peine de mort dans certains cas où les criminels sont irrécupérables.

Le sénateur se rétracte

Le sénateur Boisvenu est ressorti peu de temps après de la salle de réunion pour expliquer aux journalistes qu'il n'aurait pas dû faire une telle déclaration publiquement et qu'il était allé un peu loin. Il a également multiplié les entrevues avant de publier un communiqué, dans lequel il dit trouver son « commentaire inapproprié ».

« Dans une discussion à bâtons rompus, le sénateur a émis publiquement un commentaire, qu'un proche d'une victime assassinée lui avait déjà fait, au sujet du sort souhaité aux tueurs en série Pickton, Olson et Bernardo », soutient le communiqué.

Le sénateur « regrette ne pas avoir pu clarifier l'idée qu'il voulait exprimer sur les criminels en série » et « désire retirer publiquement cette déclaration ». « De plus, poursuit la note, si son commentaire a blessé les proches de personnes s'étant suicidées, il tient à s'en excuser ».

Le communiqué réaffirme en outre que M. Boisvenu est contre la peine de mort et que et « la position du gouvernement est aussi la sienne ». Souvent interrogé sur la peine de mort par le passé, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a toujours affirmé aux Canadiens que son gouvernement n'avait aucune intention de rouvrir le débat sur cette question.

En entrevue à l'émission Désautels de la radio de Radio-Canada, le sénateur Boisvenu a tenu à préciser que ces déclarations étaient les siennes et qu'elles ne représentaient pas les vues du gouvernement.

Rappelons que le sénateur Boisvenu est membre du comité sénatorial chargé d'étudier le projet de loi C-10, qui prévoit des modifications au Code criminel pour durcir le traitement réservé aux criminels et les jeunes contrevenants notamment en augmentant la durée des sentences et en resserrant les conditions de libération conditionnelle.

La fille de M. Boisvenu, Julie, a été assassinée en 2002 par un récidiviste.

Des propos qui ont des échos à Ottawa...

La chef du NPD, Nycole TurmelLa chef du NPD, Nycole Turmel

Les réactions n'ont pas tardé à fuser.

« Il est contre la loi de conseiller ou d'encourager une personne à se donner la mort. C'est exactement ce que le sénateur conservateur Boisvenu vient de faire [...] », a lancé en Chambre la chef intérimaire de l'opposition officielle, Nycole Turmel, qui a demandé à Stephen Harper ce qu'il comptait faire.

Le premier ministre Stephen Harper s'est porté à la défense de M. Boisvenu. « Le sénateur a déjà retiré ses mots, ses paroles, a-t-il dit. Évidemment, ce gouvernement existe pour aider les victimes. La famille de Boisvenu a été une victime d'un crime terrible. Et ce gouvernement veut agir pour défendre de tels incidents à l'avenir. »

Nycole Turmel a déploré les propos du sénateur Boisvenu, tout en soulignant ses inquiétudes par rapport au fait que ce soit des gens comme lui qui décident actuellement des lois au Canada.

Il nous représente, il a été nommé par M. Harper, moi, j'ai des craintes par rapport à des attitudes comme celles-ci. Ces personnes-là, à la fin de la journée, signent les projets de loi.

Nycole Turmel, chef intérimaire du NPD
Le chef du PLC, Bob RaeLe chef du PLC, Bob Rae

Le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, a lui aussi déploré que Pierre-Hugues Boisvenu « suggère quelque chose de criminel ». Disant comprendre les réactions du sénateur qui a vécu des drames familiaux importants, le chef du PLC dénonce néanmoins qu'un membre du Sénat tienne de tels propos.

« Le problème, ce n'est pas qu'il le dise, c'est qu'il le pense! », a-t-il ensuite commenté sur les ondes de RDI. « Je crois qu'il ne devrait plus siéger sur le comité qui étudie les changements au Code criminel parce que, pour moi, ça montre clairement qu'il n'a pas un point de vue de jugement et d'équilibre », a-t-il soutenu.

En après-midi, le sénateur Boisvenu prenait part aux premières audiences du comité des Affaires juridiques et constitutionnelles du Sénat, qui étudie le projet de loi C-10.

... comme à Québec

À Québec, le ministre québécois de la Justice, Jean-Marc Fournier, est resté très prudent. « C'est à lui de s'expliquer, a-t-il commenté. Moi, je tiens à vous le dire, le ministre [fédéral] de la Justice, c'est Rob Nicholson. Je comprends que [M. Boisvenu] peut faire des déclarations aux médias, mais ce n'est pas lui qui règle les dossiers quand nous avons des dossiers à régler. »

L'opposition officielle s'est fait moins conciliante. « Sa déclaration de ce matin est tout à fait inacceptable », a réagi Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière de justice. « Malheureusement, M. Boisvenu n'en est pas à ses premières controverses et il n'a tout simplement pas la crédibilité et la légitimité pour pouvoir demeurer un porte-parole du gouvernement Harper en matière justice au Québec, d'autant plus que c'est un non-élu, un sénateur qui n'est pas imputable au même titre qu'un ministre ou un député », a-t-elle poursuivi.

Les associations de prévention du suicide ont aussi réagi, notamment au Québec, où le directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide, Bruno Marchand, a déclaré mercredi sur les ondes de Radio-Canada : « On travaille d'arrache-pied pour prévenir le suicide, pour le rendre inacceptable, et un sénateur, de par sa posture, sa stature, devrait comprendre ça et non pas aller à contresens de tous les efforts faits au Canada pour prévenir le suicide ».

Il y a plusieurs éléments que moi je trouve dangereux. Le premier c'est qu'il dit : "On devrait cautionner le suicide pour une catégorie de gens que moi je trouve inutiles". Le deuxième, il vient dire : "On ne va pas juste le cautionner, on devrait en être complice et fournir la corde".

Bruno Marchand, directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide
Avec les informations de La Presse canadienne

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