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La présence de la police dans les réseaux sociaux inquiète certains groupes

Radio-Canada

En Saskatchewan comme ailleurs au pays, la police utilise de plus en plus les réseaux sociaux pour communiquer avec le public et mener ses enquêtes. Certains groupes craignent toutefois que des abus ne portent atteinte à la vie privée des citoyens.

Kaeli Madill travaille depuis quelques mois au sein de la police de Regina. Elle occupe le poste de responsable des communications dans les médias sociaux, un emploi récemment créé.

« C'est une façon de plus pour la police d'interagir avec le public », explique la principale intéressée.

Au cours d'une seule journée, Kaeli Madill peut publier jusqu'à une centaine de commentaires sur Facebook et Twitter.

La police de Regina utilise ces outils interactifs pour redorer son image, en publiant les photos prises lors d'événements communautaires, mais également pour donner des détails sur des opérations policières, pour répondre aux questions des citoyens et demander l'aide du public pour retrouver des personnes disparues ou recherchées.

Il s'agit-là, selon la police, d'une façon supplémentaire d'obtenir des renseignements qui peuvent s'avérer utiles pour faire avancer certaines enquêtes.

« Nous recevons particulièrement beaucoup de commentaires [par rapport aux enquêtes] », souligne Kaeli Madill.

La caporale Candace Benko utilise aussi les médias sociaux, mais d'une toute autre façon. Elle est enquêteuse au sein d'une unité chargée de combattre l'exploitation des enfants sur Internet.

Elle utilise Facebook, Twitter, MSN et d'autres plateformes pour recueillir de l'information sur des personnes soupçonnées d'avoir commis des actes criminels, comme l'exploitation sexuelle ou le leurre d'enfants.

« Nous l'utilisons comme un outil d'investigation », explique-t-elle.

Dans le cadre de ses enquêtes, elle personnifie parfois des enfants ou des pédophiles sur le web pour prendre des délinquants sexuels à leur propre jeu. Il lui arrive aussi de s'infiltrer dans des comptes personnels protégés par des mots de passe, afin de surveiller les activités de certains suspects en ligne.

Candace Benko est catégorique : les médias sociaux sont extrêmement utiles pour recueillir des renseignements.

« Nous sommes parfois surpris jusqu'à quel point le web nous permet de colliger de l'information et de faire des recoupements », dit-elle.

Une pratique répandue

Partout au pays, les forces policières utilisent de plus en plus les médias sociaux pour mener leurs enquêtes. À Vancouver, grâce à sa page web mise sur pied après les émeutes qui ont secoué la ville, en juin dernier, la police a reçu des milliers de photos et plus de 1600 heures de vidéo.

Elle demande maintenant aux citoyens d'identifier les vandales sur son site web, afin que des accusations soient portées contre eux.

Ce n'est qu'un début, selon le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction du risque, à l'Université Laval à Québec, Stéphane Leman-Langlois.

« Il faut s'attendre à travers les prochains mois et années à une présence de plus en plus courante, de plus en plus ordinaire des organismes de police sur ces réseaux-là », raconte Stéphane Leman-Langlois.

La vie privée menacée?

Cette présence policière sur le web dérange toutefois certains groupes, qui craignent que la police transgresse le droit à la vie privée des citoyens.

L'Association canadienne des libertés civiles affirme que c'est justement ce qui est arrivé dans les mois précédents le sommet du G20, tenu en juin 2010 à Toronto.

Des policiers se seraient ainsi infiltrés dans certains groupes sur le web pour surveiller leurs discussions, et pour apprendre quels gestes ils voulaient poser en vue de la rencontre des chefs d'État.

Selon l'association, il s'agit d'un cas d'espionnage sans motif valable qui porte atteinte à la vie privée, et qui pourrait avoir de graves répercussions sur la participation démocratique.

« Ça, c'est très inquiétant parce que ça pourrait mener évidemment à miner la capacité des gens à collaborer dans les médias sociaux pour organiser soit des manifestations politiques ou simplement des actions politiques », affirme Nathalie Des Rosiers, avocate et directrice exécutive de l'Association canadienne des libertés civiles.

Elle déplore en outre l'absence d'un cadre juridique clair pour baliser les activités policières dans les médias sociaux.

« C'est un peu le Far West dans le sens où il n'y a pas de préautorisation pour empêcher comme ça un corps policier de décider d'infiltrer ou de surveiller ce qui se passe dans un groupe de discussion, alors c'est un peu inquiétant », conclut-elle.

Avec un reportage d'Olivier Bachand.

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