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Tensions et débats

Radio-Canada



Le mouvement souverainiste n'en est pas à sa première crise. Le Parti québécois, en particulier, a connu de multiples soubresauts.

Le conflit interne a toujours existé au sein du Parti québécois.

Jean-Martin Aussant

Ces tensions s'articulent autour de deux axes. D'une part, l'engagement à réaliser la souveraineté et les moyens d'y parvenir. D'autre part, la priorité accordée au développement économique ou aux politiques sociales.

Le beau risque

À la suite de la défaite référendaire de 1980 et du rapatriement de la constitution canadienne sans l'accord du Québec en 1982, le fondateur du Parti québécois, René Lévesque, se lance dans ce qu'on appellera le « beau risque ». Aux élections fédérales de 1984, il s'engage à soutenir les forces fédérales du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney. L'entente entre les deux chefs politiques prévoit que le PQ renoncera à promouvoir la souveraineté aux prochaines élections si Ottawa adopte une politique d'ouverture envers le Québec pour rouvrir le dossier constitutionnel.

Et si la collaboration du gouvernement conservateur devait s'améliorer, cela ne risquerait-il pas d'étouffer notre option fondamentale et de renvoyer la souveraineté aux calendes grecques? De toute évidence, il y a un élément de risque. Mais c'est un beau risque.

René Lévesque
René Lévesque affirme à la presse qu'il maintient ses choix politique, le 23 novembre 1984.René Lévesque affirme à la presse qu'il maintient ses choix politique, le 23 novembre 1984. Photo : PC / Paul Chiasson

Malgré les dissensions au sein du parti, René Lévesque maintient le cap et demande une modification de l'article 1 tel qu'adopté au congrès.

Le 20 novembre, le député de Deux-Montagnes Pierre De Bellefeuille quitte le caucus péquiste pour siéger comme indépendant. Deux jours plus tard, cinq ministres démissionnent tour à tour :

  • Le ministre des Transports Jacques Léonard
  • La ministre de la Condition féminine Denise Leblanc-Bantey
  • Le vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales Camille Laurin
  • Le ministre des Finances Jacques Parizeau
  • Le ministre de la Science et de la Technologie Gilbert Paquette

Deux jours plus tard, c'est au tour de la ministre des Communautés culturelles et de l'Immigration Louise Harel. Le ministre délégué aux Relations avec les citoyens et citoyennes Denis Lazure, alors en voyage en Russie, quitte le PQ à son retour. Le député Jérôme Proulx décide quant à lui de rester à l'Assemblée nationale, où il siégera comme indépendant.

Le 20 juin 1985, René Lévesque démissionne de son poste de premier ministre et de chef du Parti québécois. Trois mois plus tard, Pierre-Marc Johnson lui succède et déclenche des élections générales le 2 décembre 1985. Le Parti québécois est défait après neuf ans à la tête du gouvernement.

Quand les chefs démissionnent

Dix jours après la mort de René Lévesque, Pierre-Marc Johnson démissionne à la suite de pressions internes au sein du Parti québécois. Depuis qu'il s'était fait grand défenseur de « l'affirmation nationale » en voulant remettre la souveraineté à plus tard, il était de plus en plus contesté par les factions que la souveraineté demeure prioritaire dans le programme du parti. Il affirme alors ne pas vouloir « présider aux déchirements internes du parti » et accepte donc de se faire montrer la porte.

Huit jours plus tard, le ministre démissionnaire Jacques Parizeau revient en politique pour prendre les rênes du Parti québécois, dont il sera élu chef en mars 1988. Après avoir formé l'opposition officielle en 1989, le PQ reprend le pouvoir en 1994 et son nouveau chef promet un référendum sur la « souveraineté-partenariat ».

Le premier ministre Jacques Parizeau pendant la campagne référendaire de 1995.Le premier ministre Jacques Parizeau pendant la campagne référendaire de 1995. Photo : PC / Jacques Boissinot

Le 31 octobre 1995, au lendemain de la défaite référendaire, Jacques Parizeau démissionne. La souveraineté est à son plus mal et les paroles qu'a prononcées Monsieur ce soir-là hantent encore aujourd'hui les forces souverainistes. Il restera le chef moral des souverainistes purs et durs.

En janvier 1996, Lucien Bouchard devient chef du Parti québécois et premier ministre désigné du Québec. Il soutient que le prochain référendum sera un « référendum gagnant », ce qui devient rapidement dans le langage courant « les conditions gagnantes ».

Encore une fois, les militants purs et durs du PQ dénoncent le manque de rigueur de leur nouveau chef dans la promotion de la souveraineté. Lucien Bouchard traînera la réputation de ne pas être un « vrai souverainiste ». Le 11 janvier 2001, il annonce sa démission en expliquant que ses « efforts pour relever rapidement le débat sur la question nationale sont restés vains ».

Le 8 mars 2001, Bernard Landry devient le nouveau chef du PQ et prend la tête du gouvernement provincial. En 2002, il encourage ses troupes en promettant de réaliser la souveraineté « dans 1000 jours », puis affirme vouloir le faire « le plus tôt possible ». Il perd toutefois les élections en 2003 au profit du Parti libéral dirigé par Jean Charest et devient chef de l'opposition officielle. Le 4 juin 2005, Bernard Landry quitte la politique après avoir recueilli 76,2 % d'appuis lors d'un vote de confiance, qu'il a estimé trop faibles.

Lors de la course à la direction qui suit, André Boisclair, 39 ans, bat son adversaire Pauline Marois et devient le plus jeune chef de l'histoire du Parti québécois en novembre 2005. Sous la gouverne d'André Boisclair, les péquistes perdent en mars 2007 leur statut d'opposition officielle au profit de l'Action démocratique du Québec.

Après cette cuisante défaite (le pire résultat en 30 ans), la crise de leadership se fait de plus en plus sentir. Les attaques se multiplient contre André Boisclair. Bernard Landry critique le leadership de son successeur, l'indépendantiste Yves Michaud demande sa démission. André Boisclair soutient que la souveraineté est devenue irréalisable et que le PQ doit se départir de cette idée de tenir un « référendum le plus tôt possible dans un premier mandat », promesse pourtant lancée lors de sa campagne. Il perd l'appui de la majorité des députés de son caucus et annonce sa démission le 8 mai 2007.

Québec solidaire : la gauche des forces souverainistes

Amir KhadirAmir Khadir Photo : Lisa Marie Noël

En février 2006, se déroule le premier congrès de Québec solidaire. Ce parti souverainiste de gauche résulte de la fusion entre l'Union des forces progressistes et le mouvement politique Option citoyenne. Au lieu d'un chef, le parti s'est choisi deux porte-parole : le médecin Amir Khadir et la travailleuse sociale Françoise David.

Contrairement au Parti québécois, Québec solidaire ne fait pas de la souveraineté le thème central de son programme. Pour la formation, la souveraineté fait d'un projet plus global qui se caractérise aussi par la défense des droits des travailleurs, la lutte contre l'exclusion, le développement économique respectueux de l'environnement et équitable pour les individus.

À l'élection de décembre 2008, Amir Khadir s'est fait élire dans Mercier, devenant le premier député de la formation.

Les turbulences de l'ère Pauline Marois

Pauline MaroisPauline Marois avec son caucus, après la démission de quatre de ses députés, en juin 2011

Après deux tentatives pour devenir chef du PQ (1985 et 2005), Pauline Marois prend la tête du parti souverainiste en 2007.

La chef péquiste est rapidement critiquée pour sa stratégie d'accès à la souveraineté et sa volonté de tenir un « référendum au moment jugé opportun ». Dès 2009, elle dévoile son plan pour le Québec et présente son projet de « gouvernance souverainiste ». Sa stratégie est articulée autour du rapatriement de compétences qui sont partagées avec le fédéral, comme l'agriculture et la culture.

Elle souhaite obtenir des gains pour le Québec, mais ne compte pas attendre la tenue d'un référendum pour le faire. Aucune échéance n'est fixée, aucun calendrier n'est précisé et aucun engagement n'est pris pour tenir un référendum.

Le projet déchire les militants péquistes. Dans une lettre ouverte publiée par le journal Le Devoir, 50 jeunes indépendantistes annoncent qu'ils militeront pour défaire le projet et critiquent sévèrement cette position autonomiste qu'ils assimilent à celle prônée par l'ADQ. Puis, 136 souverainistes leur répondent dans le même quotidien et disent appuyer la démarche de Mme Marois.

En mars 2010, la direction du parti décide d'expulser le SPQ libre, un club politique de gauche au sein même du parti.

L'année 2010 se termine sur fond de dissidence dans les rangs péquistes. Malgré tout, en avril 2011, les délégués péquistes accordent leur confiance à Pauline Marois dans une proportion historique de 93,08 %. Cette confiance ne durera qu'un temps pour plusieurs militants.

La coalition pour l'avenir du Québec

François LegaultFrançois Legault Photo : PC / Jacques Boissinot

Au début 2011, un ancien ténor péquiste fait un retour sur la scène publique. Avec une douzaine de signataires, dont plusieurs du monde des affaires, l'ancien ministre François Legault publie le manifeste de la Coalition pour l'avenir du Québec. La démarche, qui se veut apolitique et non partisane, veut « aider la nation québécoise à avancer », selon son fondateur, tout en mettant de côté toute référence à la souveraineté. Le mouvement veut notamment revaloriser l'esprit d'entreprise. Il propose aussi d'importants changements en santé et en éducation, notamment abolir les agences de santé et de services sociaux et fusionner les commissions scolaires et les directions régionales de l'éducation.

Société