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La mort de Farshad Mohammadi relance le débat sur l'aide aux itinérants

Un itinérant
Photo: iStockphoto
Radio-Canada

La mort d'un sans-abri abattu vendredi dernier à Montréal par des policiers relance le débat sur le manque d'aide aux itinérants atteint de maladies psychiatriques.

Farshad Mohammadi a perdu la vie, abattu par la police après avoir blessé un agent à plusieurs reprises avec un objet tranchant.

Selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et des connaissances de M. Mohammadi interrogées par les médias, ce dernier souffrait de problèmes psychiatriques. Il avait d'ailleurs été expulsé en décembre d'un logement supervisé du centre-ville financé par le programme fédéral « Chez soi ».

Les services sociaux débordés

Ce problème n'est pas nouveau à Montréal, où se concentre la vaste majorité des personnes itinérantes du Québec. Il s'agit d'un fardeau très lourd à porter pour les hôpitaux et les services sociaux de la métropole.

Le psychiatre Olivier FarmerLe psychiatre Olivier Farmer

Selon Olivier Farmer, psychiatre au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, les ressources disponibles sont débordées.

D'après des données citées par M. Farmer, Il y aurait environ 30 000 itinérants au Québec, les deux tiers vivant à Montréal.

Et sur le seul territoire du CSSS Jeanne-Mance, ils seraient 10 000. Mais surtout, 3000 d'entre eux ont des troubles mentaux.

« On parle de 3000 personnes juste sur le territoire desservi par nos établissements et, plus largement à Montréal, de 6000 personnes avec des problèmes graves et qui n'ont à peu près pas, pour la plupart, des services adéquats en santé mentale », explique le psychiatre.

Or, selon lui, aucune institution ne peut en absorber autant, « d'autant moins qu'il n'y a pas une organisation de services spécifiques qui a été établie ».

Une clientèle difficile et dangereuse

Les policiers côtoient chaque jour depuis de nombreuses années des itinérants aux prises avec des troubles mentaux. Tout comme les médecins et les intervenants sociaux, les policiers réclament plus de ressources en santé mentale et des travailleurs de rue pour leur venir en aide avant que leur situation ne dégénère.

Plusieurs itinérants sont en effet souvent instables, violents ou en crise lorsque les policiers sont appelés à intervenir. Il est alors difficile pour eux de les raisonner et l'usage de la force est souvent inévitable pour tenter de les maîtriser.

C'est ce genre de situation qui donne malheureusement lieu à des incidents comme celui du métro Bonaventure, qui s'est soldé par la mort de Farshad Mohammadi.

« Depuis plusieurs mois, sinon quelques années, on se retrouve avec des cas de plus en plus lourds. Nos policiers n'ont pas les outils. Ce n'est pas notre spécialité et malheureusement, le travail aurait dû être fait avant nous. C'est une clientèle très difficile », fait remarquer le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Il rappelle que dans cette intervention, un policier a été blessé avec une arme blanche à la tête, au cou, au dos et aux fesses.

Ces gens-là sont une patate chaude. Les policiers les amènent à l'hôpital, et ils ne peuvent pas demeurer 8 ou 10 heures à l'hôpital pour les garder en attendant [...] La première chose dont on se rend compte c'est que nos policiers sont dans le stationnement de l'hôpital à compléter le rapport, et l'individu s'en va.

Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal

La Ville estime qu'il y a urgence d'agir

De son côté, la Ville de Montréal reconnaît qu'il y a urgence d'agir, mais affirme que la solution passe par le réseau de la santé et des services sociaux qui relève du gouvernement du Québec.

La responsable du Développement social à la Ville de Montréal, Jocelyn Ann CampbellLa responsable du Développement social à la Ville de Montréal, Jocelyn Ann Campbell

Lors d'un point de presse tenu lundi, la responsable du Développement social à la Ville de Montréal, Jocelyn Ann Campbell, a réitéré les demandes présentées à Québec en juin dernier à la suite du décès de Mario Hamel, un autre itinérant souffrant de problèmes psychiatriques qui a été abattu par des policiers du SPVM.

Ces demandes concernent notamment un meilleur accès aux lits d'urgence pour les personnes en crise, la pérennité du programme d'accompagnement justice-santé mentale et la consolidation de l'équipe mobile d'intervention en itinérance, l'équipe EMRII, composée de deux policiers et de deux intervenants du réseau de la santé.

C'est une situation qui mérite des actions concrètes, immédiates et durables.

Jocelyn Ann Campbell, responsable du Développement social à la Ville de Montréal

Société