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Lock-out chez Rio Tinto Alcan : les surplus d'électricité s'ajoutent au litige

Des travailleurs de l'aluminerie Alma manifestent devant les bureaux de la division Énergie électrique de RTA
Radio-Canada

Interpellé par les syndiqués de Rio Tinto Alcan (RTA) en lock-out au sujet des surplus d'électricité vendus par l'aluminerie d'Alma à Hydro-Québec, le gouvernement affirme qu'il n'interviendra pas sur cette question.

Les travailleurs accusent Rio Tinto Alcan de faire des profits avec le lock-out en vendant l'électricité non utilisée à Hydro-Québec. La fermeture de deux salles de cuves libère l'équivalent de 500 mégawatts d'électricité, qui sont vendus à Hydro-Québec, selon les syndiqués.

Un porte-parole du bureau du ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a déclaré qu'il s'agissait d'une entente privée entre Hydro-Québec et RTA. « Le gouvernement ne demandera pas à Hydro-Québec de cesser d'acheter les surplus de RTA à cause du conflit, ce serait s'ingérer », a soutenu le bureau de M. Gignac.

Du côté d'Hydro-Québec, le porte-parole Guy L'Italien mentionne que l'entente contractuelle avec RTA qui « prévoit le traitement des surplus d'électricité » sera respectée. Il insiste sur la confidentialité de cette entente.

Mercredi matin, aux premières heures, quelque 600 syndiqués en lock-out se sont rendus devant la centrale hydroélectrique Isle-Maligne de Rio Tinto Alcan et les bureaux de la division Énergie électrique pour manifester leur désaccord sur cette question. Il s'agissait du premier coup d'éclat des syndiqués depuis le début du conflit.

Le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie d'Alma (STAA), Marc Maltais, affirme que la vente d'électricité dénature les rapports de force entre les parties patronale et syndicale.

« Le gouvernement, en acceptant que Rio Tinto Alcan vende cette énergie-là au gros tarif à Hydro-Québec, est complice d'un conflit de travail qui risque de perdurer, a souligné M. Maltais. Le rapport de force traditionnel dans un conflit, c'est que l'employeur se prive de ressources et de revenus et les travailleurs se privent d'un salaire, ce qui aide les deux parties à faire leur deuil et à entendre raison à un moment donné. »

Le vice-président de Rio Tinto Alcan Métal primaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Étienne Jacques, soutient que RTA ne vend pas d'énergie à Hydro-Québec, mais achète plutôt plus de 200 mégawatts par année en temps normal.

« C'est sûr qu'on n'achète plus d'énergie présentement, mais le surplus qui reste, on a des ententes contractuelles avec Hydro-Québec qui nous permettent de faire des échanges et en fin de compte, au moment opportun, on recevra en retour notre énergie », a-t-il expliqué.

Rio Tinto Alcan reste sur ses positions

Étienne Jacques maintient aussi que RTA ne cédera pas sur les deux points en litige dans la négociation avec les syndiqués de l'usine Alma.

Il précise que la sous-traitance et l'absence de plancher d'emploi sont des éléments essentiels pour assurer la flexibilité de l'entreprise, principalement en ce qui a trait aux changements technologiques, qui obligent la compagnie à revoir ses modes de fonctionnement.

Il ajoute qu'il faut permettre à Rio Tinto Alcan de se concentrer sur ce qu'elle fait de mieux, soit produire de l'aluminium.

« Il y en a 100 petites et moyennes entreprises qui offrent des services et des compétences autant dans le réfractaire que les équipements de traitement de l'aluminium et de mesure de métal. C'est d'elles qu'on prend cette expertise-là et elles le vendent à nos compétiteurs, explique M. Jacques. Nous, on a développé l'usine de traitement de la brasque, AP-60, c'est peut-être plus dans nos cordes. C'est ça qu'il faut recadrer. »

Un climat froid et tendu

La direction de RTA a obtenu mardi une injonction de la Cour supérieure du Québec qui oblige les employés en lock-out de l'usine d'Alma à reculer leurs piquets de grève de 150 mètres.

L'injonction empêche également les travailleurs d'être plus de 20 lors de leurs manifestations. Le nombre de manifestants variait entre 100 et 200 à proximité de l'usine au cours des deux premiers jours.

Le président du STAA soutient que RTA a recours à des briseurs de grève pour faire tourner l'aluminerie, ce qui est formellement démenti par les dirigeants de l'entreprise.

Trois inspecteurs de la Commission des relations du travail, accompagnés de six représentants syndicaux, visitent l'aluminerie d'Alma depuis la nuit de mardi à mercredi pour voir s'il s'y trouve des briseurs de grève.

L'attaché de presse de la ministre du Travail, Lise Thériault, affirme que les vérifications prennent, de façon générale, environ une semaine. Les inspecteurs transmettront ensuite leur rapport au syndicat, à l'employeur et à la ministre.

Appuis politique et syndicaux

Le député fédéral de Jonquière-Alma et ancien président du Syndicat national des employés de l'aluminerie d'Arvida, Claude Patry, s'est rendu à la manifestation pour appuyer les travailleurs. « Si je suis ici ce matin, c'est pour donner mon appui aux travailleurs, mais je représente aussi la population, les commerçants, je représente tout le monde », a déclaré M. Patry.

Le député du Nouveau Parti démocratique a également invité les syndiqués à se respecter et à serrer les coudes durant le conflit. Le député a souhaité que le médiateur ramène les parties à la table pour une reprise des négociations. « Ça fait déjà quatre jours que vous êtes en lock-out et c'est déjà trop », a souligné Claude Patry.

Des représentants syndicaux des employés de métiers d'Hydro-Québec, de la division Énergie électrique et des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) sont également venus donner leur appui aux syndiqués du STAA. « Je salue le courage des travailleurs d'avoir donné un mandat à leur exécutif de descendre dans la rue pour aller se battre pour des emplois dans la région », a notamment déclaré le président du syndicat des employés de métiers d'Hydro-Québec, Yvan Tremblay.

La direction de Rio Tinto Alcan a décrété un lock-out à son aluminerie d'Alma, peu après minuit, dans la nuit de samedi à dimanche, alors qu'expirait la convention collective de ses 780 employés.

La direction de l'usine a fermé 288 des 432 cuves que compte l'aluminerie, ce qui ramène la production au tiers de la capacité de l'usine.

Saguenay–Lac-St-Jean

Énergies renouvelables