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Les Égyptiens votent, sur fond de tensions

Électeur égyptien glissant son bulletin dans l'urne.

15 millions d'Égyptiens sont appelés aux urnes mardi et mercredi.

Photo : AFP / KHALED DESOUKI

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2012 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Près d'un tiers des électeurs égyptiens étaient appelés aux urnes mardi pour la troisième, et dernière, phase des premières élections législatives depuis la chute de l'ancien président Hosni Moubarak. Ce scrutin survient dans un contexte politique tendu.

Quelque 14 millions d'Égyptiens, résidant dans 9 des 27 provinces du pays, votent mardi et mercredi pour désigner 150 membres de l'Assemblée du peuple, la chambre basse du Parlement. Ce scrutin se déroule dans les gouvernorats du Sinaï, du delta et de la vallée du Nil, ainsi que dans les zones désertiques du sud-ouest, des régions traditionnellement favorables aux partis d'obédience islamique.

Les deux principales formations islamistes - le parti « Liberté et Justice » des Frères musulmans et le parti Al-Nour du mouvement salafiste -, étant arrivés en tête à l'issue de la première et de la seconde phase électorale, avec près de 70 % suffrages, devraient vraisemblablement conforter leur avance et remporter la majorité à la Chambre basse.

Un peu partout au pays, le scrutin semblait se dérouler sans problème. À Minya, une ville de Moyenne-Égypte à forte population chrétienne copte, les électeurs semblaient voter dans une ambiance détendue, malgré les tensions confessionnelles des derniers mois.

Promesses à tenir

À Charm el-Cheikh, la grande station balnéaire du Sud-Sinaï, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), issu des Frères musulmans, recevait mardi les faveurs de nombreux électeurs. Ses représentants cherchaient à dissiper les craintes de voir le tourisme pénalisé par une victoire islamiste. « Si Dieu le veut, le PLJ va gagner. Ce sont de bonnes gens. Le tourisme est leur priorité, ils ne l'arrêteront pas », déclarait Oum Mohammed, une fonctionnaire dont le mari travaille dans le secteur touristique.

À Mahalla, au centre du delta du Nil, comme dans la ville plus aisée de Mansoura, plus à l'est, les files d'attente semblaient moins longues que lors des précédents rendez-vous électoraux.

« J'ai choisi de voter pour le parti Liberté et Justice parce que j'aime son discours, qu'il a une longue histoire et de l'expérience et que je pense que c'est celui qui nous défendra le mieux », a témoigné Amani Al-Moursi, une habitante de Mansoura. « Et s'il ne répond pas à nos espoirs, la place Tahrir est toujours là », a-t-elle prévenu, ajoutant que si quelque chose se passe mal « nous descendrons dans la rue, nous dirons que ça ne va pas et nous chasserons les mauvaises personnes et nous les remplacerons. »

Un processus électoral en plusieurs étapes

Le second tour de cette troisième phase électorale aura lieu les 10 et 11 janvier prochains, avec des résultats attendus le 13. Il sera suivi de l'élection de la chambre haute consultative du Parlement, la Choura, qui doit se dérouler du 29 janvier au 22 février.

Le Parlement devra ensuite désigner les 100 membres de la commission qui sera chargée de rédiger une nouvelle constitution définissant les pouvoirs du président et du Parlement dans la nouvelle Égypte.

Calme relatif

Malgré la relative quiétude régnant mardi dans les bureaux de vote, cette élection se déroule dans un contexte politique tendu. Les mois de novembre et décembre ont été émaillés de violents affrontements au Caire entre les forces de police et les manifestants qui dénonçaient la mainmise du conseil militaire sur le pays. Affrontements qui ont fait 17 morts le mois dernier.

Un avocat, défenseur des droits de l'homme, a annoncé que quatre jeunes activistes ont été interpellés mardi pour avoir collé des affiches hostiles au Conseil militaire, qui tient les rênes du pouvoir depuis l'éviction de Moubarak. Leur arrestation a été confirmée par le bureau du procureur, qui a indiqué que les photos sur les affiches diffamaient les militaires.

L'avocat Gamal Eid fait une autre lecture de la capture de ses quatre clients. « Ce sont des pas rapides pour neutraliser les militants qui soutiennent la révolution ou qui appellent à sa poursuite », a-t-il affirmé. Il craint notamment une intensification de la répression à l'approche du premier anniversaire de la révolution égyptienne, qui sera célébré le 25 janvier.

« La poursuite de ce traitement réservé aux militants politiques nous rappelle les jours d'avant la révolution et montre que rien n'a changé », a pour sa part souligné le Mouvement du 6-Avril, dont sont issus les quatre interpellés.

Condamnation des États-Unis

Le climat s'est également tendu au plan diplomatique, la semaine dernière, avec la perquisition des locaux de plusieurs ONG égyptiennes et étrangères - dont trois américaines et une allemande -, soupçonnées de recevoir des fonds « illégaux » de l'étranger.

Observateur d'une ONG dans un bureau de vote, en Égypte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les élections égyptiennes se déroulent sous le contrôle d'observateurs locaux et étrangers.

Photo : AFP / MOHAMMED ABED

Certaines de ces ONG participent à l'observation des élections en cours. Le gouvernement égyptien les accuse cependant d'agir de « manière illégale » dans le pays, après avoir promis l'arrêt des perquisitions.

Les États-Unis ont jugé mardi « inacceptable » l'attitude des autorités égyptiennes. « Nous avions reçu l'assurance de responsables du gouvernement égyptien que cette question serait résolue, que ce harcèlement prendrait fin, que les ONG pourraient reprendre le travail et que leur matériel leur serait restitué. Il est franchement inacceptable pour nous que la situation ne soit pas revenue à la normale », a affirmé une porte-parole du secrétariat d'État américain, Victoria Nuland.

Cet ultime tour des élections survient alors qu'une nouvelle audience s'est ouverte mardi au procès d'Hosni Moubarak. Le procureur Moustafa Souleimane a décrit le président déchu comme un « dirigeant tyrannique » ayant « ruiné son pays sans rendre de comptes ».

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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