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Kyoto : l'opposition et les écologistes tirent à boulets verts sur le gouvernement Harper

Elizabeth May

Elizabeth May a dénoncé la décision du gouvernement Harper.

Radio-Canada

Les partis d'opposition et les groupes écologistes ont unanimement décrié mardi la décision du gouvernement Harper d'enterrer le protocole de Kyoto.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a accusé les conservateurs d'enfreindre la loi. « Non seulement le Canada a-t-il mis un terme à notre engagement envers un traité international, mais je crois qu'il a aussi violé la loi nationale », a-t-elle affirmé mardi au cours d'un point de presse sur le sujet.

« La Loi de mise en oeuvre du protocole de Kyoto a été adoptée par la Chambre des communes en 2007 et a reçu la sanction royale, a-t-elle rappelé. Elle oblige le Canada à remplir ses obligations à l'égard du protocole de Kyoto. »

Je m'étonne que le premier ministre de ce pays pense qu'il peut, sans aucune discussion en Chambre, nous retirer d'un traité international ratifié par la Chambre des communes, et toujours sans aucune discussion en Chambre, violer une loi nationale.

La chef du Parti vert, Elizabeth May

Les conservateurs sont davantage préoccupés par le développement des sables bitumineux de l'Alberta et ses bénéfices économiques que par la réduction des gaz à effet de serre (GES) et l'avenir des générations futures, a-t-elle dit, évoquant l'annonce de nouveaux projets, la semaine dernière, au moment même où la planète se réunissait à Durban, en Afrique du Sud, pour négocier les suites à donner à Kyoto.

Comme l'ancien ministre libéral Stéphane Dion l'avait fait la veille, Mme May a également réfuté l'argument du ministre de l'Environnement, Peter Kent, selon lequel le Canada n'avait d'autre choix que de se retirer du protocole pour éviter d'avoir à payer 14 milliards de dollars en pénalités.

« C'est l'un des plus gros mensonges que j'aie jamais entendu de la part d'un ministre. C'en serait risible si ce n'était pas aussi tragique. Il est complètement faux de dire que nous risquons même d'avoir à verser une pièce de 10 ¢ », a-t-elle affirmé.

Les organisations écologiques comme Greenpeace et le Sierra Club ont elles aussi martelé le même message.

Ne pas agir pour réduire les gaz à effet de serre coûtera au contraire plus cher au Canada, estime John Bennett, directeur général du Sierra Club du Canada, évoquant les conclusions d'un récent rapport de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie. L'inaction du Canada dans la lutte contre les changements climatiques y était évaluée à 5 milliards de dollars par année en 2020 et pourrait atteindre 91 milliards par année en 2050.

Mme May a par ailleurs dit espérer que les partis d'opposition parviendront à mobiliser les Canadiens pour convaincre les conservateurs de revenir sur leur décision. Elle demande également au premier ministre de dire s'il abolira les programmes de surveillance des réductions des émissions de GES.

L'image du Canada ternie

Au sein comme à l'extérieur de la Chambre des communes, les partis d'opposition, à l'instar des environnementalistes, n'ont pas manqué de rappeler que plusieurs pays, dont la France et la Chine, ont critiqué la décision d'Ottawa.

Hier était un autre jour noir pour le Canada, qui est devenu le premier pays à se retirer du protocole de Kyoto. C'est une tache d'huile bien noire sur la réputation du Canada dans le monde.

La chef du Nouveau Parti démocratique, Nycole Turmel

« Le message au monde entier est très clair : le Canada s'en fout », a pour sa part laissé tomber Mme May. Le retrait de Kyoto a selon elle terni l'image internationale du Canada, qui ne sera plus percu comme un partenaire fiable.

Le cofondateur de l'organisation écologiste Équiterre Steven Guilbeault a tenu le même discours. « Au cours des dernières semaines, le Canada a été dénoncé par plusieurs de ses partenaires économiques. L'Union européenne, la Chine, l'Inde et la Russie ont publiquement dénoncé l'inaction du gouvernement. Mais là, maintenant, le Canada est reconnu comme un menteur, comme un pays qui n'a pas de parole », a-t-il déploré.

« C'est sûr que l'image du Canada va être ternie et quel que soit l'argument que les conservateurs amèneront, ça ne servira qu'à tenter de justifier l'injustifiable », a pour sa part déclaré le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle.

Selon Greenpeace, Ottawa est davantage préoccupé par la protection des pollueurs que par celle des citoyens et « vient de signer l'arrêt de mort de certaines des populations les plus vulnérables au monde ».

Nycole Turmel a par ailleurs accusé le gouvernement de ne pas « prendre le réchauffement climatique sérieusement ». Les conservateurs « ont établi des cibles maison bidon et ils n'ont même pas atteint le quart des objectifs de cette tentative boiteuse visant à sauver la face », a-t-elle dit.

Stephen HarperAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stephen Harper a justifié la décision de son gouvernement.

Selon les termes du protocole de Kyoto, signé en 1997, le Canada s'était engagé à réduire, d'ici 2012, ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport aux niveaux de 1990. Ces émissions ont au contraire augmenté du tiers. Les conservateurs entendent de leur côté réduire de 17 % d'ici 2020 les émissions de GES par rapport au niveau de 2005.

« Nous favorisons un protocole international qui va inclure tous les grands émetteurs », ce que n'est pas l'entente de Kyoto, a répliqué le premier ministre.

« Ce que ce gouvernement ne favorise pas et n'a jamais favorisé - et nous avons été très clairs à ce sujet - c'est un protocole qui contrôle seulement une partie des émissions mondiales, ce qui ne suffit pas à faire réellement une différence, mais assez pour transférer à l'étranger des emplois détenus par des Canadiens », a ajouté M. Harper.

Rappelant que Stephen Harper avait contesté le réchauffement climatique en 2002, le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, a demandé au premier ministre s'il défendait toujours cette position.

Ce qui ne fait absolument aucun sens pour ce pays, c'est que le gouvernement libéral ait signé le protocole de Kyoto, qu'il ait signé ce que je considère comme des cibles stupides, sans avoir de plan pour les mettre en oeuvre au cours des 10 ans à la tête du gouvernement.

Le premier ministre Stephen Harper

Le commissaire à l'environnement fera quand même rapport au Parlement

Lors du point de presse consacré au dépôt de son rapport annuel, le commissaire à l'environnement et au développement durable, Scott Vaughan, a refusé de prendre position sur la question du retrait du protocole de Kyoto, arguant qu'il s'agissait avant tout d'une décision « politique ».

Il a cependant indiqué qu'il se penchait sur la légalité de la décision signifiée par le ministre Kent et ajouté qu'une équipe d'avocats se penchait sur les implications de l'annonce.

Il a en outre rappelé qu'il avait toujours le mandat d'informer le Parlement des progrès réalisés par le gouvernement en ce concerne l'atteinte des objectifs de Kyoto. « Je dois déterminer quelle est la prochaine étape parce que nous avons une équipe maintenant qui travaille sur le prochain rapport », attendu au printemps, a expliqué le commissaire à l'environnement,

Même si les objectifs visés par les conservateurs sont plus modestes que ceux prévus dans le protocole de Kyoto, les perspectives ne sont guère encourageantes, s'est aussi permis de dire M. Vaughan, parce qu'Environnement Canada éprouve déjà « des « problèmes sérieux » dans l'application des règlements. Or, a-t-il rappelé, le gouvernement a justement choisi la voie réglementaire plutôt que légale pour s'attaquer aux gaz à effet de serre.

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