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Durban : Ottawa satisfait, l'opposition et les environnementalistes sceptiques

Le ministre canadien de l'Environnement, Peter Kent, à Durban, en Afrique du Sud

Le ministre canadien de l'Environnement, Peter Kent, à Durban, en Afrique du Sud

Photo : La Presse canadienne / AP/Schalk van Zuydam

Radio-Canada

Le ministre de l'Environnement du Canada, Peter Kent, se dit « raisonnablement optimiste » que la feuille de route adoptée à la conférence de Durban sur les changements climatiques permettra d'en arriver à un accord mondial sur la réduction des gaz à effet de serre d'ici 2015. Les environnementalistes et les partis d'opposition considèrent, eux, que rien n'est acquis quant à la conclusion d'un pacte futur.

« La plateforme de Durban constitue un cadre juste et équilibré aux fins d'une action responsable et efficace », a estimé M. Kent par voie de communiqué.

Après deux semaines d'âpres négociations, les représentants de quelque 190 pays se sont entendus sur un calendrier de pourparlers vers un accord pour lutter contre le réchauffement climatique. Les dispositions légales de cette entente, qui doit entrer en vigueur en 2020, s'appliqueraient à tous les pays du monde.

Pour M. Kent, il fallait avant tout d'éviter une entente semblable au protocole de Kyoto qui, selon lui, ne convient pas au Canada. Il a d'ailleurs indiqué qu'Ottawa ne prendra aucun engagement pour la seconde phase de ce protocole que le gouvernement précédent « n'aurait pas dû ratifier ».

La première phase d'engagement du protocole de Kyoto, qui impose aux pays industrialisés de réduire leurs émissions de CO2, expire à la fin de 2012. Le calendrier de la deuxième phase d'engagement devrait être déterminé l'année prochaine. Néanmoins, le Canada, le Japon et la Russie ont indiqué de longue date qu'ils ne souhaitaient pas s'engager une nouvelle fois en vertu des termes de Kyoto.

Le ministre annonce en outre qu'il ne participera pas au nouveau Fonds vert pour le climat, que prévoit l'entente de Durban, « tant que les grands émetteurs n'auront pas tous accepté les cibles de réduction juridiquement contraignantes et leur inventaire des gaz à effet de serre ».

« Comme toujours, nous continuerons d'agir dans le meilleur intérêt du Canada et de la population canadienne. Et nous espérons que les pays se joindront à cette initiative mondiale en prenant des mesures concrètes et proportionnées pour réduire considérablement leurs émissions », affirme M. Kent.

Les partis d'opposition dénoncent la position du gouvernement

Le député libéral et ancien ministre de l'Environnement, Stéphane Dion, estime que l'attitude du ministre Kent à Durban est le reflet de son inaction au Canada.

« On a un plan supposément de lutte contre les changements climatiques qui est extrêmement faible et qui a miné notre crédibilité. Et lorsqu'il va à l'international, bien sûr qu'il est perçu [...] comme un saboteur », s'est insurgé le député de Cartierville, qui avait fait de l'atteinte des objectifs de Kyoto son cheval de bataille à l'époque où il était ministre.

Il [le gouvernement Harper] essaie d'empêcher les autres de progresser parce qu'il ne veut pas progresser chez lui et c'est pourquoi le Canada, malgré sa réputation impeccable à travers le monde, du point de vue de la lutte contre les changements climatiques, est dénoncé universellement comme un paria.

Stéphane Dion

L'opposition néodémocrate reste partagée entre espoir et scepticisme. La députée Hélène LeBlanc doute surtout de la réelle volonté des conservateurs de freiner le réchauffement climatique. « Il n'y a pas eu de mesure concrète de respect du protocole de Kyoto alors je doute quelque peu de la bonne foi de notre gouvernement », dit-elle.

Le NPD évoque même un certain obscurantisme des conservateurs pour expliquer que le gouvernement refuse de joindre l'Union européenne, la Suisse, la Nouvelle-Zélande et l'Australie, entre autres, dans leurs efforts pour contenir le réchauffement à deux degrés Celcius d'ici 2020.

« En tant que porte-parole en matière de science et technologie, ce que j'ai constaté en parlant à des scientifiques un peu partout est qu'il ne semble pas y avoir de dialogue entre le gouvernement et la classe scientifique », ajoute Mme LeBlanc.

Équiterre dénonce un manque d'ambition

Le coordonnateur général adjoint d'Équiterre, qui participait à la conférence de Durban, déplore lui aussi la posture adoptée par Peter Kent. « Il faut dénoncer le peu d'ambition et le peu d'envergure de la position canadienne qui est l'un des trois seuls pays qui décident de ne pas continuer avec le protocole de Kyoto », a affirmé Steven Guilbault à l'antenne de RDI.

L'écologiste se dit déçu que le gouvernement Harper choisisse d'attendre que les grands émetteurs s'engagent au lieu d'aller de l'avant dans le cadre de Kyoto. « Alors que plusieurs pays, comme la Norvège, la Suisse, l'ensemble des pays de l'Union européenne, l'Australie disent : "Nous, on continue avec Kyoto, on continue d'en faire plus pour lutter contre les changements climatiques", le Canada s'assoie sur ses lauriers et dit : "Nous, non, on attend les autres". C'est une attitude assez surprenante de la part d'un pays comme le Canada », fait-il valoir.

M. Guilbault croit toutefois que la rencontre de Durban a permis de franchir une étape importante à l'échelle mondiale. « C'est une entente historique parce que pour la première fois dans l'histoire des négociations, tous les grands émetteurs de gaz à effet de serre - donc incluant les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Brésil - s'entendent sur le fait qu'on va négocier un nouvel instrument international légalement contraignant », souligne-t-il.

André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, juge lui aussi que le Canada s'est marginalisé.

« On est le pire pays au monde présentement dans cette négociation là. Pour nous il n'y a absolument aucune matière à se réjouir », dit-il.

Les écologistes auraient souhaité des mesures immédiates pour contrer le réchauffement climatique.

Jeudi, le ministre de l'Environnement du Québec, Pierre Arcand, s'était déjà inquiété des prises de position affichées par Ottawa lors de cette conférence. « L'impression que ça me donne, très franchement, c'est qu'ils font un peu du surplace, ils gagnent du temps. C'est essentiellement la conviction que j'ai à ce moment-ci. Et moi, je pense que pour l'ensemble des Canadiens, ce n'est pas bénéfique », avait-il affirmé.

Environnement