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Le Fonds de solidarité FTQ infiltré par la mafia?

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les dirigeants de la mafia à Montréal ont-ils réussi à infiltrer l'un des leviers économiques les plus importants au Québec, le Fonds de solidarité FTQ, qui possède un capital de près de 8 milliards de dollars?

En conférence de presse, en 2010, Michel Arsenault disait ne jamais avoir reçu d'offres de pots-de-vin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En conférence de presse, en 2010, Michel Arsenault disait ne jamais avoir reçu d'offres de pots-de-vin.

La question se pose plus que jamais, alors que les sources de Radio-Canada affirment que le président du Fonds, Michel Arsenault, a bel et bien rencontré un acteur de premier plan de la réorganisation de la mafia, Domenico Arcuri, propriétaire d'une entreprise de décontamination dans l'est de Montréal.

À cela s'ajoute le témoignage à Radio-Canada d'un ex-dirigeant de la FTQ-Construction, Ken Pereira, qui affirme avoir entendu Michel Arsenault raconter avoir été la cible d'une tentative de corruption de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, accompagné d'un proche de la mafia.

En novembre 2010, lors d'une conférence de presse, Michel Arsenault avait nié fermement avoir déjà été la cible d'une tentative de corruption. « Je n'ai jamais eu d'offre de pot-de-vin de quelque nature que ce soit », disait-il.

Le quotidien La Presse affirme le contraire, en s'appuyant sur des enregistrements audio. Ken Pereira, l'homme qui a dévoilé le scandale des fausses factures de Jocelyn Dupuis, confirme cette version.

Ken Pereira, ancien directeur de la section locale 1981 à la FTQ-ConstructionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ken Pereira, ancien directeur de la section locale 1981 à la FTQ-Construction

Dans une entrevue à Radio-Canada, M. Pereira raconte avoir assisté le 19 août 2008 à une réunion au bureau de Michel Arsenault à la FTQ, où il aurait été question de cette tentative de corruption. M. Arsenault aurait raconté avoir subi des pressions pour que le Fonds de solidarité FTQ investisse dans une entreprise de décontamination de l'est de Montréal.

Deux autres dirigeants syndicaux, dont le président de la FTQ-Construction de l'époque, Jean Lavallée, auraient été témoins des propos de Michel Arsenault. « Il dit, en regardant Jean Lavallée, il dit : "Jean [en parlant de Jean Lavallée], ça c'est tout un investissement. Le Fonds devrait investir là-dedans, sauf que je sais qui est en arrière de ça. Je ne suis pas bien bien content de ça. Mais le Fonds devrait investir". Moi je réponds, je le demande, je lui dis : "Qui est en arrière de ça?" Il dit : "Écoute, le mois passé, Jocelyn Dupuis est monté ici avec un Italien. Il a mis 300 000 piastres sur la table pour faire passer ce dossier-là au Fonds de solidarité". Les trois, on est restés estomaqués. »

Ken Peirera affirme qu'on lui a dit par la suite que l'Italien en question était un haut dirigeant de la mafia à Montréal. « J'ai rencontré Jean Lavallée une semaine plus tard, je lui ai demandé : "C'est qui les Italiens qui dealaient avec?" Johnny, Jean Lavallée, m'a dit : "Nick". J'ai dit : "Nick?" Rizzuto. Je ne peux pas vous dire le père ou le fils, c'est ce qu'il m'a dit. »

Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-ConstructionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-Construction

Ken Pereira ajoute que lors de cette fameuse rencontre, Michel Arsenault lui a dit avoir refusé ce pot-de-vin. Mais il s'interroge sur le fait que Michel Arsenault n'ait pas dénoncé Jocelyn Dupuis. « C'est à son honneur, si c'est vrai qu'il ne l'a pas passé, mais pourquoi il n'a pas appelé la police? Pourquoi aujourd'hui, il dit que ce n'est pas vrai? Mentir deux ans plus tard, c'est déjà... mais en plus, garder le secret et défendre l'intérêt de quelqu'un qui, aujourd'hui, on l'accuse au criminel... Il l'a défendu, là. Il l'a carrément défendu », affirme Ken Pereira.

Après avoir dévoilé le scandale des fausses factures, Ken Pereira a été écarté de la FTQ-Construction. Il est contraint aujourd'hui de travailler en Alberta. Il estime que le gouvernement doit faire le ménage au plus vite à la FTQ.

« M. Arsenault devrait démissionner immédiatement. L'exécutif devrait être mis en tutelle. Le gouvernement devrait mettre quelqu'un en place pour vérifier des livres pendant un, deux, trois ans », affirme M. Pereira.

Michel Arsenault a refusé de nous accorder une entrevue pour répondre à ces nouvelles accusations. Quant aux deux autres dirigeants syndicaux qui ont assisté à cette rencontre, ils contredisent la version de Ken Pereira.

La rencontre de l'automne 2008

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, la mafia a eu accès aux dirigeants du Fonds de solidarité FTQ à l'automne 2008.

Domenico Arcuri, que des sources policières lient à la mafia, a rencontré Michel Arsenault, président du conseil d'administration du Fonds, et Gaétan Morin, vice-président aux investissements. M. Arcuri demandait un investissement de plusieurs millions de dollars pour Carboneutre, une entreprise qu'il contrôlait avec Raynald Desjardins, un mafieux notoire.

Selon les sources de Radio-Canada, c'est Jocelyn Dupuis, l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, qui a d'abord tenté de convaincre Michel Arsenault d'investir dans Carboneutre.

Michel Arsenault savait, à l'automne 2008, que Jocelyn Dupuis allait quitter la FTQ-Construction pour devenir PDG de Carboneutre. Mais le moment où Michel Arsenault a appris que Carboneutre était noyautée par la mafia demeure flou.

Toujours selon les sources de Radio-Canada, c'est finalement Gaétan Morin qui a bloqué le dossier au Fonds de solidarité.

La ministre du travail, Lise Thériault, affirme avoir remis des enregistrements aux policiers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre du travail, Lise Thériault, affirme avoir remis des enregistrements aux policiers.

La ministre du Travail, Lise Thériault, a confirmé jeudi avoir reçu des enregistrements en lien avec cette affaire et les avoir transmis à la Sûreté du Québec (SQ), qui mène l'enquête. « J'ai toujours dit que s'il y avait des faits qui étaient portés à notre connaissance, nous devions les dénoncer », a-t-elle déclaré.

La SQ a déjà enquêté dans le passé sur les liens possibles entre le crime organisé et la FTQ, mais la Couronne n'a pas porté d'accusation sur cet aspect. Reste à voir si la commission Charbonneau, sur l'octroi de contrats dans l'industrie de la construction, sera tentée d'enquêter sur cette affaire.

D'après des reportages d'Alain Gravel et Marie-Maude Denis

Réaction du Fonds de solidarité FTQ

Le président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ, Yvon Bolduc, et le président du conseil d'administration du Fonds, Michel Arsenault, ont réagi ainsi aux reportages diffusés jeudi par Radio-Canada :

« À la question en titre de Radio-Canada, à savoir si le Fonds de solidarité est infiltré par le crime organisé, nous ne pouvons être plus clairs. La réponse est non, disent-ils. Comme toute institution financière, le Fonds de solidarité FTQ est à risque d'être approché par le crime organisé. En conséquence, le Fonds suit des processus pour se protéger [contre] le crime organisé. Et nous rappelons que l'entreprise faisant l'objet du reportage n'a jamais obtenu du financement du Fonds de quelque manière que ce soit. »

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