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Attawapiskat : pas de solution concrète aux problèmes de logement

Stephen Harper a rencontré Shawn Atleo à Ottawa, jeudi.

Stephen Harper a rencontré Shawn Atleo à Ottawa, jeudi.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Dans le cadre d'une rencontre avec le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Canada, Shawn Atleo, le premier ministre Stephen Harper a annoncé la tenue d'un sommet entre la Couronne et les Premières Nations au début de l'an prochain. Au même moment, la chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, a réagi vivement à la mise sous tutelle de sa réserve, estimant qu'il s'agit d'une diversion politique du gouvernement Harper.

Selon l'annonce faite par M. Harper, plusieurs représentants du gouvernement, dont le premier ministre et le ministre des Affaires autochtones, rencontreront une délégation de chefs des Premières Nations, le 24 janvier 2012, dans la région d'Ottawa. Le premier ministre dit que cette rencontre servira à « déterminer comment travailler ensemble afin d'améliorer la qualité de vie et la prospérité économique à long terme des populations autochtones du Canada ».

Shawn Atleo s'est dit satisfait de cette annonce, sans toutefois oublier la crise actuelle qui touche de nombreuses populations autochtones. « On a collectivement hérité, nous tous, d'un passé très difficile », a-t-il déclaré. « Les discussions et les rencontres des derniers jours me font dire qu'on doit peut-être saisir cette occasion, que le gouvernement doit profiter du contexte pour regarder en avant avec nous et voir comment on peut développer ensemble le potentiel de nos jeunes », a ajouté le chef Atleo.

Au terme d'une rencontre de moins d'une heure, ni le premier ministre, ni le chef des Premières Nations n'ont offert de solution concrète aux problèmes de logement dans les communautés autochtones, eportant le débat au sommet de la fin janvier.

Plus tôt mardi, Shawn Atleo avait rejeté la décision du gouvernement Harper de mandater une tierce partie pour gérer la réserve d'Attawapiskat. Déjà prévue, la rencontre privée entre le premier ministre et M. Atleo avait été devancée pour aborder la question des difficiles conditions vécues dans la communauté autochtone ontarienne d'Attawapiskat et sa sous tutelle. En temps normal, cette rencontre vise à faire le point sur la situation générale des Autochtones et sur leurs relations avec le gouvernement fédéral.

Je pense qu'on en est à un moment décisif avec Attawapiskat, comme on en a eu ailleurs avant, à Kashechewan par exemple. Je pense qu'on doit faire face parce qu'il y a plusieurs communautés dans des situations semblables. On a vraiment besoin de changements fondamentaux. C'est le temps de mettre fin au statu quo et d'aller au-delà de la Loi sur les Indiens.

Shawn Atleo, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Canada

L'Assemblée des Premières Nations du Canada a d'ailleurs adopté cet été une sorte de plateforme prônant des changements fondamentaux dans la relation entre le gouvernement fédéral et les communautés autochtones de partout au pays. Parmi les réformes souhaitées figurent l'abolition de la Loi sur les Indiens, l'élimination du ministère des Affaires autochtones et la mise en place d'un mode de financement qui ressemblerait davantage aux paiements de transfert effectués aux provinces par le gouvernement.

La chef d'Attawapiskat indignée

Theresa Spence

Theresa Spence

Photo : Les classes portatives d'Attawapiskat

La chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, a de son côté émis un communiqué en réaction à la l'annonce de la mise sous tutelle de sa réserve. Pour elle, il s'agit d'une diversion politique du gouvernement Harper.

Elle estime que les enjeux de santé et de sécurité évoqués par le ministère touchent de nombreuses autres communautés autochtones au pays, et que la mise sous tutelle vise à « réduire au silence » sa communauté, puisqu'elle a attiré l'attention de la société canadienne sur ces difficiles conditions de vie.

Mme Spence a par ailleurs tenu à remettre les pendules à l'heure quant aux chiffres mis de l'avant par le gouvernement à la Chambre des Communes. Elle estime que chaque membre de la réserve reçoit 10 000 $ annuellement, et non 50 000 $ comme l'affirme le gouvernement conservateur.

Quant aux 94 millions sur 6 ans évoqués par le premier ministre, elle souligne qu'à peine 6 millions de cette somme sont consacrés au logement. Par ailleurs, elle estime que la majorité des quelque 90 millions ne restent pas proprement dits dans la communauté, mais sert à soutenir plus largement l'économie du Nord de l'Ontario. Selon Mme Spence, cet argent est largement dépensé pour des biens et services dans des villes environnantes comme Timmins.

La chef d'Attawapiskat en a non seulement contre le fond de la décision du gouvernement, mais également contre la forme. Dans son communiqué, elle dénonce l'interruption d'une réunion de préparation des mesures d'urgence à laquelle elle prenait part, avec des gens de la Croix-Rouge, par un fonctionnaire du ministère des Affaires autochtones venu lui annoncer la mise sous tutelle.

Elle conclut en affirmant que sa communauté a tendu la main à d'autres Premières Nations en Ontario et au Canada, et que ces derniers partagent leurs préoccupations quant aux promesses brisées des différents traités et au manque de partage des ressources pour les richesses exploitées sur les terres ancestrales. Si elle ne précise pas d'action à venir, elle termine en disant « C'est le début... ».

L'opposition s'en prend au gouvernement

À la Chambre des Communes, l'opposition a continué d'attaquer le gouvernement sur la crise à Attawapiskat.

L'opposition a notamment relevé que des représentants du ministère des Affaires autochtones ont séjourné sur la réserve au moins une dizaine de fois au cours de la seule dernière année. Elle a aussi souligné que le ministre des Affaires autochtones et du Développement du Nord canadien, John Duncan, avait admis en comité mercredi qu'il n'avait appris que la semaine dernière, soit un mois après la déclaration d'urgence des chefs, la gravité de la situation à Attawapiskat. Selon l'opposition, le ministre aurait aussi ignoré un appel de la ministre ontarienne responsable des mesures d'urgence.

Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) d'Abitibi-Baie-James-Nunavik- Eeyou, Roméo Saganash.

Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) d'Abitibi-Baie-James-Nunavik- Eeyou, Roméo Saganash.

Le député néo-démocrate Romeo Saganash estime que le gouvernement Harper devait être courant de la situation financière de la communauté depuis un moment. « Cette communauté est en cogestion : cela veut dire que le gouvernement a dû nommer quelqu'un pour gérer les finances de la communauté depuis quelque temps », a-t-il déclaré, en entrevue à RDI.

« Qu'ils réagissent avec une mise en tutelle, au moment ou il y a une crise humaine, parce que c'est vraiment une crise humaine, je trouve ça un peu stupide de leur part », a ajouté Romeo Saganash.

Ghislain Picard outré

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qualifie d'abominable et de totalement inacceptable la décision du gouvernement conservateur de mettre sous tutelle la communauté d'Attawapiskat. « Essentiellement, on punit la victime, c'est ce qu'on fait », dénonce-t-il.

M. Picard ne se dit toutefois pas surpris de voir le gouvernement agir de la sorte. Il ne fait selon lui que continuer ce qu'il a commencé depuis son arrivée au pouvoir.

Il ne faut pas élever la voix trop fort, il ne faut pas dénoncer le gouvernement, il ne faut pas montrer du doigt le gouvernement, parce que sans ça, ce qui nous attend, c'est des représailles.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Des abris de fortune à Attawapiskat

Des abris de fortune à Attawapiskat

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La situation à Attawapiskat

Si à Attawapiskat, les gens ont encore de la difficulté à avaler l'annonce de la mise sous tutelle, quelques voix locales s'élèvent pour dire qu'une telle décision s'imposait. La communauté est endettée de plus de 10 millions de dollars et ne fait que couvrir ses dépenses de base, alors que sa population est en constante augmentation.

De plus, après une vérification comptable, on s'est rendu compte que l'an dernier aucun budget n'a été compilé à Attawapiskat. D'ailleurs, en février, un ancien membre du conseil de bande parlait de corruption massive et demandait déjà l'intervention d'un tiers.

La communauté de près de 2000 habitants, située sur la côte ouest de la baie James, vit une grave pénurie de logements qui force des dizaines de personnes à dormir dans des tentes, des cabanes en bois non isolées et des roulottes de chantier abandonnées, sans eau potable ni électricité. Le conseil de bande a déclaré l'état d'urgence il y a un mois, et le Nouveau Parti démocratique décrie la situation depuis des semaines.

La Croix-Rouge est finalement intervenue cette semaine pour venir en aide aux résidents de la petite communauté. Un avion-cargo affrété par l'organisme a atterri avec plus de 125 sacs de couchage ainsi que des chaufferettes portatives, alors que les températures avoisinaient les 15 degrés sous zéro. Ces travailleurs visiteront également les maisons pour évaluer les besoins et établir les priorités. Si l'organisme compte accorder une aide d'urgence, il veut aussi répondre aux besoins à plus long terme.

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