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Attawapiskat sous tutelle

La communauté d'Attawapiskat en Ontario

Attawapiskat

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Le gouvernement fédéral annonce qu'une tierce partie sera mandatée pour gérer la réserve d'Attawapiskat, où les conditions de vie déplorables ont forcé la Croix-Rouge à intervenir d'urgence.

Le ministre des Affaires autochtones et du Développement du Nord canadien, John Duncan, en a fait l'annonce en Chambre mercredi, après des jours de critiques de l'opposition à l'endroit des conservateurs sur le sujet.

Interrogé sur le dossier à la période de questions, le premier ministre Stephen Harper a soutenu qu'il n'était pas acceptable pour le gouvernement de constater de tels résultats alors que 90 millions de dollars en six ans ont été investis dans la communauté, soit environ 52 000 $ par habitant.

Placer la réserve sous tutelle est la forme d'intervention la plus élevée à la disposition du gouvernement fédéral s'il juge que la santé ou la sécurité de ses membres est compromise.

La Croix rouge distribue des sacs de couchage à Attawapiskat

La Croix rouge distribue des sacs de couchage à Attawapiskat

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« Le gouvernement canadien a informé la chef [Theresa Spence] que nous plaçons la réserve sous la gestion d'une tierce partie pour nous assurer que les besoins de la communauté soient considérés », a indiqué John Duncan.

« Le rôle de ce gestionnaire sera de régir les fonds de mon ministère, habituellement gérés directement par la Première Nation », a poursuivi le ministre.

Ce dernier a aussi demandé une vérification fiscale pour déterminer comment la réserve a dépensé l'argent qui lui a été octroyé.

Vives réactions de l'opposition

Le député néo-démocrate de Timmins-Baie James, Charlie Angus, dont la circonscription comprend la communauté autochtone, critique la façon de faire du gouvernement. Il estime que la solution trouvée par les conservateurs est de « blâmer la communauté ». « Pourquoi lorsqu'il s'agit d'une Première Nation qui demande l'aide du gouvernement celui-ci ne répond qu'avec du mépris? », s'est-il interrogé.

De son côté, le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, croit que les 90 millions de dollars du fédéral représentent une statistique trompeuse, puisque le montant comprend aussi les investissements pour l'éducation et les infrastructures, comme les routes et les égouts.

Selon M. Rae, la décision du gouvernement s'apparente à de l'intimidation. « C'est un message à toutes les communautés de dire que si vous déclarez un état d'urgence, on va enlever vos pouvoirs », a-t-il estimé.

Il demande au gouvernement de prendre ses responsabilités. « Il y a des douzaines de communautés comme Attawapiskat à travers le pays vivant des conditions aussi déplorables. Le gouvernement doit arrêter de blâmer les victimes et assumer sa part de responsabilité pour ce qui se produit », a-t-il poursuivi.

« Honteux et disgracieux »

La chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, était stupéfaite d'apprendre la mise sous tutelle de sa réserve.

« Je suppose qu'en tant que Premières Nations, quand nous demandons de l'aide et faisons beaucoup de bruit, nous sommes pénalisés », a-t-elle déclaré à la CBC, mercredi.

Vous savez, nous mettre sous tutelle quand nous sommes en crise, c'est très honteux et disgracieux de la part du gouvernement.

Theresa Spence

Avant la mise sous tutelle d'Attawapiskat, le chef du conseil tribal incluant la réserve expliquait devant les médias que la communauté soumet pas moins de 65 rapports par année sur la gestion des fonds qui lui sont versés par le gouvernement fédéral.

Mine de diamants : est-ce qu'Attawapiskat reçoit son dû?

Alors que la Croix-Rouge distribue des sacs de couchage à Attawapiskat, l'entreprise De Beers est l'hôte d'une foire de l'emploi dans la communauté. De Beers exploite une mine de diamants à 90 kilomètres à l'ouest de la réserve.

Les conditions de vie digne du tiers-monde des résidants de la communauté font en sorte que plusieurs s'interrogent si Attawapiskat ne reçoit pas son dû de la mine de diamants à proximité.

Le porte-parole de la minière, Tom Ormsby, assure que la mine équivaut à des emplois et des millions de dollars en contrats pour la communauté. « Attawapiskat est le seul propriétaire de la mine et propriétaire conjoint de tous les contrats permanents. C'est le genre de choses qui fait une différence », dit-il. M. Ormsby indique que 100 des 500 employés de la mine proviennent d'Attawapiskat et que deux millions de dollars ont été dépensés en centres de formation dans la réserve.

De Beers fait également des paiements pour fonds en fiducie mis sur pied par la Première Nation. Ce fonds contient actuellement 10,5 millions de dollars. La chef de bande Theresa Spence souligne qu'elle n'a pas accès à cet argent immédiatement pour du logement. Elle aimerait renégocier l'accord avec De Beers, ce que l'entreprise ne souhaite pas, puisque cette entente sur les répercussions et les avantages a pris trois ans à négocier.

Avec les informations de La Presse canadienne

Ontario

Pauvreté