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Réchauffement planétaire : l'après-Kyoto en jeu à Durban

Des délégués de 183 pays sont réunis à Durban.
Des délégués de 183 pays sont réunis à Durban. Photo: AFP / ALEXANDER JOE

La 17e Conférence de l'ONU sur le climat s'est ouverte lundi à Durban, en Afrique du Sud, avec un objectif pour le moins ambitieux : conclure d'ici 12 jours un nouvel accord de réduction des gaz à effet de serre (GES) qui obtiendra l'assentiment des pays industrialisés et des pays en voie de développement.

Cet accord prendrait la relève du protocole de Kyoto, qui viendra à échéance le 31 décembre 2012. Cette entente impose des cibles de réductions chiffrées à 37 pays industrialisés, dont le Canada, de manière à ce que les émissions de GES aient baissé de 5,2 % en 2012, par rapport au niveau de 1990. Plusieurs pays ont atteint leur objectif, mais pas le Canada.

« Pour beaucoup de personnes dans les pays en développement et en Afrique, le changement climatique est une question de vie ou de mort », a lancé le président sud-africain Jacob Zuma lors de la cérémonie d'ouverture.

« En tant que conférence africaine, le résultat de cette 17e conférence sur le changement climatique doit reconnaître que résoudre le problème du climat ne peut pas être séparé de la lutte contre la pauvreté », a-t-il ajouté.

Si le réchauffement de la planète fait l'objet d'un consensus parmi les scientifiques, il est loin d'en être de même sur le plan politique : les divisions sont profondes au sein des 183 pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur l'environnement présents à Durban.

Un objectif sans mécanisme

La dernière conférence sur le climat, tenue à Cancún, au Mexique, il y a un an, s'est soldée par un accord en vertu duquel les pays membres de la Convention-cadre doivent réduire les émissions mondiales de GES de façon à contenir l'élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels d'ici 2050.

Personne ne s'entend cependant sur les moyens d'y parvenir. La Chine et un bloc de 77 pays en voie de développement visent officiellement une entente portant sur une seconde phase du protocole de Kyoto, qui entrerait en vigueur dès l'expiration de la première.

La Chine refuse toutefois de signer un nouvel accord si Washington ne fait pas de même. Or, dans la capitale américaine, le dossier environnemental se heurte à une vive opposition, et n'est pas une priorité de l'administration Obama à l'heure actuelle.

L'Union européenne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse et de nombreux pays en voie de développement voudraient pour leur part un accord contraignant entrant en vigueur le plus tôt possible, soit possiblement en 2015.

Les États-Unis, le Canada, la Russie et le Japon refusent une seconde phase du protocole de Kyoto, qui exempte des pays en voie de développement - dont la Chine, l'Inde, le Brésil - de cibles contraignantes. Certains d'entre eux souhaitent qu'une nouvelle entente n'entre en vigueur qu'en 2020.

« Clairement, le message que nous envoyons est que Kyoto est chose du passé et que si on veut s'attaquer significativement aux changements climatiques, si on veut réduire concrètement le tonnage des émissions de gaz à effet de serre, alors tous les pays vont devoir jouer leur rôle. Autrement, on n'atteindra pas l'objectif de limiter à 2 degrés la hausse de la température globale », a réitéré lundi le ministre canadien de l'Environnement, Peter Kent.

Steven Guilbault, du groupe Équiterre, pourfend la position canadienne dans ce dossier. « C'est complètement ridicule, ça va à l'encontre de toutes les ententes internationales que le Canada a signées là-dessus. M. Kent revient sur la parole, et même sur les obligations légalement contraignantes que notre pays a données à la communauté internationale », dénonce-t-il.

À défaut d'une entente, un vide juridique pourrait s'installer à l'expiration de l'accord de Kyoto.

Sombres perspectives

La perspective d'un nouvel accord qui n'entrerait en vigueur qu'en 2020 effraie littéralement l'Alliance des petits États insulaires : « Si Durban écarte un accord légalement contraignant et ferme la porte à une hausse des efforts d'ici 2020, plusieurs de nos petites îles seront condamnées, au sens propre et au sens figuré ».

Les pays développés ont par ailleurs convenu lors de la rencontre de Cancún de mettre sur pied un fond vert dans lequel ils vont verser 100 milliards de dollars par année d'ici 2020 pour atténuer l'impact des changements climatiques dans les pays en voie de développement et les aider à développer les moyens de s'y adapter.

Le mécanisme qui doit permettre de débloquer ces fonds n'a cependant pas été déterminé. Un accord à ce sujet pourrait intervenir lors de la conférence de Durban.

Le Canada a déjà versé 400 millions de dollars dans ce fonds et pourrait profiter de la conférence de Durban pour annoncer un second versement.

À la mi-novembre, 200 scientifiques ont lancé un signal d'alarme dans une version préliminaire d'un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ils ont prévenu que les canicules, les sécheresses et les fortes pluies risquent de se multiplier au cours des années à venir.

Le vice-président du GIEC, Jean-Pascal van Ypersele, admet cependant qu'il est difficile d'agir à l'heure actuelle. « Dans beaucoup de pays, il y a des priorités budgétaires qui ne sont pas faciles à satisfaire et donc ces préoccupations-là ont pris beaucoup de place et, forcément, le climat, l'environnement, en pâtissent », a-t-il déclaré dans une entrevue accordée à Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement à Radio-Canada.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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