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La Syrie fait fi des injonctions de la Ligue arabe

L'image de manifestants antisyriens se réflète dans les lunettes de l'un d'entre eux, lors d'une manifestation devant les bureaux de la Ligue arabe, au Caire, le 12 novembre.

L'image de manifestants antisyriens se réflète dans les lunettes de l'un d'entre eux, lors d'une manifestation devant les bureaux de la Ligue arabe, au Caire, le 12 novembre.

Photo : La Presse canadienne / AP/Amr Nabil

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À moins de 24 heures de l'expiration de l'ultimatum de la Ligue arabe, les forces de sécurité syriennes ont une nouvelle fois réprimé les manifestations organisées après la prière du vendredi. Sur le plan diplomatique, la France et la Turquie ont appelé la communauté internationale à accroître la pression sur le régime de Bachar Al-Assad.

Malgré les 3500 morts recensés par les Nations unies depuis le début du soulèvement populaire en Syrie, et malgré le déploiement massif de la police et de l'armée, des milliers de Syriens ont de nouveau défié le régime en manifestant vendredi dans plusieurs villes du pays.

À Deraa, Homs et Hama, les forces de sécurité ont répondu par la force aux opposants, tirant dans la foule pour disperser les manifestants hostiles au régime. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et les Comités locaux de coordination (CLC), qui coordonnent les contestataires sur le terrain, douze civils, dont deux enfants, ont trouvé la mort.

L'OSDH, basé à Londres, fait également état d'une trentaine de blessés, dont 17 lors d'une manifestation dans la province d'Idleb (nord-ouest), et quatre autres lors d'une protestation à Harasta, dans la banlieue de Damas.

L'agence de presse officielle Sana rapporte de son côté que deux membres des forces de sécurité ont été tués et un troisième grièvement blessé lors de l'explosion d'une bombe dans la province de Hama. Deux autres ont été blessés dans une fusillade à Deraa, ajoute l'agence.

Damas accepte le principe d'une mission d'observation... mais à ses conditions

Ces manifestations surviennent à moins de 24 heures de l'expiration de l'ultimatum lancé par les pays membres de la Ligue arabe. Après avoir suspendu la Syrie de l'organisation, ils ont exigé mercredi que le régime applique d'ici samedi le plan de sortie de crise qu'il avait accepté le 2 novembre dernier. Celui-ci prévoit notamment l'arrêt des violences et le retrait des militaires déployés dans les villes, sous peine de sanctions économiques.

Je ne souhaite pas faire de pronostics, mais je doute fort malgré tout que le régime accepte l'initiative arabe.

Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères

La Syrie a d'ailleurs demandé jeudi des modifications à l'une des propositions du plan de la Ligue arabe. Celle-ci veut envoyer à Damas une délégation de 500 observateurs composée de membres d'organisations de défense des droits de l'Homme, de médias et d'experts militaires, qui seraient chargés de veiller à la sécurité des populations civiles dans les zones en proie aux violences.

Si Damas a accepté « sur le principe » l'envoi de cette mission d'observation, elle émet des réserves concernant le statut juridique des observateurs. « Ces amendements sont actuellement à l'étude », a précisé le secrétaire général de la Ligue, Nabil Elarabi.

Selon des membres de l'opposition syrienne, la réaction de Damas ne serait qu'une tactique pour retarder l'échéance. « Nous avons prévenu dans le passé et nous prévenons à nouveau que ce sont les méthodes du régime pour gagner du temps », affirme Omar Idilbi, un membre du Conseil national syrien (CNS), qui rassemble plusieurs mouvements d'opposants au régime.

La France sermonne la Chine et la Russie

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, et son homologue turc, Ahmet Davutoglu.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La France et la Turquie avancent main dans la main sur le dossier syrien.

Photo : AFP / Yasin Bulbul

Depuis Ankara, la France et la Turquie ont appelé la communauté internationale à agir.

Lors d'une conférence de presse commune avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a estimé que « le moment est venu d'accentuer les sanctions contre le régime syrien, qui n'a rien voulu savoir. Il serait bon que le Conseil de sécurité [des Nations unies] se prononce. Il n'est pas normal que, sur une crise comme celle-là, le Conseil de sécurité ne se prononce pas », a-t-il ajouté, espérant que « ceux qui bloquent » une résolution contre la Syrie « vont enfin prendre conscience de la réalité ».

Le ministre français faisait allusion à la Chine et à la Russie, qui ont utilisé leur droit de veto pour bloquer la plus récente tentative du Conseil de sécurité de se prononcer sur la crise syrienne, le 5 octobre.

Afin de contourner les deux pays qui continuent de soutenir Damas, Paris, Berlin et Londres veulent soumettre au Comité des droits de l'homme de l'Assemblée générale de l'ONU une résolution condamnant les agissements du régime. Celle-ci est également soutenue par l'Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et le Maroc, signe d'une opposition régionale croissante à Bachar Al-Assad. Un vote devrait intervenir mardi.

Un risque d'évolution vers la guerre civile, selon Ankara

Le ministre turc des Affaires étrangères a pour sa part admis qu'il y avait un « risque d'évolution vers la guerre civile » en Syrie, comme le prouve le fait que des déserteurs de l'armée se manifestent depuis quelque temps.

Jusqu'à présent, « il est difficile de parler de guerre civile, parce que dans une guerre civile, il y a deux parties qui se battent. Et dans le cas présent, ce sont la plupart du temps des civils qui sont attaqués par les forces de sécurité. Mais il y a toujours le danger que cela se transforme en guerre civile », considère Ahmet Davutoglu.

Le plus important est d'accroître la pression sur la Syrie pour faire cesser le bain de sang.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu

Mercredi, un centre des services secrets situé à Harasta, près de Damas, a été attaqué à la roquette. L'assaut a été revendiqué par l'Armée syrienne libre, dont le chef, le colonel dissident Riad Al-Asaad, est réfugié en Turquie.

Interrogé à ce sujet, le ministre a affirmé que le colonel Al-Asaad a été accueilli en Turquie sur des bases humanitaires. « Tous les Syriens qui ont échappé aux opérations ou aux massacres sont les bienvenus », a-t-il dit. « Pas seulement le colonel Al-Asaad, mais aussi environ 8000 Syriens séjournent en Turquie avec le même statut. Ils sont aidés sur des bases humanitaires. »

M. Davutoglu soutient par ailleurs que son pays va aider le Conseil national syrien (CNS) à se développer en Syrie et au niveau international. Le CNS regroupe la plupart des courants de l'opposition syrienne.

Moscou se montre prudent

À Moscou, où s'est ensuite rendu Alain Juppé, le premier ministre russe Vladimir Poutine a plutôt appelé les chancelleries à faire preuve « de retenue et de précaution » au sujet de la Syrie.

« Nous sommes prêts à travailler avec la communauté internationale, mais nous appelons à la prudence et à la mesure », a répondu le premier ministre russe aux journalistes qui lui demandaient si Moscou appuyait les appels à la démission du président Assad ou soutenait un projet de résolution de l'ONU condamnant Damas.

Le dirigeant russe en a profité pour tancer la France pour son ingérence dans les affaires de pays tiers. Il a également réitéré la mise en garde de Moscou contre une intervention militaire en Syrie.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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