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La fin de vie des Canadiens, un enjeu de société

Une malade en fin de vie, tenue par la main par son médecin.

Photo : La Presse canadienne / JOHN ULAN

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Après avoir entendu des centaines de témoignages, les cinq députés fondateurs du Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les soins de compassion ont remis jeudi leur rapport. Le document de 201 pages détaille « les moyens d'améliorer les soins prodigués aux Canadiens vulnérables et mourants ». Ses conclusions sont unanimement saluées par les professionnels de santé.

Dans ses travaux, le Comité s'est intéressé principalement à trois problématiques. La première concerne les soins palliatifs et les soins en fin de vie. Un domaine sur lequel « le Canada peut s'enorgueillir de ses réalisations et de ses efforts », même s'il lui « reste à améliorer les soins de fin de vie à prodiguer à tous les Canadiens », souligne le rapport.

Quand il est question de fin de vie, il est souvent question de souffrance, d'espoir immense, de découragement et de résilience, de créativité et de compassion. Tout le monde est confronté un jour ou l'autre à sa propre mortalité et à sa propre fragilité, et à celles des êtres chers.

rapport du Comité sur les soins palliatifs

Le Comité s'est ensuite penché sur la prévention du suicide. Chaque année, quelque 4000 Canadiens décident de mettre un terme à leur vie. En la matière, « le Canada accuse un retard par rapport à la plupart des pays développés », soulignent les députés qui constatent que cette question n'est pas abordée de « façon exhaustive et systématique sur le plan politique ».

Troisième thématique abordée, la question de la maltraitance des aînés fait l'objet d'une attention particulière des députés. Ils affirment en effet qu'il s'agit d'une « épidémie silencieuse au Canada » nécessitant d'accomplir des progrès pour éviter les mauvais traitements.

Des recommandations multiples

Dans son rapport, le Comité avance plusieurs pistes pour améliorer les dispositifs canadiens sur chacune des problématiques étudiées.

  • En matière de soins palliatifs, les députés recommandent « fortement » le rétablissement d'un secrétariat idoine. Doté des fonds nécessaires, il serait chargé de définir et mettre en oeuvre une stratégie nationale en coordonnant les actions décidées.


  • Ils suggèrent également au gouvernement fédéral de renforcer le programme de soins à domicile pour les communautés des Premières Nations, les métisses et les Inuits, afin qu'ils « reçoivent les soins (...) qu'ils méritent ».


  • Concernant le financement des soins à domicile et /ou de longue durée, il est proposé d'instituer « un droit pour tous les résidents du Canada ». Droit qui serait équivalent aux droits prévus actuellement par la Loi canadienne sur la santé.


  • Autres dispositions en direction des familles, le Comité conseille entre autres au gouvernement d'étendre « à au moins 26 semaines » la prestation de compassion du régime d'assurance-emploi qui est accordée aux proches aidants. Dans le même temps, les députés prescrivent la création d'un crédit d'impôt remboursable pour les aidants familiaux qui permettrait d'alléger la facture des soins.


  • S'agissant de la prévention du suicide, le Comité propose là encore de mettre en place un secrétariat dédié. Celui-ci faciliterait la communication et la collaboration entre les divers ordres de gouvernement et les intervenants dans la collectivité, la finalité étant d'établir une stratégie nationale.


  • Enfin, pour remédier à la maltraitance des aînés, le Comité préconise une meilleure coordination des politiques publiques et des institutions fédérales impliquées dans la lutte contre ce fléau.

Les députés membres de ce comité ont fait preuve d'un esprit de collaboration non partisane qui est un exemple formidable de Parlement sous son meilleur jour.

Dan Demers, directeur à la Société canadienne du cancer

Le fédéral doit jouer un rôle de chef de file

Les rapporteurs aimeraient également qu'Ottawa assure les « financements de base » du Réseau canadien pour la prévention des mauvais traitements envers les aîné(e)s et l'Initiative nationale pour le soin des personnes âgées (INSPA). Le Comité considère en effet que les subventions aux organismes non gouvernementaux constituent « un moyen efficient de bâtir les infrastructures nécessaires à la réduction de la maltraitance des aînes ».

Dans son exposé, le Comité souligne certes que les soins de santé relèvent de la compétence des provinces et des territoires. Mais, il estime que le gouvernement fédéral a un rôle « essentiel » à jouer. Que ce soit en faisant mieux connaître les enjeux relatifs aux soins de fin de vie et aux soins palliatifs, en établissant des normes pour garantir à tous les Canadiens le même accès aux soins, ou en finançant certains soins de compassion directement ou indirectement grâce à des mesures fiscales.

Le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les soins de compassion réunit des députés de différents bords politiques. Sa constitution est une première dans l'histoire du Parlement canadien. Les élus qui le composent s'y sont joints de leur propre initiative et son financement provient exclusivement du budget des bureaux des députés.

Concert de louanges

La publication du rapport a été saluée par la plupart des professionnels de santé au pays. La Société canadienne du cancer (SCC) s'est réjouie des recommandations concernant le soutien aux aidants familiaux et les soins palliatifs, et elle « presse le gouvernement d'agir ».

« À l'heure actuelle, nous avons une mosaïque compliquée de soins palliatifs au Canada, et il existe de grandes disparités tant dans une même province qu'entre les provinces », explique ainsi Dan Demers, directeur responsable des questions d'intérêt public à la SSC. Selon lui, cet état de fait « signifie que des patients souffrent inutilement à un moment qui est déjà difficile. C'est inacceptable. Les personnes en fin de vie sont vulnérables et nous n'avons pas le droit de les abandonner », ajoute-t-il.

L'Association médicale canadienne (AMC), le Réseau canadien pour la prévention des mauvais traitements envers les aînés et l'Association canadienne pour la prévention du suicide (ACPS) déclarent dans un communiqué commun « applaudir » la publication du rapport.

« En ce qui concerne les soins palliatifs centrés sur les patients ou sur les familles, il n'y a pas de système », regrette le docteur John Haggie, président de l'AMC. Désormais, il espère que les recommandations des députés « serviront de catalyseur aux gouvernements pour transformer le système de santé. »

Sur la question de la maltraitance des personnes âgées, le coprésident du Réseau canadien pour la prévention des mauvais traitements envers les aînés souligne qu'il « existe un peu partout au pays un ensemble disparate de programmes de santé, de programmes sociaux et de programmes juridiques. Il faut à la fois une sensibilisation à la situation, des ressources appropriées et une meilleure compréhension des facteurs sous-jacents si l'on veut devenir plus efficace face à ce problème », soutient Jean-Guy St-Gelais.

Au gouvernement d'agir

La présidente du conseil de l'ACPS félicite elle aussi le Comité d'avoir recommandé le déploiement d'une stratégie nationale de prévention des suicides. « Il s'agit d'un pas dans la bonne direction », observe Dammy Damstrom-Albach. Étant donné qu'une motion semblable vient tout juste d'être adoptée presque à l'unanimité par la Chambre des communes, elle rappelle qu'il « revient maintenant au gouvernement fédéral de prendre des mesures pour faire avancer ces idées. »

Un texte de Geoffrey Dirat

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