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Des réactions à la place disproportionnée de l'anglais dans la fonction publique

Édifice de l'Assemblée nationale à Québec

Édifice de l'Assemblée nationale à Québec

Photo : Éric Langlois

Radio-Canada

Le Mouvement Québec français (MQF) et le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) croient que la surreprésentation de l'anglais dans les services publics est « l'un des principaux facteurs d'anglicisation » de la province.

Les deux organisations s'inquiètent des conclusions de l'étude réalisée par l'économiste Henri Thibaudin de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) pour l'Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), qui révèle un déséquilibre entre la place de l'anglais comme langue de travail dans les services publics et le poids démographique des anglophones au Québec.

L'étude montre qu'au Québec, le poids du secteur public de langue anglaise s'élève à 13,9 %. Il s'agit de 5,2 points de plus que le poids démographique des anglophones, qui se chiffre à 8,7 %.

Selon le président du MQF, Mario Beaulieu, et la présidente du SFPQ, Lucie Martineau, l'étude « fait la démonstration que nos gouvernements dépensent 2,2 milliards de dollars de trop pour offrir des services en anglais au Québec ».

Il est complètement aberrant que les Québécois et Québécoises aient à payer de leurs poches pour angliciser davantage Montréal et contribuer à angliciser les immigrants et les allophones.

Extrait du communiqué de Mario Beaulieu et de Lucie Martineau

« On ne peut pas inciter les citoyens et citoyennes ainsi que les entreprises à utiliser le français comme langue commune au Québec si le gouvernement et ses organismes ne le font pas eux-mêmes. Si les services publics rendus à la population sont systématiquement offerts dans les deux langues, ceux-ci concluront que la connaissance du français n'est pas une nécessité », fait valoir le communiqué de M. Beaulieu et de Mme Martineau.

Le Mouvement Québec français et le Syndicat de la fonction publique du Québec proposent que les services de l'administration publique soient offerts exclusivement en français, à l'exception notamment des organismes municipaux et scolaires anglophones reconnus.

Selon l'étude, réalisée à l'aide des données du recensement de 2006, on compte au Québec 135 250 emplois dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de la fonction publique pour lesquels l'anglais est utilisé au moins la moitié du temps. Cela représente un coût annuel en ressources humaines de plus de 6 milliards de dollars.

L'auteur de l'étude conclut que les secteurs publics de langue anglaise du Québec comptent donc 50 000 emplois de plus que ce que l'on pourrait escompter compte tenu du poids démographique des anglophones. Ces emplois supplémentaires représentent des revenus de 2,2 milliards de dollars pour les travailleurs.

Institut de recherche sur le français en AmériqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Institut de recherche sur le français en Amérique

Photo : Institut de recherche sur le français en Amérique

Par ailleurs, au Québec, moins de la moitié des emplois dont la langue de travail est l'anglais sont occupés par des anglophones. Le bassin d'emplois publics de langue anglaise est composé de 29 % de gens dont la langue maternelle est le français et de 27 % d'allophones.

L'étude révèle également que la majorité des emplois publics de langue anglaise sont concentrés dans la région de Montréal, pour la santé et l'éducation, ainsi que dans celle de Gatineau, pour la fonction publique.

Situation inverse dans le reste du Canada

Au Canada anglais, exception faite de l'Ontario, la proportion d'employés du secteur public parlant le français au travail est moins élevée que la part de francophones composant la population.

« Au Canada anglais, au contraire, on compte environ 7000 emplois en deçà de ce qui serait justifié par le poids démographique des francophones, soit un déficit d'environ 270 millions de dollars en revenus pour les travailleurs », souligne Henri Thibaudin, auteur de l'étude.

Institut de recherche sur le français en AmériqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Institut de recherche sur le français en Amérique

Photo : Institut de recherche sur le français en Amérique

Prêcher par l'exemple

Pour Patrick Sabourin, président de l'IRFA, une telle étude est intéressante dans un contexte où le gouvernement met sur pied des campagnes de promotion visant les entrepreneurs afin d'augmenter l'utilisation du français au travail. « Compte tenu du fait que le secteur public est largement à l'abri des effets de la mondialisation, il serait difficile de prétendre que les gouvernements prêchent par l'exemple en ce qui a trait à la francisation des milieux de travail », affirme-t-il.

Cette étude nous montre que la faible position du français dans les milieux de travail n'est pas qu'une affaire de mondialisation. Par le financement des secteurs de la santé, de l'éducation et de la fonction publique, les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux soutiennent directement et indirectement une part disproportionnée d'emplois de langue anglaise, que ce soit au Québec ou dans le reste du Canada. Cette distorsion dans la configuration institutionnelle est au désavantage des francophones partout au pays.

Patrick Sabourin, président de l'IRFA

Finalement, l'IRFA affirme qu'il ne lui est pas possible de connaître l'impact des institutions publiques sur la langue d'usage public. L'institut croit toutefois qu'il serait intéressant d'étudier plus en profondeur l'impact des institutions de langue anglaise sur les comportements linguistiques des travailleurs allophones et francophones.

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