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L'unilinguisme du nouveau vérificateur général provoque une démission

Michel Dorais, membre démissionnaire du comité de vérification du Bureau du vérificateur général du Canada

Michel Dorais, membre démissionnaire du comité de vérification du Bureau du vérificateur général du Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un membre du comité de vérification du Bureau du vérificateur général du Canada, Michel Dorais, a démissionné pour protester contre la nomination de l'unilingue Michael Ferguson au poste de vérificateur général.

« Je ne peux continuer à siéger en acceptant que le prochain vérificateur général ne rencontrera pas dès son entrée en fonction, l'une des compétences jugées essentielles pour ce poste », a écrit M. Dorais dans sa lettre de démission, citée par le député libéral Denis Coderre, vendredi, à la Chambre des communes.

M. Dorais s'est battu toute sa vie professionnelle pour que la fonction publique soit bilingue. Qu'est-ce que les conservateurs attendent pour respecter les Canadiens et Michel Dorais?

Une citation de :Denis Coderre, député libéral

Dans une entrevue accordée à l'équipe de l'émission Les Coulisses du pouvoir, qui sera diffusée dimanche, à 11 h (HNE), à la télévision de Radio-Canada, M. Dorais soutient que la langue est plus qu'un moyen de communication. Il s'agit, dit-il, d'un outil de compréhension essentiel pour les dirigeants et les leaders d'équipe.

« On ne concevrait pas un hôpital qui engage des médecins, sur la foi que le médecin va suivre des cours du soir pour finalement avoir son diplôme de médecin. Ce serait impensable. Dans la fonction publique, à mon avis, aujourd'hui, il est impensable d'assumer ces positions de leadership fondamental, des positions qui sont extrêmement importantes, sans avoir une connaissance de ce qui se passe dans les communautés », argue-t-il.

« C'est le travail de chaque jour qui va se faire de plus en plus en anglais, ce qui implique qu'il va de moins en moins intégrer les valeurs, les jugements, les éléments des communautés francophones, ou des députés francophones », affirme M. Dorais.

Interrogé sur ce qu'aurait pu faire un unilingue anglophone au sujet du scandale des commandites, M. Dorais ajoute : « C'est un très bon exemple. Ça c'est déroulé dans une communauté très précise. Si Mme Fraser [NDRL : Sheila Fraser, qui l'a précédé dans ses fonctions] n'avait pas compris l'essence même de cette communauté-là, elle aurait pataugé sérieusement pendant cette période-là », fait-il valoir.

Selon Michel Dorais, il est irréaliste de penser que M. Ferguson peut apprendre une langue seconde tout en occupant ses fonctions.

Jeudi, les conservateurs, majoritaires aux Communes, ont adopté la nomination de Michael Ferguson, malgré l'opposition du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois. Les libéraux, eux, ont boycotté le vote.

On ne parle pas d'un atout, ici. On parle d'une condition sine qua non. Ça fait partie de la compétence. T'es pas bilingue, t'as pas la job!

Une citation de :Denis Coderre, député libéral

Le gouvernement dit qu'il a choisi « le meilleur candidat qui s'est présenté pour le poste ».

« Ce qui est intéressant, c'est le double standard du Parti libéral. L'ancien premier ministre Paul Martin a nommé un unilingue anglophone au poste de ministre des Finances », rappelle le ministre des Affaires étrangères, John Baird, en référence à Ralph Goodale.

« Si c'est assez bon pour le ministre des Finances d'être unilingue, pourquoi ça ne le serait pas pour le meilleur candidat au poste de vérificateur général qui s'est engagé à apprendre le français », a-t-il demandé.

Il a promis d'apprendre le français d'ici un an. En attendant, les francophones font quoi?

Une citation de :Alexandrine Latendresse, députée néo-démocrate

Michel Dorais était un membre externe du Bureau du vérificateur général. Il est aussi président du groupe Listal, qui offre des services aux gestionnaires. Il a pris sa retraite de la fonction publique en 2007, après 31 ans de services, tant à Québec qu'à Ottawa.

Au cours de sa carrière, il a notamment été sous-secrétaire du Cabinet au Bureau du conseil privé, sous-ministre au ministère fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration et président du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Graham Fraser enquêtera

Le Commissaire aux langues officielles enquêtera sur le processus de sélection qui a mené à la nomination de l'unilingue anglophone Michael Ferguson au poste de vérificateur général et de Michael Moldaver au poste de juge à la Cour suprême.

Le commissaire Graham Fraser affirme que c'est le nombre de plaintes qui l'amène à agir ainsi. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a notamment confirmé le dépôt d'une plainte.

Le Commissariat n'a toutefois pas le pouvoir de révoquer les nominations.

Le ministre de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney, a défendu le choix des conservateurs en soutenant que les Canadiens qui ne sont pas parfaitement bilingues ne devraient pas être privés du droit de servir leur pays.

80 % des Canadiens ne sont pas aptes à répondre à la qualification du bilinguisme. Il y a quand même une place pour eux.

Une citation de :John Baird, ministre conservateur

Si le Commissariat aux langues officielles n'a pas le pouvoir de révoquer les nominations, des représentants du milieu juridique francophone étudient quant à eux la possibilité de contester la nomination de juges unilingues à la Cour suprême du Canada.

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