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Jean Charest relance l'ADQ au sujet d'Hydro-Québec et des Innus

Radio-Canada

Le premier ministre Jean Charest a interpellé le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, jeudi à l'Assemblée nationale, sur les informations détenues par son parti au sujet des ententes entre Hydro-Québec et les communautés autochtones.

M. Deltell a admis qu'il ne détenait pas plus d'informations que les journalistes à ce sujet. « On doit pour l'instant se limiter aux vieux communiqués officiels d'Hydro Québec. Ce que l'on sait, c'est que trois communautés autochtones de la Côte-Nord se partageront sur plusieurs décennies 130 millions de dollars », a précisé le chef de l'ADQ.

M. Charest a fait cette intervention à la suite des propos tenus en chambre par le député de Shefford, François Bonnardel.

Le député adéquiste François BonnardelLe député adéquiste François Bonnardel

Mercredi, le député de Shefford dénonçait le versement de chèques de 3000 $ à des membres des communautés autochtones dans le cadre d'ententes avec Hydro-Québec.

François Bonnardel a notamment soutenu que le conseil de bande de Mingan avait versé de telles sommes aux membres de sa communauté à partir d'un montant de 2,4 millions de dollars reçu d'Hydro-Québec. « On ne peut pas mettre des millions de dollars en circulation dans une communauté où 40 % de la population souffre de toxicomanie et d'alcoolisme, où le taux de chômage avoisine 35 % et où 30 % des gens ont des problèmes de jeu abusif », a déclaré le député à l'Assemblée nationale.

Malgré l'intervention du premier ministre, François Bonnardel a maintenu ses propos sur les problèmes sociaux des autochtones. « Il est malheureux de constater que M. Charest est mal informé et qu'il préfère donner dans l'hypocrisie et l'aveuglement volontaire plutôt que de s'assurer que l'argent des ententes est investi pour les accompagner dans des projets porteurs qui les aideront à s'en sortir », a déclaré le député adéquiste.

M. Bonnardel a aussi fait allusion à la démission du chef du conseil de bande de Mingan, Jean-Charles Piétacho, qu'il a attribué à la distribution de montants d'argent dans la communauté.

La démission du chef innu en octobre dernier est survenue à la suite d'une série de manifestations de membres de la communauté. Les manifestants réclamaient que soit versé à chacun un nouveau chèque de 5000 $. « On va donner 5000 $, on va faire plaisir aux gens, mais on va fermer tous nos organismes, tous nos services vont être fermés dans un délai d'un mois », avait alors déclaré le chef démissionnaire lors d'une entrevue accordée à Radio-Canada. Le chef avait alors admis qu'il aurait été préférable d'investir l'argent de la première distribution de chèques.

Le député de Shefford demande au gouvernement de rendre publiques les ententes et les états financiers des sociétés qui gèrent celles-ci, ce qui a été refusé par les libéraux.

Les Innus demandent des excuses

Outré des propos de François Bonnardel, le chef démissionnaire de la communauté innue de Mingan, Jean-Charles Piétacho, reproche à l'ADQ de ne pas avoir obtenu l'information exacte sur le sujet.

« C'est irresponsable et irrespectueux envers les membres de la communauté d'Ekuanitshit. Nous avons pris des décisions communautaires, nous assumons ces décisions, et je ne pense pas avoir de leçons à prendre d'un député qui aspire à être un gouvernement de cette province », a commenté M. Piétacho.

Les Innus d'Uashat-Maliotenam condamnent les propos du député adéquiste François Bonnardel sur l'argent versé par Hydro-Québec aux communautés autochtones. Les Innus exigent que le député reconnaisse son erreur et présente des excuses.

Le porte-parole d'Uashat-Maliotenam, Armand McKenzie, qualifie les propos du député adéquiste de réducteurs et dégradants envers les Innus.

Il rappelle que les ententes avec Hydro-Québec ne sont pas des cadeaux. « Les Innus ont le droit de bénéficier aussi des retombées découlant du développement des ressources naturelles du Québec. Il est juste malheureux que l'ADQ ait décidé de faire de la politique partisane sur les droits, les aspirations, les intérêts des Innus », a déclaré le vice-chef de la communauté de Sept-Îles.

M. McKenzie a poursuivi en rappelant que les communautés autochtones tentaient par tous les moyens de combattre les préjugés dont elles sont l'objet.

Des redevances jusqu'en 2070

chantier de La RomaineLe chantier de La Romaine

La construction de quatre centrales hydroélectriques sur la rivière Romaine, en Minganie, touche quatre communautés innues pour une population autochtone totale de 2700 personnes.

Trois ententes signées en 2008 et 2009 ont été conclues entre la société d'État et les communautés innues.

Hydro-Québec s'est engagée à verser 43 millions à la communauté de Nutashkuan, 14,5 millions aux communautés de Pakuashipi et d'Unamen Shipu et 75 millions à celle d'Ekuanitshit. Les Innus d'Uashat-Maliotenam ont rejeté par référendum une entente de 125 millions de dollars, dont 80 millions en argent et 45 millions en emplois et contrats aux entreprises locales.

Les ententes d'Hydro-Québec incluent des contributions à plusieurs fonds de développement économique, communautaire et culturel. Des montants sont aussi prévus pour la formation et la valorisation des activités traditionnelles. Les ententes prévoient aussi que les autochtones participent à la construction du chantier.

Une entente a aussi été signée avec la MRC de la MInganie où les huit municipalités se partageront 100 millions d'ici 2070.

Un développement difficile

Dans le cadre du Plan Nord, et bien que seulement deux communautés se soient montrées favorables au projet, les contrats de partenariat avec les Innus sont de plus en plus fréquents.

Toutefois, le député néo-démocrate de Manicouagan, Jonathan Genest-Jourdain, d'origine autochtone, croit que souvent les entrepreneurs blancs profitent beaucoup plus de ces occasions que les Innus. « C'est un peu une fiction. On va utiliser les Innus à titre de "front" ou de faire-valoir. En fin de compte, les opérations au sein de l'industrie laissent deviner que les Innus n'ont qu'une place de second plan », soutient le député fédéral.

Le manque de qualification freine aussi le placement des Innus sur les grands chantiers, note Kathleen St-Onge, conseillère en orientation du regroupement Mamit Innuat. Dans les petites communautés, les gens ont une scolarité moyenne de deuxième secondaire, raconte Mme St-Onge. « Si je prends l'exemple du projet Romaine, j'ai beaucoup de gens qui travaillent à l'entretien, à la cafétéria et tout ça. Je pense qu'il faut miser un peu plus que ça », poursuit la conseillère en orientation.

Pour sa part, Armand McKenzie soutient que l'intervention des syndicats nuit au placement massif des Innus : « C'est difficile pour eux de rentrer dans ces chantiers-là parce que les relations entre les syndicats et les autochtones sont souvent tendues. »

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