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Procès Shafia : témoignage troublant de la mère

Tooba Yahya au cours de son interrogatoire

Tooba Yahya au cours de son interrogatoire

Photo : Image extraite de l'interrogatoire mené par les policiers

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au palais de justice de Kingston, les jurés au procès des trois membres de la famille Shafia accusés d'avoir tué quatre personnes de leur famille ont commencé à visionner, mercredi, les interrogatoires réalisés après leur arrestation en juillet 2009.

C'est d'abord le témoignage de Tooba Yahya, mère de trois des quatre victimes et deuxième femme de Mohammad Shafia, qui a été présenté devant la cour. Au cours de l'interrogatoire, d'une durée de six heures, elle change peu à peu sa version des faits, alors que l'enquêteur tente de susciter chez elle un sentiment de culpabilité maternelle.

La vidéo montre d'abord que la femme s'effondre en larmes lorsqu'une traductrice parlant sa langue maternelle lui présente un album contenant des photos de ses sept enfants. Pendant que la traductrice va chercher des mouchoirs et de l'eau, Mme Yahya, seule dans la salle d'interrogatoire, demeure inconsolable pendant de longues minutes, regardant et embrassant les photos de ses filles.

La scène a créé un malaise dans la salle d'audience. Mohammad Shafia, lui aussi accusé des meurtres, a essuyé plusieurs larmes.

Dans sa langue maternelle, le farsi, Tooba Yahya répète que ce qui est arrivé est un accident, qu'elle était endormie au motel, à Kingston, et qu'elle ne sait rien de plus. « Les as-tu tués? demande le policier. As-tu planifié les meurtres? » « Je ne sais pas, répond-t-elle. Je ne veux pas en parler. »

Lors de la première heure de l'interrogatoire, Mme Yahya s'en tient à sa version des faits face à un enquêteur qui tente de gagner sa confiance, en étant patient et en s'exprimant poliment. On peut même l'entendre complimenter Mme Yahya sur ses enfants et s'excuser auprès d'elle pour ses questions.

Il lui montre cependant une pièce à conviction et lui explique que son histoire ne tient pas toujours la route. Mme Yahya finit par admettre que Mohammad Shafia et son fils, Hamed Mohammad Shafia, n'étaient pas toujours avec la famille à Niagara Falls, mais sans plus.

Un policier de la GRC, Shahin Mehdizadeh, qui parle sa langue, prend ensuite le relais et amène Tooba Yahya à parler un peu plus. Elle raconte qu'elle et son mari, deux Afghans d'origine, s'opposaient au mariage de leur fille Zainab, une des victimes, à celui qu'elle appelle « le garçon pakistanais ».

Puis, la mémoire lui revient. « Croyez-moi, je ne savais pas que Shafia avait décidé de les tuer. Je le jure », dit-elle. Elle ajoute que Muhammad Shafia avait déjà dit à son frère qu'il voulait tuer sa fille Zainab.

Après des heures d'interrogatoire serré où on lui présente une série d'éléments de preuve, Tooba Yahya admet finalement que Mohammad Shafia, leur fils Hamed et elle-même se trouvaient sur les lieux du drame le 30 juin 2009.

« J'ai entendu un bruit, dit-elle. Hamed et moi l'avons entendu. Nous sommes allés voir et nous avons vu qu'une voiture était dans l'eau. Elle était tombée à l'eau. » Elle prétend s'être ensuite évanouie et dit ignorer comment la Nissan des victimes a plongé au fond de l'écluse de Kingston Mills.

Elle ne peut expliquer pourquoi personne n'a appelé les secours ou tenté de sauver les victimes. Après tout, lui rappelle l'inspecteur, son fils Hamed a bien appellé le 9-1-1 pour signaler un accrochage avec la Lexus familiale, quelques heures après le drame.

À plusieurs reprises lors de l'interrogatoire, l'inspecteur fait appel à la mère, et lui demande d'honorer la mémoire des disparues en disant la vérité. Tooba Yahya soutient qu'elle n'a pas de raison de mentir.

Accident de la route ou meurtres prémédités?

Tooba Mohammad Yahya, 41 ans, son mari, Mohammad Shafia, 58 ans, et leur fils, Hamed Mohammad Shafia, 20 ans, doivent répondre à quatre chefs d'accusation de meurtre prémédité. Ils sont accusés d'avoir tué la première épouse de M. Shafia, Rona Amir Mohammad, âgée de 50 ans, et trois de leurs filles, Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti, 13 ans.

Les victimes ont été retrouvées noyées dans un véhicule au fond de l'écluse de Kingston Mills, le 30 juin 2009. La famille revenait d'un voyage à Niagara Falls au moment du drame.

Selon la thèse de la défense, trois des filles de la famille et la première épouse du père ont péri à la suite d'un tragique accident de la route.

Une version que conteste la Couronne selon qui le père, la mère et le fils de la famille d'origine afghane auraient tué les quatre femmes pour laver l'honneur familial et camouflé ensuite le crime en accident de la route.

Des témoignages contradictoires

Au cours des derniers jours, les jurés ont entendu les enregistrements faits par la police de Kingston le jour où les quatre victimes ont été retrouvées noyées dans un véhicule au fond du canal Rideau, le 30 juin 2009. Ni Mohammad Shafia, ni sa femme ou son fils n'étaient alors considérés comme des suspects.

Ils soutenaient avoir vu les quatre défuntes pour la dernière fois dans un môtel de Kingston, avant qu'elles ne soient retrouvées au fond de l'écluse de Kingston Mills. Le policier qui a mené l'interrogatoire semblait alors se demander pourquoi quatre femmes, sans permis de conduire, quitteraient en voiture leur chambre pour emprunter des routes sinueuses jusqu'au canal Rideau.

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