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La volte-face de Jean Charest saluée, avec réserves, par ses détracteurs

Radio-Canada

Le revirement de Jean Charest sur les pouvoirs dévolus à la commission d'enquête sur la construction est salué par ses critiques et ses adversaires politiques.

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de Sécurité publique, Stéphane Bergeron, reconnaît que l'annonce du premier ministre, faite en ouverture du congrès du PLQ à Québec, va « dans la bonne direction ».

« Ceci-dit, poursuit le député de Verchères, le premier ministre nous avait candidement annoncé mercredi qu'il avait gossé sa patente sur mesure. On constate que les mesures changent au gré de [ses] impératifs politiques. Et ça, c'est plutôt préoccupant », affirme l'élu péquiste, qui considère que le chef du gouvernement a « sauvé la face » avant le congrès du Parti libéral du Québec (PLQ).

Il considère par ailleurs que l'annonce du premier ministre place la juge Charbonneau dans une position délicate, en lui laissant le soin de solliciter l'élargissement des pouvoirs de la commission. Jean Charest « aurait dû dès le départ lui donner ces pouvoirs au lieu de lui mettre ce fardeau sur ces épaules ».

Son avis est partagé par la chef de file parlementaire de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy, qui conseille au gouvernement de prendre ses responsabilités. « Qu'on respecte les institutions. C'est à l'exécutif de réécrire le décret et non pas au pouvoir judiciaire », explique la députée de Lotbinière, qui attribue attribue le revirement du chef du PLQ à « la pression populaire » ainsi qu'au « travail des journalistes ».

Jean Charest est trop habitué d'être applaudi par son caucus, même s'il dit ou fait n'importe quoi. La population, elle, [ne fait pas partie] des fans du premier ministre.

Sylvie Roy, chef de file de l'ADQ

De son côté, le député de Mercier, Amir Khadir, s'est dit satisfait de constater que le chef du PLQ se soit rangé derrière la volonté de la population. « C'est bon pour la démocratie, et c'est bon pour le Québec », estime le co-porte-parole de Québec solidaire, convaincu que Jean Charest « aurait pu éviter de s'entêter pendant deux ans ».

Pour autant, il considère que le dossier n'est pas encore clos. « Ce n'est pas fini, il faut désormais que la commission [Charbonneau] soit soumise à la loi sur les commissions d'enquête, qui lui donnerait tous les pouvoirs. »

Le bâtonnier du Québec, Me Louis MassonLe bâtonnier du Québec, Me Louis Masson

Le bâtonnier du Québec se réjouit

Après ses critiques réitérées tout au long de la journée de vendredi, le bâtonnier du Québec s'est réjoui « pour la population québécoise » de la volonté du gouvernement « de se doter d'une commission complète ».

Selon Me Louis Masson, qui s'exprimait samedi matin à l'antenne de RDI, la juge Charbonneau va ainsi pouvoir « aller au fond des choses pour que la vérité soit connue », précisant que cette « vérité est un gage de transparence. »

À la question de savoir si ses reproches ont influencé le gouvernement, l'avocat a répondu que « la préoccupation du Barreau était de contribuer au débat public, en proposant des solutions pour rétablir la confiance. Maintenant, la commission a besoin de sérénité. Nous devons faire confiance à France Charbonneau », a-t-il ajouté.

Les ministres libéraux défendent la volte-face

Dans la matinée, les militants libéraux réunis en congrès à Québec ont eu droit à une explication de texte. Pas moins de quatre ministres se sont succédé à la tribune pour détailler les mesures adoptées jusqu'ici par le gouvernement afin de faire face à la collusion et à la corruption dans l'industrie de la construction.

Commentant l'annonce de Jean Charest, le ministre des Transports, Pierre Moreau, a indiqué que le gouvernement avait offert des pouvoirs élargis à la commission d'enquête afin d'apaiser la controverse dans les milieux juridiques, une allusion à la sortie du bâtonnier du Québec.

Les critiques qui se sont multipliées depuis mercredi risquaient de « ternir la commission et ses travaux », a-t-il assuré.

Le député de Châteauguay considère toutefois que l'immunité corollaire au pouvoir de contrainte des témoins risque de contaminer la preuve policière. L'argument avait initialement été avancé par le premier ministre pour justifier les pouvoirs restreints de la commission.

Le revirement du premier ministre s'explique par la très grande confiance du gouvernement envers France Charbonneau

Line Beauchamp, vice-première ministre

Quant à la ministre du Travail, Lise Thériaut, elle considère que le chef du gouvernement a entendu ce dont la juge avait besoin. La députée d'Anjou croit que cette dernière est « capable d'aller recueillir des preuves et des témoignages. Si on se fie au passé, il y a quand même des gens qui ont vu des choses, ajoute-t-elle, on n'a pas besoin d'avoir dans la boîte des entrepreneurs frauduleux ou des mafieux pour comprendre comment se fait un système ».

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