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Les « indignés de Montréal » manquent d'espace

Près de 200 tentes sont installées sur le square Victoria, à Montréal. (20 octobre 2011)
Près de 200 tentes sont installées sur le square Victoria, à Montréal. (20 octobre 2011) Photo: Bruno Maltais
Bruno Maltais

Après cinq jours de camping dans le quartier des affaires, les « indignés de Montréal » commencent à avoir des problèmes d'« étalement urbain ».

Quelque 200 tentes occupent tout l'espace vert du square Victoria, et certains parlent déjà de s'installer sur la place du Canada, à quelques centaines de mètres de là.

Car même si une partie des occupants devront plier bagage au cours des prochains jours pour retourner à l'école ou au travail, certains s'attendent à ce que le nombre de campeurs augmente pendant le week-end.

« Hier, le Service de police de la Ville de Montréal a indiqué aux manifestants qu'ils ne pourront pas installer de nouvelles tentes à d'autres endroits de façon à élargir le campement », a indiqué jeudi Gonzalo Nunez, porte-parole à la Ville de Montréal.

Reste que pour affronter la pluie et le froid, des membres de la petite communauté continuent d'ajouter des toiles et des matelas, question de pouvoir « rester jusqu'à Noël, s'il le faut! », lance Julie, une irréductible couchée au fond de sa tente.

En plus de leur propre matériel, les campeurs peuvent compter sur les dons d'autres indignés, qui tiennent à participer au mouvement à leur manière.

Jeudi matin, Khaled Majouji, jeune travailleur dans le secteur de l'hôtellerie, est arrivé avec du café et des beignes pour tout le monde. Même s'il n'a pas encore passé la nuit au square Victoria, il tient à soutenir le mouvement. « Je suis une personne de la classe moyenne. J'ai un emploi, je possède de l'immobilier, ma vie va très bien », dit-il. « Mais tout le monde devrait avoir un minimum de dignité, et l'écart [entre les plus riches et le reste de la population] est rendu trop grand, et plus il grandit, plus il s'accélère », déplore-t-il.

Un peu plus tôt, un homme avait garé sa BMW quelques secondes pour montrer son appui aux manifestants. « Il y a d'autres gens qui croient que ce que vous faites est tellement légitime. [...] Si j'avais un million, je le donnerais pour construire un centre communautaire ici », a lancé l'homme d'affaires qui travaille en publicité, mais qui refuse d'être identifié.

Mardi, près de 500 participants au Forum international de l'économie sociale et solidaire, qui se tient cette semaine au Palais des congrès de Montréal, sont descendus dans la rue pour appuyer le mouvement des indignés au square Victoria et dénoncer les inégalités sociales.

Pour en savoir davantage sur le Forum international de l'économie sociale et solidaire, consultez notre article: Pour une économie à hauteur d'homme.

La nourriture convoitée par des itinérants

Pendant ce temps, les installations semblent être de plus en plus utilisées par des itinérants. Jeudi matin, sur la centaine de personnes à l'extérieur des tentes, on pouvait compter au moins une douzaine d'itinérants près de la « cuisine du peuple ».

« On estime qu'il y a 30 000 itinérants à Montréal. C'est sûr que certains vont se ramasser ici », explique Léonard Pelletier, qui travaille en intervention sociale et qui fait partie des indignés. « On sait qu'il y a beaucoup de maladie mentale en itinérance, et présentement on n'est pas équipé pour ça », déplore-t-il. « Mais à Wall Street, ils ont eu les mêmes problèmes que nous au début. Et ça fait un mois et demi qu'ils sont là, donc ils ont appris à gérer le problème », dit-il pour s'encourager.

Parmi ces itinérants, Claude, qui attend qu'on lui offre une tente depuis le week-end dernier, espère aider le mouvement, même s'il n'est pas en mesure d'en expliquer les tenants et aboutissants.

« On n'a pas tous le même passé. On aimerait ça que tout le monde soit en santé et capable de travailler, mais ça n'existe pas », dit-il. Sans emploi, l'homme dans la quarantaine dit appuyer le mouvement « parce que c'est ce que je peux faire de mieux ».

Les trouble-fêtes montrés du doigt

Jeudi matin, plusieurs occupants du square Victoria s'inquiétaient des abus de la veille. Mercredi soir, quelques fêtards ont « trop bu, trop consommé, et sont devenus trop bruyants », ce qui pourrait non seulement nuire à l'image du mouvement, mais aussi servir de prétexte pour les expulser, craignaient-ils. Tandis que certains voulaient interdire la consommation d'alcool, d'autres proposaient plutôt de mettre en place un comité de modération.

Déjà, quelques membres de la Milice patriotique québécoise - qui se définit comme une « organisation de défense territoriale » - sont sur place et disent vouloir travailler en collaboration avec les policiers pour maintenir l'ordre. Pour l'instant, aucun autre groupe n'a affiché ses couleurs dans le village de tentes.

Jeudi midi, le SPVM n'avait aucun incident à signaler et ne prévoyait d'ailleurs aucune mesure particulière au square Victoria.

La Ville de Montréal préoccupée des risques d'incendie

Pour l'instant, la Ville de Montréal « tolère la présence de manifestants et de campeurs au square Victoria tant que tout se déroule de façon pacifique et que la paix publique n'est pas troublée », a indiqué jeudi Gonzalo Nunez, porte-parole à la Ville de Montréal.

Mais la Ville se dit « préoccupée par l'existence de certains risques d'incendie en raison de plusieurs facteurs constatés sur place, dont la présence de nombreuses tentes qui ne sont pas conçues pour résister à un incendie ou ne pouvant ralentir la propagation d'un incendie, des contenants d'essence pour alimenter une génératrice, des bouteilles de propane et des appareils de cuisson ».

« L'absence d'allées aménagées entre les tentes permettant aux pompiers, policiers ou ambulanciers d'avoir accès au site en cas d'urgence fait également l'objet de préoccupations », a expliqué M. Nunez.

« Pour ce qui est de la salubrité des lieux, les cols bleus de l'arrondissement s'assurent de vider les poubelles régulièrement et un contremaître fait la tournée du square régulièrement », a-t-il ajouté.

Portraits d'indignés

Mercredi, Radio-Canada vous présentait quelques portraits d'indignés. En voici d'autres rencontrés jeudi.

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