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Qui sont ces indignés qui occupent le square Victoria?

Bruno Maltais

Ils dénoncent l'emprise de la classe financière sur la société et l'écart grandissant entre les 1 % les plus riches et les 99 % restants, sans être porteurs d'un programme politique précis. Ils ont commencé leur mouvement à Wall Street, et d'autres les ont suivis aux quatre coins de la planète.

Qui sont ces indignés? Radio-Canada est allé voir les occupants du square Victoria, en plein coeur de Montréal.

Depuis le 15 octobre, ils sont de plus en plus nombreux à y camper pour manifester leur indignation. D'abord une indignation à l'égard du système économique représenté par Wall Street, et de plus en plus à l'égard d'un ensemble de préoccupations sociales et politiques tous azimuts.

Mercredi, près de 150 tentes étaient installées au centre du Quartier international de Montréal, qui regroupe plusieurs grandes entreprises et la tour de la Bourse.

Sur place, une majorité de jeunes, dont des étudiants qui profitent du congé de mi-session pour participer au mouvement.

« On trouve que tout l'univers financier, ça n'a pas trop d'allure. La croissance infinie, ça ne se peut pas. Notre planète a une quantité finie de ressources. Ça ne peut pas continuer comme ça », soutient Émile Duchesne, étudiant au Collège d'Alma, au Lac-Saint-Jean.

Arrivé mercredi matin à Montréal avec trois amis, le jeune homme de 18 ans ne fait pas partie des irréductibles qui entendent occuper le square Victoria « aussi longtemps qu'il le faudra ». « On vient d'arriver. On va rester ici une journée ou deux. On est en mi-session », explique-t-il pendant que les autres commencent à monter leur tente.

C'est vraiment une dénonciation très globale. On s'attend à provoquer un débat.

Émile Duchesne, étudiant au Collège d'Alma

À quelques tentes de là, Sean Newman, 25 ans, vient à peine de se réveiller qu'il a déjà envie de partager ses idées sur une société « plus libre ».

Après sa première nuit de camping dans le quartier des affaires, le jeune originaire de Winnipeg entend d'ailleurs dormir ici aussi longtemps qu'il le faudra.

On ne veut rien détruire. On veut enlever la façon dont on est contrôlé.

Sean Newman, étudiant en psychologie à l'Université Concordia

Un laboratoire social

D'autres ne croient pas qu'une revendication précise puisse mener à de véritables résultats. Ils estiment donc préférable de se servir de ce mouvement populaire pour concevoir une nouvelle organisation de la société.

« On n'a pas tant une revendication qu'un projet utopique de vérifier si notre société qu'on proclame est possible », explique Jean-Patrick Berthiaume, qui se présente comme un citoyen indigné. « On n'arrête pas de dire qu'on veut sortir du système capitaliste [...] mais il faut essayer de voir si ça peut fonctionner. Et ici c'est le plus beau laboratoire de démocratie que j'aie vu », ajoute celui qui a été candidat pour le Parti rhinocéros aux dernières élections fédérales.

« Il n'y a pas une revendication [...] qui a fait l'unanimité. Donc on n'arrive pas encore à déterminer qu'est-ce qui fait que tout le monde, on a un point commun », explique-t-il.

Un moyen de sensibilisation

Même si certains manifestants concèdent que le mouvement regroupe présentement les habitués des mouvements populaires, d'autres estiment qu'il est beaucoup plus vaste. « On représente les 99 % de la société », soutient Marion Deschênes, diplômée en service social à l'Université d'Ottawa.

Ici, ce que l'on voit, c'est seulement la pointe de l'iceberg.

Marion Deschênes, diplômée en service social à l'Université d'Ottawa

Sans emploi pour le moment, elle considère donc que son implication la plus utile consiste à informer. « On ne veut pas seulement se parler entre nous », lance-t-elle.

De fait, en plein centre-ville de Montréal, des curieux s'arrêtent quelques minutes pour mieux comprendre les revendications des campeurs.

« Pendant leur pause, des comptables, des avocats et plein de monde qui travaille dans les bureaux autour viennent nous parler », explique Dave, un manifestant assis sur le trottoir.

Marc-André Lacelle, enseignant en sociologie au cégep Marie-Victorin, était justement devant la statue de la reine Victoria, mercredi matin, avec un groupe d'étudiants de son cours de sociologie urbaine.

« On regarde les mouvements culturels, de marginalité, de réclamation politique, donc les mouvements sociaux et la question de la gentrification », explique-t-il.

« Les étudiants n'ont pas l'habitude de voir concrètement comment le changement peut se produire, comment ça peut s'organiser [...] et là, on en profite pour venir ici », ajoute le jeune enseignant.

Des réclamations politiques, les étudiants pourront en voir. Il suffit de jeter un coup d'oeil aux nombreuses affiches, qui réclament tantôt plus de justice sociale, tantôt la libération de la Palestine, tantôt l'abolition du capitalisme.

Suivez nos portraits d'indignés sur Radio-Canada.ca au cours des prochains jours.

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