•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Studio Mel's : Des professionnels de l'industrie demandent aux gouvernements d'intervenir

Studios Mel's
Radio-Canada

L'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS), qui représente 3000 employés, demande aux gouvernements du Québec et du Canada d'intervenir pour corriger la situation qui prévaut au studio de cinéma Mel's de Montréal.

Dans un reportage de l'émission Enquête diffusé jeudi, des artisans de l'industrie dénoncent la situation de monopole dont profite l'entreprise, et les méthodes de négociations que peut conséquemment utiliser son président-directeur général, Michel Trudel.

Invité à réagir au reportage, le directeur général de l'AQTIS, Danny Chalifour, a reconnu que de nombreux artisans de l'industrie entretiennent « une perception, au minimum, [...] qu'ils n'ont pas de pouvoir de négociation » avec les studios Mel's.

« Quand on s'adresse à des producteurs américains, ou étrangers, où même des producteurs canadiens qui pourraient vouloir s'intéresser au marché québécois pour tourner des productions, et qu'ils sentent qu'ils n'ont pas de pouvoir de négociations pour leur assurer qu'ils peuvent accéder aux meilleurs prix possibles, pour la location de studios et d'équipements, ça soulève des craintes et très souvent amène des décisions, qui sont : "on va aller tourner ailleurs" », admet-il.

Cette situation, dit-il, a un double impact. « Ça a un impact immédiat en terme de création d'emplois. Il y a des emplois qu'on ne peut pas soutenir ou maintenir parce que le travail ne s'en vient pas chez nous. Mais ça a un impact structurel aussi dans le sens que, pour soutenir l'infrastructure, ça prend de l'ouvrage, ça prend des productions », explique-t-il.

Quand une production décide de ne pas venir tourner chez nous, ce sont des emplois qui ne sont pas créés. Quand un producteur n'a pas le choix que de tourner chez nous, il semble, d'après votre enquête, que certains techniciens n'auront pas accès à des emplois. Si M. Trudel n'aime pas ou ne veut pas travailler avec certains techniciens, ce technicien-là est en quelque sorte sur la liste noire.

Danny Chalifour
Le directeur général de l'AQTIS, Danny Chalifour

Le directeur général de l'AQTIS, Danny Chalifour

M. Chalifour dit comprendre pourquoi les artisans de l'industrie ont peur de parler du problème. « S'ils n'ont pas d'alternative, s'ils n'ont pas de terrain d'entente avec la seule organisation qui est capable d'offrir le service, que vont-ils faire? », demande-t-il.

Le directeur général de l'AQTIS reconnaît par ailleurs que la situation qui prévaut au studio Mel's peut avoir un impact financier pour les contribuables, qui financent des productions par différents moyens. Le risque que cela se produise est élevé, dit-il.

« Toutes les productions locales et mêmes étrangères reçoivent soit des crédits d'impôt ou un financement de Téléfilm Canada ou de la SODEC, au Québec », explique M. Chalifour. « Il y a une partie de ces argents-là qui sont dévolus par les producteurs à payer la location des studios et des équipements. »

« Donc, on entretient tout ce système-là par le financement du gouvernement. Donc, ce sont les contribuables ultimement qui sont amenés, qu'ils le sachent ou pas, à soutenir et maintenir cette situation monopolistique », déplore le directeur général de l'AQTIS.

M. Chalifour soutient que les gouvernements ont en quelque sorte « appuyé le développement de ce monopole-là, malgré des craintes qu'on a exprimées », en finançant la construction des studios Mel's à hauteur de trois millions de dollars.

Michel Trudel

Michel Trudel, pdg des Studios Mel's

« Je suis certain que les gouvernements n'avaient pas l'intention de créer un monopole, mais la conséquence, c'est ça », dit-il.

« Je pense que les gouvernements ont été informés pendant plusieurs années. Il y a 20 ans, on a fait part de notre crainte qu'on se retrouve dans cette situation-là. On aimerait évidemment aujourd'hui que les gouvernements, qui ont les outils... », laisse-t-il tomber, sans terminer sa phrase.

« L'AQTIS, comme organisation de représentation ne dispose pas des outils de vérification, de contrôle, qui permettraient de trancher sur ces questions-là », conclut-il.

L'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) se définit comme une association de professionnels pigistes qui regroupe 3000 artistes concepteurs, artisans et techniciens du Québec exerçant leur profession dans au moins 126 métiers de l'industrie.

Société