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Viaduc de la Concorde : cinq ans plus tard, toujours pas de coupable

Effondrement du viaduc de la Concorde
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 30 septembre 2006, le viaduc de la Concorde s'effondrait à Laval, faisant cinq morts et six blessés. Cinq ans plus tard, aucun coupable ou responsable n'a encore été identifié ni poursuivi, ni même mis à l'amende pour les erreurs et la négligence dans la construction du viaduc.

Le jour du drame, Dave Ferrara a été le premier à prévenir le ministère des Transports qu'un morceau de béton était tombé de la structure. Quelque 80 minutes plus tard, le viaduc de la Concorde s'effondrait.

« Je n'en revenais pas, j'étais complètement sous le choc. Je ne comprenais pas pourquoi ils n'avaient pas mis fin à la circulation », mentionne-t-il.

Une longue enquête a été entreprise pour déterminer les causes de l'effondrement de ce viaduc construit en 1970. Le gouvernement du Québec a confié ce travail à une commission d'enquête dirigée par l'ancien premier ministre du Québec, Pierre-Marc Johnson.

La commission avait alors blanchi le surveillant routier dépêché sur les lieux parce qu'il n'était pas formé pour appréhender ce qui allait se produire. Elle a toutefois sévèrement blâmé plusieurs ingénieurs pour avoir manqué à leur devoir au fil des ans, que ce soit pendant la construction, lors des travaux de réfection ou lors des inspections.

Des ingénieurs du ministère des Transports et de la firme de génie-conseil Desjardins-Sauriol, aujourd'hui Dessau, ont notamment été critiqués.

Cinq ans plus tard, le syndic de l'Ordre des ingénieurs du Québec peine à porter plainte contre quiconque au sein de ses membres. L'une des raisons évoquées : tout le monde se protège.

« On ne doit pas seulement démontrer la problématique, on doit démontrer la faute professionnelle. Alors il y a un cran de plus complexe à effectuer et je dois vous avouer que ce n'est pas évident », explique la présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec, Maud Cohen.

Sur la quinzaine de dossiers qui étaient à l'étude, certains ont déjà été fermés, faute de pouvoir prouver qu'un ingénieur a dérogé aux normes qui étaient en vigueur à l'époque. Une dizaine d'ingénieurs font encore l'objet d'une enquête.

« Vous trouvez ça long? Moi, je trouve ça très long », confie l'un des trois commissaires de la Commission Johnson, Roger Nicolet.

Lors des audiences, ce dernier a entendu 58 témoins, incluant de nombreux ingénieurs. « La démarche que nous avons suivie a ébranlé plusieurs acteurs et il y a eu des séquelles, indéniablement. Je pense que des gens se sont fait reprocher d'avoir pris position de façon assez claire et catégorique sur certains aspects de l'enquête », affirme-t-il.

Le chantier du viaduc de la ConcordeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo du chantier de construction du viaduc de la Concorde, en 1970 (archives)

L'Ordre des ingénieurs confirme que dans ce milieu tissé serré, trouver des experts pour appuyer une éventuelle plainte n'est pas une mince affaire.

« Effectivement, par moments, ce sont les employeurs et les universités qui ne veulent pas que l'on utilise certains de leurs experts parce qu'ils se sentent en conflit, parce qu'ils obtiennent des travaux et parce qu'ils sont en lien avec d'autres », soutient Maud Cohen.

Tout le monde se protège. Pour moi, c'est la loi de l'omertà à 100 milles à l'heure. Les gens se protègent entre eux pour s'enrichir les poches. Ça se résume à ça pour moi.

Dave Ferrara

Maud Cohen admet que la situation risque d'alimenter le cynisme ambiant. « On est déterminés à aller de l'avant et on va trouver les experts. On est allés au niveau canadien récemment, on fait affaire avec une firme pour nous aider à recruter des experts, et là, on est en train d'aller aux États-Unis », souligne-t-elle.

Si des plaintes venaient à être déposées, elles pourraient engendrer des mesures disciplinaires contre les ingénieurs fautifs, notamment une amende ou une radiation temporaire.

Comme les victimes n'ont aucun recours, il s'agirait là de la seule façon de sévir contre certains responsables de l'effondrement du viaduc de la Concorde.

Erreurs de construction et négligence

La commission avait conclu en 2007 que l'effondrement du viaduc avait été provoqué par une série de facteurs combinés, dont le manque d'ancrage et la mauvaise installation d'armatures d'acier qui jouaient un rôle important dans le soutien du tablier du viaduc.

Le béton utilisé pour construire la structure ne possédait pas non plus les caractéristiques requises pour résister convenablement au cycle de gel-dégel et à l'effet des abrasifs routiers.

La conception de l'ouvrage a aussi été mise en cause par les commissaires, qui ont souligné que certains éléments de la structure n'étaient pas conformes au code de construction de l'époque. Selon le rapport Johnson, ce sont tous ces facteurs agissant ensemble qui ont conduit à la rupture du tablier du viaduc de la Concorde.

Par mesure de sécurité, le viaduc de Blois, situé un peu plus haut sur l'autoroute 19, pratiquement identique à celui de la Concorde, avait été détruit et reconstruit pour éviter tout nouvel incident.

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