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Quand l'obsession conduit presque à la mort

Audrey-Thibault

Audrey Thibault

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Depuis sa retraite sportive il y a deux mois, la nageuse synchronisée Ève Lamoureux se porte mieux. Plus d'exigences esthétiques à respecter. Deux autres ex-athlètes se sont aussi confiées à Jacinthe Taillon sur l'enfer quotidien de maintenir leur poids.

Sauf que contrairement à Lamoureux, les histoires de Catherine Garceau et d'Audrey Thibault ont failli mal tourner.

Patineuse artistique prometteuse, Thibault a sombré dans l'anorexie. Dans son milieu, sa perte de poids était même valorisée.

« Je me rappelle à six ans, la nourriture et mon image, c'était super important, avoue-t-elle. Je faisais attention à ce que je mangeais. Et à partir de 13-14 ans, ça a commencé le cercle vicieux. Je coupais, je coupais, je coupais.

« Tu es fière de toi, je réussis. Après ça, les autres le remarquent. "Ah! Tu as perdu du poids, ça te fait bien." »

Mais lors d'une compétition en France, ses entraîneuses réalisent qu'elle n'a pratiquement pas mangé de la semaine. La jeune fille se porte tellement mal qu'à son retour au pays, on lui interdit de patiner.

À 70 livres (32 kg), elle est hospitalisée. La peur de mourir, elle l'a ressentie.

« Surtout les dernières fois que je suis rentrée à l'hôpital. Je pensais que j'étais invincible. Puis, quand le médecin m'a dit : "Audrey, si tu continues comme ça, tu sais, ça se peut que dans ton sommeil..." C'est là que ç'a fait un déclic. »

Un cas qui donne froid dans le dos

Nage synchronisée

L'équipe canadienne

Photo : AFP / François Xavier

C'est le Dr Wilkins qui est responsable de ce déclic. Il oeuvre depuis 37 ans dans le domaine des troubles alimentaires chez les jeunes.

Il s'étonne de voir ce qui est toléré dans certains sports. Au cours des dernières années, il a traité davantage de patientes en nage synchronisée. Il se souvient d'un cas qui donne froid dans le dos.

« Elle se faisait tellement vomir. Écoutez, elle était dans une famille d'accueil qui la recevait et elle se faisait vomir dans les verres et elle mettait ça sur la table, raconte Jean Wilkins, responsable de la clinique des troubles de la conduite alimentaire de l'hôpital Sainte-Justine.

« Puis un moment donné, dans une compétition à Vancouver, il y a quelqu'un qui est passé et qui l'a vue caler dans le fond du bassin. Ce qui m'a étonné là-dedans, elle est passée par l'urgence, on lui a fait des traitements et ils l'ont ramené à la compétition. Ils l'ont sorti et elle est revenue avec la médaille d'argent. »

Surconsommation de muffins

La nageuse synchronisée Catherine Garceau, elle, a souffert de boulimie à la fin de sa carrière. Quand les courbes de son corps et sa musculature ne pouvaient plus rivaliser avec les plus jeunes, elle a aussi vécu l'enfer.

« J'avais vraiment des rages qui étaient très fortes. Je partais de la piscine, en m'en allant chez nous, j'arrêtais peut-être 5-6-7 fois à de différents dépanneurs ou Tim Hortons. Je me prenais un muffin après l'autre, confie la médaillée de bronze des Jeux olympiques de Sydney. C'était assez pour remplir un vide qui, on dirait, ne finissait plus.

« Quand j'arrivais chez nous, évidemment je me sentais vraiment malade. Je n'ai pas vraiment vomi. Moi, je prenais des laxatifs parce que je savais que le lendemain matin, il fallait être bien dans son costume de bain disons. »

Garceau et Thibault ont accepté de raconter leur histoire pour sensibiliser les jeunes athlètes aux dangers du culte de la beauté. Aujourd'hui, elles vont mieux, mais elles n'oublieront jamais.

(D'après un reportage de Jacinthe Taillon)

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