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Consommation d'analgésiques : les tabous tombent

Oxycodone

(archives)

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La mort récente de trois joueurs de la Ligue nationale de hockey en incite d'autres à briser le silence.

Plusieurs joueurs acceptent maintenant de témoigner du problème de la surconsommation de médicaments antidouleurs au sein de la confrérie.

Tendance ou fléau? Comme dans la société, de plus en plus de joueurs de la LNH ont recours aux analgésiques pour des raisons non médicales, selon Ian Laperrière.

« Je vais te le garantir et mettre ma main au feu. Le trois quart des équipes en ont deux ou trois, même juste un gars, c'est un gars de trop. »

Les analgésiques servent normalement à apaiser des douleurs « modérées à sévères », selon Manon Lambert, directrice de l'Ordre des pharmaciens. L'un d'eux, l'Oxycontin, est particulièrement populaire. Sa consommation est en hausse.

« Pour les malades chroniques ou les patients atteint de cancer, c'est un analgésique assez puissant », explique Mme Lambert.

Le danger croît quand les analgésiques sont combinés à l'alcool.

« Ce sont des produits qui vont surtout chercher à les détendre, à les relaxer, à leur donner des effets euphoriques s'ils le mélangent avec l'alcool », explique le Dr Jacques Toueg, chirurgien orthopédiste.

C'est un tel cocktail qui a causé la mort de Derek Boogard en mai dernier. Les analgésiques et l'alcool ralentissent le rythme cardiaque et la respiration.

Pas seulement les durs

Il est faux de croire que seuls les bagarreurs sont dépendants de ces narcotiques, selon Laperrière.

« J'ai vu des gars qui sont là pour faire des points et marquer des buts et qui sont accrochés à ces produits-là. Le problème est que c'est l'option qu'ils prennent pour gérer leur pression. Qu'ils soient là pour marquer des buts, ça n'a aucun rapport, la pression, ça reste de la pression. »

Le problème est aussi grandissant en dehors des vestiaires. L'Oxycontin cause la mort d'environ 20 personnes par année au Québec. Les antidouleurs sont de plus en plus accessibles.

« Il y a des jeunes qui me disent que c'est plus facile de trouver ces drogues-là que du pot, du hasch, comme dans le temps, raconte Laperrière. C'est tellement accessible, mais ce n'est pas dans les équipes, c'est dans les bars. »

L'ancien gardien de la LNH Pascal Leclaire confirme.

« Dans les organisations comme Columbus ou Ottawa, c'est vraiment surveillé. Ils ne te donnent pas des pilules pour te donner des pilules. Mais si quelqu'un veut trouver des pilules, il y a toujours une manière de la faire. »

Prescriptions généreuses

L'un des problèmes est la durée des prescriptions.

Les médecins de certaines équipes donnent trop de pilules aux joueurs blessés, comme Alexandre Burrows l'a expérimenté après une opération à l'épaule, quand on lui a prescrit une trentaine de jours de comprimés.

« Je les ai jetées. J'en ai eu besoin trois ou quatre jours, c'est tout. »

Tous ne jettent pas l'excédent. Certains préfèrent en faire la distribution aux coéquipiers qui en font la demande.

Certes, la Ligue nationale offre un programme pour contrer les abus de drogues, mais encore faut-il s'en prévaloir, rappelle Pascal Leclaire.

« Si on n'admet pas qu'on a un problème, on n'ira pas demander de l'aide. On a tellement de ressources, mais il faut que les gars aillent de l'avant. »

Le problème, c'est que la mentalité s'instaure parfois très jeune.

« J'appelle ça l'attitude dopante, témoigne Jacques Toueg, chirurgien orthopédiste. Ça commence en bas âge. On voit des jeunes qui jouent pee-wee, bantam ou midget qui prennent certains produits pour augmenter leurs vitamines. Ils prennent des produits stimulants dès cet âge-là, on est en train de créer une dépendance à un produit. »

D'après un reportage de Michel Chabot

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