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Un ovni littéraire signé France Daigle

Johanne Lapierre
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le nouveau roman Pour sûr, aboutissement d'un travail colossal de l'auteure acadienne France Daigle, transporte le lecteur de la fiction aux faits, des émotions aux statistiques, le tout teinté de l'omniprésence du chiac.

Pour sûr, de France Daigle, sort en librairie le 7 septembre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour sûr, de France Daigle, sort en librairie le 7 septembre.

À l'instar de plusieurs des oeuvres de France Daigle, la forme prend une grande place dans Pour sûr. En fait, le roman se divise en 140 chapitres de 12 fragments. Ainsi, le lecteur suit d'abord la famille de Terry et Carmen, personnages récurrents dans les romans de l'auteure. Mais ces passages de fiction sont constamment entrecoupés de faits de toutes sortes, allant de statistiques sur le jeu de Scrabble à l'histoire de la typographie, entrecoupés de « détails inutiles ».

« Sans avoir de forme, je pense que je n'écrirais pas », a expliqué France Daigle en entrevue à Radio-Canada.ca. Comme structure de travail de base, elle est partie d'une croyance mythologique établissant un rapport entre le chiffre 12 multiplié par lui-même et la sérénité. C'est ainsi qu'elle a choisi de construire son roman en 1728 fragments, soit 12 X 12 X 12.

« Honnêtement, au début, je me demandais si cela serait possible », a avoué l'auteure. Si, au départ, elle croyait y mettre trois ou quatre ans, au final, elle y a investi 10 ans de sa vie.

Moi, je n'ai jamais vu de livre comme ça, et j'ai bien hâte de voir la réaction des gens.

Une citation de :France Daigle

Quant à la technique d'écriture, elle y est parfois allée par sujets, écrivant par exemple 12 fragments sur le Scrabble, pour ensuite les imbriquer dans des chapitres. D'autres fois, les segments plus factuels découlaient de l'écriture des portions de fiction.

Justement, au coeur de ce roman, le lecteur suit le quotidien et les questionnements d'une série de personnages. Outre Terry, Carmen et leurs enfants Étienne et Marianne, on y suit des personnages comme les Zablonski, Zed, Pomme, des artistes et des gens ordinaires qui gravitent autour du bar Le Babar, à Dieppe. Ces personnages s'interrogent sur leur place dans le monde, tant au niveau historique, politique et culturel, et ils échangent dans leur langue, le chiac.

Pour France Daigle, retrouver ses personnages fétiches est un plaisir. « Bien qu'ils soient des personnages fictifs, c'est comme s'ils étaient mes voisins », précise l'écrivaine.

De l'importance de la langue

La langue, indissociable de l'identité, est centrale dans le récit. Pour une jeune famille comme celle qu'elle dépeint, qui évolue à Moncton, la transmission de la langue est un défi. « On est toujours bombardé d'anglais », explique France Daigle.

Le lecteur non initié au chiac devra donc prendre quelque temps, au début, pour s'acclimater à la langue utilisée par les personnages. Mais pour l'auteure, l'utilisation du chiac s'est imposée progressivement. « Si je voulais faire parler quelqu'un de chez nous, il fallait que le chiac soit là », précise-t-elle. « Avant de m'autoriser à écrire en chiac, je n'avais jamais fait parler de vrais personnages », ajoute-t-elle.

- Y m'avont dit de suire les picots verts jusqu'à une place yoùsqu'y faullit que je prenis un nombre pis que j'éspairions mon tour. Rendu à la fin des picots verts, y avait déjà un lotte de monde qu'éspairiont. J'ai pensé que j'avais le temps d'aller pour mon blodtesse avant qu'y cawliont mon nom. (...)

Une citation de :Extrait du segment 16.15.11, Monologues non identifiés, Pour sûr

Écrire en chiac est-il une façon de préserver la langue? « Ce n'est pas vraiment pour préserver (la langue), mais le fait que ce soit écrit et qu'on puisse examiner cela n'est pas inintéressant », constate France Daigle.

En outre, tout le récit est teinté d'humour, l'auteure avouant aimer chercher les côtés ironiques et drôles de situations. « Même le sujet du chiac, c'est un peu dramatique, mais je me suis dit qu'il devait y avoir un moyen d'en parler sans dramatiser », précise France Daigle.

Ce ton contraste avec celui utilisé dans les blocs plus factuels, très informatif, rigide et rigoureux. Mais cela n'est pas l'oeuvre du hasard. « J'aime bien les contrastes. Je trouve que cela fait souvent ressortir des choses qu'on ne peut pas dire autrement », explique l'auteure. « Ce sont comment deux univers qui se parlent », ajoute-t-elle.

Pour la suite des choses, France Daigle s'accorde pour l'instant un repos bien mérité. Retrouvera-t-on les mêmes personnages dans d'autres intrigues? « On dirait que j'ai tourné la page, mais on ne sait jamais! », a-t-elle conclu.

Née à Moncton en 1953, France Daigle a une dizaine de romans à son actif. Elle a reçu le prix France-Acadie, le prix Antonine-Maillet-Acadie Vie et le prix Éloize pour son roman Pas Pire, publié en 1998. Pour sûr est publié aux Éditions du Boréal.

France Daigle participera à une causerie littéraire le 7 septembre, à 18 h, à la librairie Le port de tête (informations sur l'événement sur Facebook (Nouvelle fenêtre)).

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