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Controverse autour d'une sculpture de Fred Pellerin

La sculpture de Fred Pellerin
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une oeuvre à l'effigie de Fred Pellerin et sculptée par l'artiste Denis Nadeau est au coeur d'une controverse en Mauricie. C'est que le conteur est mal à l'aise de voir son image ainsi utilisée, et ce, sans son consentement.

Denis Nadeau souhaitait faire une exposition avec plusieurs sculptures de personnalités. Par contre, des questions de droits d'auteur et d'image sont au coeur du litige, mais comme la sculpture en question est inspirée de la pochette de l'album Silence de Fred Pellerin, le photographe pourrait donc aussi avoir son mot à dire.

L'artiste Denis Nadeau n'aurait jamais imaginé que sa sculpture représentant le conteur Fred Pellerin dérangerait à ce point. « J'ai pensé faire un Fred Pellerin pour lui faire une belle surprise et pour lui offrir d'embarquer dans mon projet. Mais il ne veut pas et n'a pas voulu voir la sculpture », déplore-t-il.

La gérante du célèbre conteur prétend qu'on aurait dû demander l'autorisation avant de commencer. « Ce n'est pas fait dans les règles de l'art. Il faut toujours demander avant d'utiliser l'image de quelqu'un qui est vivant. En plus, quand c'est à des fins strictement commerciales. C'est sûr qu'on va l'analyser clairement ce projet-là », explique Micheline Sarrazin.

Le sculpteur ne voit pas là de problème. « Ce que fait Fred Pellerin dans son village, c'est la même chose. Ce que dit sa gérante, [c'est] qu'on ne peut pas faire de l'argent sur le dos des autres, mais ce qu'il fait en réalité, c'est qu'il raconte la vie des personnages dans son village. »

La sculpture à l'image de Fred Pellerin était offerte à environ 15 000 $.

Denis Nadeau n'est pas le seul artiste à s'inspirer de Fred Pellerin. Au centre des arts de Shawinigan, une exposition est consacrée à ses personnages. Ici on s'est assuré de sa collaboration et de son accord.

« L'exposition L'accrocheuse de toiles s'est inspirée du spectacle de Fred Pellerin L'arracheuse de temps. Nous avons donc reproduit ses personnages sur toile », explique Isabelle Gingras de la Corporation culturelle de Shawinigan.

Du côté de Fred Pellerin, on ne souhaite pas se lancer dans une bataille juridique.

Le sculpteur continue et n'a pas l'intention de demander d'autorisation pour les autres personnages.

La controverse a inspiré Fred Pellerin qui a répondu au sculpteur par un mot dans un style qui lui est propre. Voici ce qu'il a écrit :

Depuis quelques années,
Je reçois annuellement quelques dizaines de demandes d'artistes
Qui souhaitent s'inspirer de mon travail,
De mes contes ou de mes chansons,
Pour faire avancer un projet créatif.
Il y a des demandes pour des projets de films,
Des pièces de théâtre,
Des spectacles scolaires,
Des toiles et des expositions,
Des sculptures,
Des marionnettes,
Des figurines,
Des contes symphoniques,
Même pour une chorégraphie de danse, dernièrement...
Et puis voilà.
Tout ça est bien flatteur.
Ça tire dans le velours.
Et comme plusieurs de ces projets m'allument,
Plus souvent qu'autrement,
J'y mets du temps et des idées.
Quand ça peut,
Et que ça va dans le sens de mes convictions,
Je plonge avec plaisir.

En guise de pain sur la planche,
Pour montrer par l'exemple,
Je termine un album à sortir en novembre
En collaboration avec Jeannot Bournival et vingt musiciens.
Aussi, je travaille sur le prochain film à tourner sous peu,
En collaboration avec Luc Picard
Et plusieurs dizaines d'artisans du grand écran,
Je collabore avec Kent Nagano pour un projet à présenter avec l'OSM,
Je collabore à l'écriture d'un scénario d'Éloi Painchaud,
Je construis un prochain spectacle de contes avec mon équipe de production,
Je prête ma maison à un groupe de musiciens qui fait une pré-prod d'album...
J'aime ça.
À se brasser les boîtes à idées,
Et se donner du lousse dans la démarche artistique,
J'essaie surtout de transvider la chose dans une démarche humaine.
Je dis pas non souvent.
Je vous le promets.

Au printemps dernier,
Un gars que je ne connais pas
Me contactait pour me proposer un projet d'art plastique
- Sculpture ou peinture ou en livre, je me souviens pas! -
À élaborer sur mon arbre généalogique.
Par manque de temps,
Et, surtout, parce que je travaillais sur un documentaire pour la tévé,
Et portant justement sur ma généalogie,
J'ai préféré passer le tour.
Quelques semaines plus tard,
Ce même gars me présentait une figurine sculptée de moi-même,
En mentionnant que si j'achetais pas,
Il avait deux autres acheteurs dans la mire.

J'apprenais tout ça.
D'un coup.
Un petit Fred de bois
Qui s'inscrivait dans un projet plus vaste et un peu flou...
Tout ça,
Sans jamais m'en glisser un mot,
Jamais me demander rien quant à mon aisance à être gossé.
À ce moment, mon agente a cru bon de lui mentionner
Qu'il faut habituellement obtenir autorisation
Avant d'utiliser l'image de quelqu'un
Pour en faire un objet de vente.
Légalement, oui.
Moralement, surtout.
Aussi, pour la suite du projet,
Nous lui demandions simplement de nous faire une demande,
Avec l'explication de ses visées...
On voulait savoir combien de petits Fred allaient être mis en vente,
Et tout le tralala.
À ce moment,
Ce qui me dérangeait le plus,
C'est que le petit Fred était offert à un prix tournant autour de 15 000 piasses.

15 000 piasses pour un petit Fred dans la bûche?
Ça fait cher la corde!
Même en vrai, je vaux pas ça!

On n'a plus eu de nouvelles.
Jusqu'à ce que mon agente lui refasse un clin de courriel,
Il y a quelques jours,
Pour savoir où il en était dans son projet.
Et la réponse?
C'est une journaliste du Nouvelliste qui téléphonait au bureau
Pour poser des questions sur un conflit concernant mon image.

Qu'on s'inspire?
J'y crois.
Et je le fais avec les gens du village.
Et j'en suis fier.
Et je prends soin, à chaque fois,
D'aller demander l'accord du monde.
Pour les gens devenus légendes,
Je demande aux familles et aux proches.
Légalement ou pas?
Je m'en fous.
J'y vais moralement.
Parce que c'est comme ça.

J'ai lu l'article dans le journal.
Si je nuis à la liberté de création de quelqu'un?
En tout cas,
Il y a la liberté tout court,
La mienne,
À protéger ici.

Une métaphore disait dans le texte
Qu'on se sent parfois comme si,
Offrant un bouquet de fleurs,
On se faisait recevoir avec un chaudron d'eau bouillante.
Dans l'histoire,
Me sens comme si on m'offrait d'acheter un bouquet
Dont les fleurs avaient été coupées dans mon jardin.

Voilà.
Maintenant, je continue de chanter.
On est à faire des tounes bien belles.
Je chante mes tounes,
Et je rentre chez moi ce soir
Pour voir ma blonde et mes enfants.

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