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Les avocats de Charkaoui et d'Abdelrazik parlent de « fuite » calculée

Adil Charkaoui et Abousfian Abdelrazik
Adil Charkaoui et Abousfian Abdelrazik

Adil Charkaoui et Abousfian Abdelrazik rejettent en bloc les allégations contenues dans des documents secrets du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) révélés vendredi par La Presse.

Selon ces documents, les deux hommes auraient comploté pour faire exploser un avion de ligne à destination de la France à partir de Montréal.

Les documents en question rapportent le contenu d'une conversation cryptée entre les deux hommes, interceptée par le SCRS en 2000.

MM. Charkaoui et Abdelrazik nient formellement avoir eu cette conversation et contestent la pertinence de cette « fuite » de documents secrets du SCRS.

Les avocats d'Abousfian Abdelrazik dénoncent ces allégations « recyclées ». Me Khalid Elgazzar estime que la Cour fédérale a eu l'occasion de se prononcer sur le manque de preuves concernant ces informations et qu'elle les a qualifiées de non fondées.

« S'il y avait vraiment des preuves fortes concernant cette conversation, pourquoi n'y a-t-il pas eu d'accusation pénale? M. Abdelrazik n'a jamais été accusé d'activités criminelles. Il faut se poser des questions », a-t-il déclaré.

« En juin 2007, ces mêmes allégations ont fait l'objet d'un coulage d'information, et encore, c'était La Presse qui avait publié un article concernant les allégations voulant que M. Abdelrazik et M. Charkaoui aient discuté d'un attentat », a-t-il ajouté, précisant ne pas avoir vu le document, puisque le quotidien a refusé de le lui transmettre.

Selon lui, la sortie de ces documents survient à un moment crucial des démarches entreprises par son client pour que son nom soit retiré de la liste de l'ONU des personnes liées au réseau Al-Qaïda.

« C'est un attentat pour saboter les efforts de rétablir sa bonne réputation », a-t-il indiqué.

M. Abdelrazik poursuit par ailleurs le gouvernement canadien pour 27 millions de dollars pour avoir refusé de le rapatrier au Canada pendant six ans alors qu'il était retenu au Soudan.

Le gouvernement canadien refusait de le rapatrier sous prétexte que son nom se trouvait sur la liste d'interdiction de vol de l'Organisation des Nations unies. Le Conseil de sécurité de l'ONU soupçonne en effet M. Abdelrazik d'avoir des liens avec le réseau terroriste Al-Qaïda. En juin 2009, la Cour fédérale a ordonné à Ottawa de le rapatrier.

L'avocat de M. Abdelrazik a indiqué que les Nations unies prendraient une décision d'ici la fin du mois concernant le statut de son client.

Adil Charkaoui, de son côté, s'est dit « stupéfait » de la teneur de ces documents secrets. Le gouvernement canadien, qu'il poursuit pour 24,5 millions de dollars, se livre, selon lui, à une campagne de diffamation pour le discréditer.

Son avocate rappelle d'ailleurs dans le quotidien La Presse qu'aucun des deux jugements de la Cour fédérale rendus au sujet de son client n'a fait état de preuve qu'Adil Charkaoui avait l'intention de commettre un quelconque acte criminel.

Établi au Canada en 1995, Adil Charkaoui a le statut de résident permanent. Il a été arrêté en mai 2003 en vertu d'un certificat de sécurité. Après plus de 21 mois d'incarcération, il a été remis en liberté en 2005 par un juge de la Cour fédérale, qui lui a néanmoins imposé de strictes conditions, dont le port d'un bracelet électronique.

Les extraits de la conversation entre Adil Charkaoui et Abousfian Abdelrazik reproduits dans La Presse pourraient compromettre les poursuites des deux hommes contre Ottawa pour plusieurs millions de dollars pour avoir été traités comme des terroristes.

« C'est très préoccupant », dit Michel Juneau-Katsuya

L'ancien agent du SCRS Michel Juneau-Katsuya estime que le gouvernement devra enquêter pour tenter de déterminer qui a transmis l'information aux médias et dans quel but. Selon lui, cette fuite reflète « un manque important au niveau de la sécurité ».

Il rappelle que c'est le juge qui a rejeté les preuves qui avaient été apportées devant la Cour contre les deux hommes. Il ajoute que « certains standards doivent être respectés quand les preuves sont apportées en cour, et il y a une multitude de raisons pour laquelle une preuve peut être rejetée ».

« C'est très préoccupant parce que ces documents auraient dû être gardés confidentiels à l'intérieur du gouvernement, mais ils se retrouvent sur la place publique », a-t-il déclaré sur les ondes de RDI.

« Cela démontre qu'il y a une certaine frustration au sein des agences officielles de ne pas avoir réussi, à travers les procédures dites officielles, à arriver aux fins qu'ils cherchaient contre ces deux individus », a-t-il poursuivi, précisant que les activités des deux hommes décrites dans le document se déroulent sur plusieurs années.

Kenney défend le sérieux des mesures de sécurité

En conférence téléphonique depuis Bangkok, en Thaïlande, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada, Jason Kenney, a soutenu que le Canada prend des mesures de sécurité contre des personnes lorsqu'il croit qu'elles représentent une menace pour la sécurité nationale. M. Kenney n'a toutefois pas parlé des détails des allégations révélées vendredi.

« Lorsque le gouvernement prend position à savoir si quelqu'un devrait avoir un certificat de sécurité ou qu'un Canadien à l'étranger est sur la liste de l'ONU pour ses liens présumés avec Al-Qaïda, lorsque nous prenons de telles positions, ce n'est pas fondé sur une intuition, ce n'est pas fondé sur une insinuation ou sur des spéculations; c'est fondé sur des renseignements très solides », a déclaré le ministre.

C'est sur le bilan public que cet homme-là a été ajouté sur la liste de l'ONU pour avoir été soupçonné de l'implication dans le réseau d'Al-Qaïda. Les gens doivent prendre ça très au sérieux.

Le ministre Jason Kenney
Avec les informations de La Presse canadienne, et Philippe Leblanc

Ottawa-Gatineau

National