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Italie : une dette gérée en famille

Gaétan Pouliot




L'Italie sera-t-elle la prochaine victime des marchés? Est-ce le prochain pays à avoir besoin d'une aide de l'Union européenne?

Si certains craignent de voir s'écrouler la troisième économie de la zone euro, d'autres affirment que Rome est à l'abri d'une tragédie grecque grâce à une dette gérée en famille.

L'Italie est le deuxième pays le plus endetté d'Europe derrière la Grèce, avec une dette publique qui a atteint environ 120 % de son PIB.

Mais contrairement à la situation de nombreux pays européens, cet imposant fardeau ne date pas de la récente crise économique mondiale. Il s'agit plutôt d'un legs des années 1970 et 1980, période trouble pour l'Italie.

Le Colisée de Rome

Le Colisée de Rome. Le tourisme a toujours été une source de revenus importante pour l'État italien.

Photo : AFP / Patrick Hertzog

À cette époque, l'économie italienne stagne. Le pays s'enfonce dans une série de conflits sociaux avec les travailleurs et les étudiants, au moment où éclatent des violences engendrées par l'organisation extrémiste des Brigades rouges.

Les chocs pétroliers ajoutent alors aux difficultés financières du pays, qui accumule des déficits importants : jusqu'à 10 % du PIB certaines années.

Déjà dans les années 1990, le poids de la dette atteint 100 % de la valeur du PIB italien.


Le Japon d'Europe

Malgré ce lourd héritage, l'Italie n'est pas la Grèce, ni même le Portugal, relativise l'économiste Henri Sterdyniak de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

Paradoxalement, la lourde dette italienne est moins problématique que celle de plusieurs pays européens. Pourquoi? Parce que les Italiens financent eux même leur dette. En fait, près de la moitié de la dette de Rome est entre les mains d'investisseurs nationaux.

Des Italiens au marché de Sienne, en Toscane.

Les ménages italiens détiennent une large part de la dette italienne depuis de nombreuses années. Sur la photo, des Italiens au marché de Sienne, en Toscane.

Photo : AFP / Fabio Muzzi

« L'Italie est traditionnellement un pays très endetté, où les ménages ont toujours des taux d'épargne extrêmement forts, explique Henri Sterdyniak. La particularité de l'Italie, c'est un peu le modèle japonais, c'est qu'il y a une forte dette publique, mais elle est détenue, sans problème, par les ménages italiens ».

La Belgique qui flirte avec une dette publique autour des 100 % de son PIB est dans la même situation, ajoute-t-il.

Bref, si au premier coup d'oeil le pays semble mal en point, les investisseurs auraient tort de concentrer leur attention sur l'endettement du pays.

Les marchés ne devraient pas s'inquiéter pour l'Italie.

L'économiste Henri Sterdyniak

En juillet 2011, l'agence de notation américaine Moody's affirmait d'ailleurs que la dette de l'Italie était gérable, malgré un poids similaire à la dette grecque.

Audio : l'économiste Henri Sterdyniak nuance les problèmes de l'Italie.


Pas de plan de relance en Italie

La grande récession de 2008 n'a pas trop enfoncé l'Italie dans l'engrenage de la dette.

Le premier ministre de l'Italie, Silvio Berlusconi, et le ministre des Finances, Giulio Tremonti.

Le premier ministre de l'Italie, Silvio Berlusconi, fait le point sur l'économie du pays au côté de son ministre des Finances, Giulio Tremonti, le 3 août à Rome.

Photo : AFP / Tiziana Fabi

Contrairement à ce qui s'est produit aux États-Unis et dans plusieurs pays d'Europe, le ministre des Finances italien, Giulio Tremonti, a refusé en 2009 de lutter contre la récession par un plan de relance budgétaire.

Le système bancaire italien, plutôt conservateur et peu spéculatif, a aussi été moins affecté que celui d'autres pays.

« L'Italie n'a pas fait de relance, contrairement aux autres pays de la zone euro. Elle n'a pas eu de grande crise bancaire. Donc, sa dette ne s'est pas aggravée de manière importante », explique l'économiste français.


Une économie stagnante

L'économiste Henri Sterdyniak ne porte toutefois pas de lunettes roses. Le pays a d'autres problèmes.

« Depuis qu'elle est dans la zone euro, l'Italie a du mal à survivre sur le plan industriel », dit-il.

Avant son entrée dans la zone euro, le pays entretenait une croissance relativement vigoureuse. Mais depuis 2000, la croissance n'arrive pas à dépasser 1 %.

L'Italie a des problèmes industriels, mais elle n'a pas de problème nouveau de déficit et de dette publique.

L'économiste Henri Sterdyniak

Malgré ces difficultés, l'Italie possède une économie diversifiée, la troisième en importance de la zone euro après l'Allemagne et la France, ainsi que de grandes entreprises reconnues dans le monde. Et chaque année, la grande famille italienne accueille des millions de touristes, ce qui lui permet d'épargner et de financer la dette du pays.

Qui détient la dette italienne?

Plus de la moitié de la dette de Rome est entre les mains d'investisseurs nationaux. Cela assure une stabilité du financement de cette dette en réduisant son exposition aux marchés.

Une grande partie de la dette du pays est aussi rattachée à des obligations à long terme, autre gage de stabilité.

Total : Environ 2600 milliards de dollars (2010)