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Tunnel Ville-Marie : un rapport alarmant dès 2008

Tunnel en chantier

Tunnel en chantier

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le rapport d'inspection du tunnel de l'autoroute Ville-Marie réalisé en 2008 par des ingénieurs de SNC-Lavalin pour le ministère des Transports du Québec fait état de fissures et d'une détérioration des structures de béton, qui menaçaient la sécurité des usagers. On y recommandait une intervention rapide.

« De façon générale, les paralumes en béton comportent des surfaces délaminées, et des fragments de béton pourraient tomber sur les voies de circulation », mentionne le rapport à la page 3.

« L'état actuel des paralumes en béton est douteux et nous recommandons, à très court terme, un relevé de dommages ainsi qu'une analyse structurale pour l'ensemble de ces éléments », poursuit le rapport.

« Actuellement, la cote CECS du tunnel Viger est de 1. On peut donc considérer l'état général (du tunnel) comme étant : "critique" quant à l'aspect "sécurité des usagers" », peut-on lire à la page 6 du rapport.

Quant à la fiche d'inspection des ingénieurs datant de 2010, on y trouve seulement la mention « rien de particulier à signaler ».

Le ministère des Transports a décidé de publier sur son site Internet ces deux documents relatifs aux inspections du tunnel, par souci de transparence, au lendemain de l'effondrement d'une structure de béton dans le tunnel Ville-Marie.

« À la suite des incidents, le ministère des Transports juge qu'il est important de faire toute la lumière et d'être transparent », a déclaré la porte-parole de Transports Québec, Caroline Larose.

Documents d'inspection du tunnel Viger du ministère des Transports du Québec

Rapport d'inspection générale du tunnel Viger du 22 mai 2008 (Nouvelle fenêtre)
Fiche d'inspection annuelle du tunnel Viger du 26 août 2010 (Nouvelle fenêtre)

(Site Internet du ministère des Transports du Québec)

Le futur rapport sur les causes de l'effondrement qui sera fait par les ingénieurs sera également rendu public.

Inspection des lieux

Plus de 24 heures après l'effondrement, les inspecteurs de Transports Québec sont toujours sur place pour examiner la structure.

Deux ingénieurs indépendants ont par ailleurs été nommés par Québec pour collaborer avec les deux ingénieurs qui relèvent du ministère des Transports. Il s'agit de Marie-Josée Nollet, de l'École de technologie supérieure, et de Bruno Massicote, de l'École polytechnique de Montréal.

Ils doivent toutefois attendre l'aval des analystes en structures du ministère pour entreprendre leur enquête, ordonnée dimanche par le ministre Sam Hamad.

Les inspecteurs sont toujours sur les lieux pour procéder aux travaux, pour aménager un accès sécuritaire et pour permettre aux ingénieurs d'amorcer officiellement leur enquête.

Dans la nuit de dimanche à lundi, le ministère a utilisé une grue pour retirer une des poutres qui était instable et qui était restée en place.

À l'heure actuelle, il travaille à stabiliser une troisième poutre pour sécuriser le tunnel et pour permettre un accès plus en profondeur pour les ingénieurs.

« On va en savoir plus demain lorsque les ingénieurs vont vraiment s'être penchés sur la situation après avoir regardé la structure de près », a expliqué Caroline Larose.

Pendant que le ministère des Transports se penche sur les causes de l'effondrement, la Sûreté du Québec est sur les lieux pour procéder à sa propre enquête et pour déterminer les circonstances de l'incident.

« Le but de notre présence est de reconstituer le fil des événements depuis dimanche matin 9 h. Nos enquêteurs sont là, nos [experts en reconstitution] en scène de collision sont présents et notre service d'identité judiciaire est aussi sur les lieux pour s'assurer qu'aucun élément criminel n'est en cause dans cet événement », explique la porte-parole de la Sûreté du Québec, Geneviève Bruneau.

Pour le moment, on n'a encore aucune cause qui a clairement été établie.

Genevière Bruneau, porte-parole de la Sûreté du Québec

Plusieurs tronçons ont été fermés dans le tunnel Ville-Marie, ce qui complique la circulation des quelque 100 000 automobiles qui l'empruntent quotidiennement.

De son côté, le ministère des Transports dit n'écarter aucune hypothèse, notamment celle des travaux effectués à proximité de la structure.

« Il y avait des travaux en cours sur les murs du tunnel Ville-Marie. On pense que c'est une des causes probables de l'effondrement de la poutre. Donc, pour le moment, on poursuit avec nos programmes d'inspection de manière régulière », a indiqué la porte-parole, Caroline Larose.

Les inspecteurs devraient rendre leur rapport d'ici quelques jours.

Un manque de ressources au ministère

De son côté, le Syndicat de la fonction publique du Québec se dit satisfait de la nomination de deux ingénieurs indépendants. « Si on veut s'assurer d'une indépendance au niveau de l'analyse et de l'enquête qui va être faite, ça prend des personnes qui n'ont pas de lien ni de contrat avec le ministère des Transports », indique la vice-présidente du SFPQ, Denise Boileau.

Par ailleurs, le personnel au sein du ministère serait à bout de souffle. « Les effectifs sont en chute libre depuis plusieurs années », souligne Mme Boileau, ajoutant qu'à l'inverse, l'octroi de contrats de sous-traitance est en hausse.

Elle affirme que le nombre de techniciens des travaux publics a chuté de 25 % entre 2002 et 2011.

« Si le ministère n'a pas la capacité à l'interne d'aller vérifier si le travail qui est demandé [aux firmes de génie-conseil] est bien fait, ça met le ministère dans une situation de fragilité. C'est là que la perte d'expertise entraîne un danger », conclut-elle.

Des ouvriers devant les décombres du paralumeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des ouvriers devant les décombres du paralume

Photo : Radio-Canada

Surveiller et entretenir les infrastructures

Selon plusieurs ingénieurs, l'incident de dimanche pourrait se produire ailleurs dans la grande région de Montréal, et ce, en raison de l'âge avancé de certaines structures. Ils estiment que des inspections régulières seraient la meilleure façon de prévenir les incidents.

L'Ordre des ingénieurs du Québec a quant à lui l'intention d'attendre les résultats de l'analyse des inspecteurs avant d'intervenir dans le dossier.

Lors de l'effondrement du viaduc de la Concorde, les ingénieurs avaient présenté leurs recommandations dans un mémoire remis au ministère des Transports. Ils proposaient qu'une surveillance accrue soit imposée lors des travaux d'ingénierie dans la construction et que des plans d'entretien soient faits sur toutes les infrastructures du Québec.

« C'est souvent moins coûteux de maintenir et d'entretenir une infrastructure que de la remplacer », a indiqué lundi la présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec, Maud Cohen, sur les ondes de RDI.

Dans les années 90, on n'a fait aucun investissement dans les infrastructures, ce qui fait qu'on a créé un vide en ce qui concerne les ingénieurs civils.

Johanne Desrochers, PDG de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec

« Évidemment, lorsqu'on a eu un besoin important au début des années 2000, c'est certain qu'il y a eu une rareté en matière d'ingénieurs civils qui auraient alors eu une dizaine d'années d'expérience », explique quant à elle Mme Desrochers.

Par conséquent, le ministère des Transports s'est donc vu dans l'obligation de cibler ce qui était prioritaire, ajoute-t-elle.

Dans ce dossier, le Parti québécois a réclamé une plus grande transparence du gouvernement provincial.

Le béton : un bon matériau?

L'effondrement de la structure dans le tunnel Ville-Marie rappelle les tragédies du viaduc de la Concorde et du viaduc du Souvenir. Aucune personne n'a été blessée dimanche, mais l'événement aurait pu être désastreux s'il était survenu à un autre moment.

De nombreuses personnes se demandent maintenant si le béton est le bon matériau à utiliser pour construire une structure. Selon l'ingénieur spécialisé en structure François Ménard, c'est un matériau qui « a fait ses preuves autant au Québec qu'ailleurs ».

« Mais on peut se poser la question, c'est légitime, dit-il. Par contre, il faut comprendre une chose : peut-être que la nature du matériau n'est pas en cause ici. »

« D'abord, c'est un élément qui n'est pas structural. Mais si on pense que ce sont les travaux avoisinants qui ont causé l'effondrement, à ce moment-là, le matériau a effectivement des lacunes. Et l'enquête démontrera s'il y avait des circonstances difficilement envisageables étant donné la nature du matériau », ajoute-t-il.

Il rappelle toutefois que le béton utilisé aujourd'hui est beaucoup plus résistant au cycle de gel et de dégel et présente une performance nettement plus élevée. Il précise qu'en 50 ans, les recherches sur la performance et la qualité du béton ont beaucoup évolué.

Pour ce qui est de l'idée d'utiliser de l'acier au lieu du béton, il affirme que « chacun a ses avantages et ses inconvénients ».

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