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L'ex-président chilien Salvador Allende s'est bien suicidé, confirme l'autopsie

L’ex-président chilien Salvador Allende sur une photo prise en 1970
L’ex-président chilien Salvador Allende sur une photo prise en 1970 Photo: AFP
Radio-Canada

Une autopsie menée sur la dépouille de l'ancien président chilien Salvador Allende confirme qu'il s'est suicidé lors du coup d'État de 1973 contre son gouvernement socialiste, ont annoncé des responsables, mardi.

Le Dr Patricio Bustis, qui dirige le service médico-légal du Chili, a annoncé les résultats de l'autopsie en précisant qu'ils étaient définitifs.

Un expert britannique en balistique, David Prayer, a indiqué que M. Allende était mort de deux balles tirées automatiquement du fusil d'assaut qu'il tenait entre ses genoux en pointant vers son menton. Les balles ont fait exploser la partie supérieure de son crâne et il est mort sur le coup, a expliqué M. Prayer.

L'expert espagnol Francisco Etxeberria a affirmé que les spécialistes n'avaient « absolument aucun doute » sur le fait que Salvador Allende s'est suicidé.

M. Prayer a expliqué que deux balles avaient été tirées, que les deux douilles avaient été retrouvées et que rien ne laissait croire qu'une autre personne ait été impliquée dans la mort de M. Allende.

Les résultats de l'autopsie écartent les théories voulant que Salvador Allende, premier président socialiste élu dans les Amériques, ait été tué par des militaires lors de l'attaque contre le palais présidentiel pendant le coup d'État mené par le général Augusto Pinochet.

M. Allende avait affirmé qu'il ne se laisserait pas prendre vivant. Le président avait ordonné à ses alliés de se rendre, mais il était resté dans le palais présidentiel pendant l'assaut des putschistes. Ce qui s'est passé ensuite a toujours été entouré d'un grand mystère.

La dépouille de M. Allende a été exhumée en mai pour que l'on puisse pratiquer une première autopsie officielle, dans le cadre d'une enquête criminelle ouverte par la justice chilienne sur la mort de l'ancien président et de centaines d'autres personnes victimes de la dictature du général Pinochet.

Depuis la mort de M. Allende, l'armée chilienne a toujours affirmé qu'il s'était suicidé, tandis que d'autres, dont l'ancien président cubain Fidel Castro et l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, sont persuadés qu'il est mort en combattant les putschistes. Plus récemment, d'autres ont avancé l'hypothèse qu'il avait tenté de se suicider, mais qu'il s'était seulement blessé, avant d'être abattu par un garde du corps, mort lui aussi par la suite.

Les experts en médecine légale ont aussi déterminé que Salvador Allende s'était bel et bien tué avec le AK-47 que Fidel Castro lui avait offert deux ans plus tôt lors d'une visite au Chili.

L'autopsie vient étayer la version de l'histoire racontée par le Dr Patricio Guijon, qui faisait partie de l'équipe médicale du président et qui affirme avoir été le seul témoin de sa mort.

Le Dr Guijon avait raconté les derniers moments de M. Allende à l'Associated Press peu avant le début de l'autopsie, plus tôt ce printemps. Il avait affirmé que le palais présidentiel était en flammes et que M. Allende avait dit aux 30 ou 40 personnes qui se trouvaient avec lui de se rendre, en les assurant qu'il surveillerait leurs arrières.

Le président s'est plutôt éclipsé seul dans une salle du palais présidentiel. Le Dr Guijon, qui était parti avec les autres, s'est alors rendu compte qu'il avait oublié son masque à gaz et il est retourné le chercher. C'est à ce moment qu'il a vu Salvador Allende par une porte entrouverte, juste au moment où le corps du président a brusquement tressailli sous la force des tirs.

C'était la deuxième autopsie pratiquée sur le corps de M. Allende. La première avait été réalisée en secret par l'armée le soir même de la mort du président, avant que son corps ne soit rapidement enterré dans la crypte d'un proche. Salvador Allende a par la suite eu droit à des funérailles officielles à Santiago. Sa fille Isabel, aujourd'hui sénatrice, a longtemps refusé qu'une nouvelle autopsie soit pratiquée sur la dépouille.

Mardi, Mme Allende s'est dite soulagée de constater que la science avait confirmé l'hypothèse en laquelle sa famille a toujours cru. « Le 11 septembre 1973, le président Allende, face aux circonstances extrêmes qu'il vivait, a pris la décision de mettre fin à sa vie plutôt que d'être humilié », a dit Mme Allende.

Avant de rendre publics les résultats de l'autopsie, l'équipe médico-légale a discuté pendant plusieurs heures avec le juge Mario Carroza, la sénatrice Isabel Allende et un avocat de la famille pour expliquer ses conclusions.

La Cour suprême chilienne a mandaté le juge Carroza pour qu'il enquête sur la mort de M. Allende et sur celle de 725 autres personnes qui ont été tuées ou qui sont disparues durant la dictature du général Pinochet, de 1973 à 1990.

Associated Press

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