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Grèce : le talon d'Achille de l'Europe

Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.




Si la Grèce est au coeur de l'histoire et de l'identité européenne, elle n'est surtout pas un modèle de rigueur budgétaire. Le pays étant aujourd'hui le maillon faible de la région, certains craignent qu'il se transforme en cheval de Troie et fasse vaciller l'Europe.

Athènes fréquente depuis de nombreuses années les déficits budgétaires et entretient une lourde dette. En 2001 déjà, lorsque le pays adopte l'euro, sa dette est imposante, avoisinant 110 % de son PIB.

L'Union européenne (UE) est pourtant consciente que dettes et déficits sont un cocktail dangereux. Selon le Pacte de stabilité et de croissance, les pays membres de l'UE doivent maintenir leur déficit public sous la barre des 3 % du PIB et la dette sous les 60 %. Mais avec les années, le pacte sera assoupli et plus ou moins respecté par de nombreux pays.

Au début de la décennie, on estime que la dette n'est pas un problème. Les politiciens grecs et européens se ferment les yeux et croient que la croissance économique sera la clé pour assainir les finances du pays.

Audio : L'économiste Jérôme Creel explique pourquoi la Grèce n'a pas respecté les règles européennes.

Ouverture des Jeux olympiques d'été de 2004 à Athènes.
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Ouverture des Jeux olympiques d'été de 2004 à Athènes. Les Grecs voient alors l'avenir avec optimisme, malgré la dette qui se creuse.

Photo : AFP / Fayez Nureldine

Et la croissance est effectivement au rendez-vous. L'économie de la Grèce se développe grâce à la hausse de la consommation et aux dépenses dans le cadre des Jeux olympiques d'Athènes. Entre 2003 et 2007, la croissance avoisine les 4 % du PIB.

Mais en dépit d'une bonne performance de l'économie, les gouvernements grecs sont incapables d'engranger des surplus. Les déficits sont chroniques.

Trois raisons peuvent être montrées du doigt, selon l'économiste Jérôme Creel rattaché à l'Observatoire français des conjonctures économiques, à Paris :

  1. l'évasion fiscale;
  2. la part importante du budget voué à la Défense;
  3. le poids de la fonction publique.

Autre aspect à noter, l'économie grecque ne cesse de perdre de la compétitivité depuis l'adoption de l'euro.

La Grèce s'est ainsi placée dans une position de vulnérabilité extrême. Le tsunami économique provoqué par la crise financière américaine poussera alors le pays au bord de la faillite et ébranlera tout l'édifice européen.

Le premier ministre grec Georges Papandréou lors de sa victoire aux élections de 2009.
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Le premier ministre grec Georges Papandréou lors de sa victoire aux élections de 2009. La fête sera de courte durée. Le gouvernement socialiste découvre que le déficit du pays est de 12,7 %.

Photo : AFP / Louisa Gouliamaki

Le coup de grâce

Criblée de dettes, la Grèce encaisse durement le choc de la crise économique. La chute de ses revenus et la hausse des dépenses porteront le coup de grâce au pays.

Audio : L'économiste Jérôme Creel explique les effets de la crise économique sur la Grèce.

En octobre 2009, le gouvernement socialiste à peine élu dévoile que le déficit est plus important que prévu. Le déficit officiel de 6 % du PIB bondit d'un seul coup... à 12,7 % !

« Avant la crise, la dette était gérable. Elle ne posait pas de problème urgent. Maintenant, il est impossible de la gérer », se désole l'économiste Kostas Vergopoulos, professeur à l'Université Paris-VIII, qui insiste pour dire que la crise économique est le déclencheur des problèmes actuels.

À partir de ce moment, le doute s'installe. Les investisseurs se demandent si le pays aura les moyens de rembourser ses emprunts et les agences de notations abaissement successivement la note de la dette grecque.

« La Grèce est le talon d'Achille de la monnaie européenne. »

— Une citation de  L'économiste Kotsas Vergopoulos

Peu à peu, le pays est incapable de financer sa dette en raison d'attaques spéculatives. Les investisseurs estiment qu'il est risqué d'acheter des obligations grecques et demandent des intérêts astronomiques pour prêter de l'argent au pays (plus de 16 % en juillet).

Au bord de la faillite, le pays se contraint à demander l'aide de l'Union européenne et adopte un plan d'austérité qui soulève la grogne de la population.

Affrontements entre manifestants et policiers devant le parlement grec à Athènes
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Affrontements entre manifestants et policiers devant le parlement grec à Athènes en juin 2011. Les plans d'austérité du gouvernement débouchent sur de violentes manifestations.

Photo : AFP / Alkis Konstantinidis

La valse-hésitation de l'Europe, notamment des Allemands, va mettre de l'huile sur le feu.

« L'absence d'une initiative politique commune claire dès le début de la crise va faire s'emballer la crise », explique l'économiste Jérôme Creel.

Cela attise le désir des investisseurs de tester la sécurité de leurs placements en Grèce et du coup dans la monnaie européenne. Le risque de contagion est réel.

« Il y a le feu dans la maison. Non seulement grecque, mais européenne. »

— Une citation de  L'économiste Kostas Vergopoulos

« Il y a d'autres talons d'Achille », avertit M. Kostopoulos. « L'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et peut-être d'autres sont le maillon faible de la chaîne européenne. »

La Grèce pourrait ainsi être le cheval de Troie qui aura fait entrer les spéculateurs dans la forteresse Europe.

Qui détient la dette grecque?

Étonnamment, l'importante dette d'Athènes est détenue par d'autres pays de la zone euro. Surtout par les banques allemandes et françaises.

Une situation « ridicule » et « stupide », estime Kostas Vergopoulos. « Le système européen a créé une situation d'impasse » qui demande une réponse européenne, croit-il.

Total : environ 480 milliards de dollars (2011)

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