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Une crise humanitaire

Laila Maalouf 

« Crise sans précédent », « tragédie humaine inimaginable », situation au « coût humain catastrophique » : la pire sécheresse qu'ait connue la Corne de l'Afrique en 60 ans menace la survie de centaines de milliers de personnes, une situation qui alarme les organisations humanitaires.

La sécheresse entraîne dans son sillage un cortège de maux préoccupants : épuisement des réserves de nourriture, hausse du prix des denrées de base, mort du bétail, malnutrition, déplacés et réfugiés qui se comptent par centaines de milliers, viols, morts qui se dénombrent par centaines.

La situation est particulièrement critique en Somalie, où la sécheresse vient s'ajouter à la guerre civile, forçant un grand nombre de paysans à fuir les régions rurales du sud et les plaines avoisinantes.

En date du 15 août, près de 3,2 millions de Somaliens sont touchés par la faim et nécessitent une aide humanitaire d'urgence, affirme l'Organisation des Nations unies, précisant que la situation risque d'empirer. Elle a évalué à 2,4 milliards de dollars les fonds nécessaires pour affronter cette crise.

L'ONU avait déclaré le 20 juillet que la famine existait dans deux régions du sud de la Somalie (le sud de Bakool et Lower Shabelle), où près de 350 000 personnes étaient touchées.

Le 3 août, l'organisation a décrété l'état de famine dans trois nouvelles régions du sud de la Somalie, situées sur « le site de déplacés du corridor d'Afgooye, la communauté de déplacés de Mogadiscio, dans les sept districts de la ville, ainsi que les districts de Balaad et d'Adale dans le Moyen Shabelle », a indiqué Graine Moloney, chef de la cellule Sécurité alimentaire et analyse de la nutrition (FSNAU) pour la Somalie.

« La famine pourrait s'étendre à toutes les régions du sud de la Somalie dans les quatre à six semaines à venir », a averti la chef des opérations humanitaires des Nations unies, Valerie Amos.

J'estime que la Somalie est le théâtre de l'une des pires tragédies humanitaires au monde.

Antonio Guterres, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés

La famine a également atteint Djibouti, l'Éthiopie, le Kenya et l'est de l'Ouganda, principalement la région de Karamoja. Dans ces pays, l'arrivée des réfugiés somaliens vient aggraver le problème.

Devant la situation qui s'aggrave, Valerie Amos a annoncé le 13 août que les groupes d'assistance humanitaire augmentaient leur aide en Somalie.

Seulement 20 % de la population reçoit l'aide dont elle a besoin, selon des chiffres de l'ONU. L'organisation estime que 2,8 millions de Somaliens ont besoin d'aide alimentaire, et que 2,2 millions vivent à l'extérieur de la capitale, dans des secteurs contrôlés par les milices islamistes Shabab.

Les combats et l'insécurité qui sévissent dans le pays nuisent notamment à l'acheminement de l'aide alimentaire. En raison des difficultés d'accès à ces régions contrôlées par les insurgés, les Nations unies estiment que la famine, qui progresse dans le sud de la Somalie, pourrait maintenant se prolonger jusqu'à la fin de l'année.

Pendant ce temps, des habitants des régions périphériques de Mogadiscio continuent d'affluer vers la capitale, où se retrouvent maintenant près de 100 000 personnes déplacées par la famine et la sécheresse. Elles ont ainsi rejoint 370 000 réfugiés internes qui avaient quitté leur maison avant la vague actuelle de déplacement, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Plusieurs centaines de personnes y parviennent chaque jour, et ce, au risque d'être attaqués par les milices islamistes.

Quelque 10 millions de personnes auront besoin d'une assistance alimentaire dans la région au cours des prochaines semaines, avait estimé le Programme alimentaire mondial (PAM) le 8 juillet dernier. L'agence onusienne précise que le nombre de personnes nécessitant une aide d'urgence pour survivre est de 40 % plus élevé qu'au début de l'année 2011. Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables.

Plusieurs organismes onusiens, dont le PAM et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), ont tiré la sonnette d'alarme. L'ONU a même convoqué une réunion d'urgence avec les responsables des différentes agences de l'ONU. De nombreux organismes non gouvernementaux, dont une coalition canadienne, appellent eux aussi à l'aide.

Une route non loin de la ville de Wajir, au Kenya (6 juillet 2011)Une route non loin de la ville de Wajir, au Kenya (6 juillet 2011) Photo : PC / AP/Sayyid Azim

Un taux de malnutrition préoccupant

Deux mauvaises saisons de pluie consécutives ont causé la pire sécheresse depuis 1950, engendrant notamment une baisse alarmante de la production de grain. On constate par conséquent une hausse du prix des denrées de base, dont les céréales, certains aliments coûtant jusqu'à 300 % de plus qu'il y a un an.

Autre effet : des taux de mortalité importants dans les populations de bétail. Même les chameaux succombent à la chaleur. La mauvaise santé des bêtes restantes fait en sorte qu'elles ne donnent plus de lait.

Le nombre de personnes souffrant d'une insécurité alimentaire grave a ainsi dramatiquement augmenté sur une courte période de temps. Au 28 juin 2011, le nombre de Somaliens en situation de crise alimentaire a été estimé à 2,85 millions, soit 19 % de plus qu'en janvier (2,4 millions).

En Somalie, une malnutrition aiguë affecte un enfant sur quatre. Il s'agit d'un taux parmi les plus élevés au monde. L'UNICEF estime par ailleurs que plus de 2 millions d'enfants souffrent de malnutrition dans toute la corne de l'Afrique.

Au cours des 12 prochains mois, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) craint que le nombre d'enfants touchés par la malnutrition atteigne 790 000 enfants. Plus de 1600 cas de choléra ont par ailleurs été traités depuis deux mois et 180 décès liés à la maladie ont été rapportés.

Au total, près de 30 000 enfants somaliens sont morts de faim au cours des derniers mois. Les organisations humanitaires croient maintenant que cette crise risque de dépasser celle des années 80.

L'UNICEF estime que 500 000 enfants sont en danger de mort.

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