Vous naviguez sur le nouveau site

Aide à la navigation
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une ville asphyxiée

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.


La fermeture partielle du pont Mercier, annoncée subitement le 14 juin, est la goutte qui a fait déborder le vase. Elle est venue s'ajouter aux problèmes de l'échangeur Turcot et du pont Champlain, ainsi qu'aux travaux entrepris par la Ville de Montréal à plusieurs endroits stratégiques. Depuis, les embouteillages se sont multipliés et se sont allongés. Au grand dam des automobilistes, qui passent davantage de temps au volant pour se rendre au travail ou pour en revenir.

Les origines du problème

La congestion de la circulation dans l'île de Montréal et aux abords de la métropole n'est pas un phénomène nouveau. Depuis des années, la ville est en proie aux embouteillages. Parce que c'est une île et que les ponts et tunnels pour y accéder se transforment en goulots d'étranglement aux heures de pointe. Parce que les habitants de l'aire métropolitaine préfèrent souvent la voiture aux transports en commun. Et enfin, parce que le réseau routier de l'agglomération est en piteux état et nécessite des réparations.

Pour 2011, la Ville de Montréal compte ainsi procéder à la réfection de 31 kilomètres de chaussées et de trottoirs. Dans le même temps, 60 kilomètres de conduites d'aqueduc et d'égout seront remplacés ou réparés. Sans oublier les 14 chantiers qui concernent l'entretien des ponts et tunnels métropolitains, la modernisation des feux de circulation ou les nouvelles mesures de sécurité mises en place sur le réseau routier. Autant de travaux nécessaires, qui viennent alourdir le trafic automobile dans une ville où circulent 45 000 voitures de plus chaque année.

La grogne des élus montréalais

Irrités par les problèmes de circulation qui paralysent la métropole, les maires des petites et grandes villes de la région de Montréal ont interpellé les ministres des Transports du Québec et du Canada. Réunis le 16 juin au conseil de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), ils ont adopté à l'unanimité une résolution demandant aux deux ministres de « convoquer dès maintenant un comité d'urgence ».

Selon le texte de la résolution, ce comité serait chargé de « planifier et coordonner les mesures de mitigation entre les différents chantiers en cours et à venir », l'objectif étant « d'assurer la mobilité des biens et des personnes dans le Grand Montréal au cours des prochains mois ». Il réunirait les élus fédéraux, provinciaux et municipaux concernés, des représentants des ministères des Transports, de l'Agence métropolitaine des transports (AMT), de la CMM ainsi que les autorités organisatrices du transport du Grand Montréal.

En résumé, les élus exigent d'être consultés en amont, avec l'espoir d'être associés aux décisions. A minima, ils aimeraient être informés des travaux projetés et des possibles fermetures d'urgence lorsqu'un ministère soupçonne des défaillances sur une infrastructure de transport.

Je suis inquiet des impacts économiques et environnementaux de cette situation.

Une citation de :Gérald Tremblay

« Le comité devra en outre évaluer les risques découlant de l'état des infrastructures du réseau routier », a précisé le maire Montréal lors du point presse qui a suivi la réunion du conseil. Gérard Tremblay s'est d'ailleurs dit « très préoccupé par l'état de la circulation » dans et vers l'île de Montréal. « De très nombreux projets de construction et de reconstruction du réseau routier sont prévus et en cours dans le Grand Montréal, notamment ceux de l'axe du pont Champlain et de l'échangeur Turcot. Ces seuls chantiers compliquent énormément la mobilité des biens et des personnes. La fermeture partielle du pont Mercier, notamment, vient entraver encore plus la circulation dans la région », a ajouté le maire.

De son côté, la mairesse de Longueuil a déploré le manque de communication entre les gouvernements et les villes. Caroline St-Hilaire a en effet appris la fermeture partielle du pont Mercier par les médias. Elle estime donc qu'il « faut trouver des façons [pour] que les gens se parlent un petit peu plus. » Elle explique également que les villes ne peuvent pas agir seules pour remédier à la situation. Leur champ d'action est limité, « puisque les ponts relèvent des compétences fédérales », a-t-elle précisé.

La réponse de Québec

En réponse à la résolution adoptée par le CMM, le gouvernement du Québec a annoncé, le 19 juin, la création d'un comité pour coordonner les actions visant à faciliter la fluidité de la circulation sur les ponts Champlain et Mercier. « Des mesures nécessaires seront prises pour minimiser au maximum les inconvénients liés à la fermeture partielle et temporaire du pont Mercier », a déclaré dimanche le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Pierre Moreau.

En revanche, cette nouvelle entité n'aura pas le mandat de planifier la réalisation des grands travaux, comme le réclamaient les élus de la CMM.

Ce nouveau comité rassemblera trois ministres du gouvernement Charest, des représentants de la Municipalité régionale de comté de Roussillon, de l'Agence métropolitaine des transports (AMT), du comité intermunicipal des transports et des chambres de commerce régionales.

Les inquiétudes des gens d'affaires

« On fait face à un réseau qui est sur le bord de la catastrophe en permanence, considère Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, quelques jours après l'annonce de la fermeture partielle du pont Mercier. La moindre anomalie qui force à fermer une voie fait en sorte que le réseau bloque complètement. »

Selon le président du Conseil du patronat du Québec, « c'est un cauchemar qui va durer plus que 10 ans : il y a l'échangeur Turcot, le pont Mercier, le pont Champlain et il y a aussi des recommandations pour faire des rénovations au tunnel Louis-H. Lafontaine et au pont Jacques-Cartier. Donc on en a pour un 15, 20 ans », prétend Yves-Thomas Dorval.

Au passage, il égratigne le manque de vision à long terme des gouvernements successifs. « Tout ce qui s'appelle entretien ou vision à long terme n'est pas très implanté dans le système de gouvernance actuel. On veut se faire réélire après quatre ou cinq ans, on répond à ceux qui crient le plus fort. [...] En situation de déficit, on a décidé de désinvestir dans l'entretien pour investir dans ce qui, politiquement, rapporte davantage », dénonce le représentant des patrons québécois.

Les gens d'affaires ne sont en effet pas tendres avec les pouvoirs publics. Dans une entrevue accordée à la Presse canadienne, la vice-présidente de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes a enfoncé le clou, affirmant qu'elle a « l'impression qu'il n'y a pas de coordination. C'est un peu chaotique comme gestion », ajoute Martine Hébert. « À un certain moment, il faudra que quelqu'un assume la responsabilité de coordination et prenne les mesures qui s'imposent », a-t-elle déclaré.

« Il faut que les gens aient accès à une information instantanée en temps réel sur la situation du trafic, avance Yves-Thomas Dorval. Mais plus fondamentalement, il doit y avoir une coordination multipalier gouvernementale. »

Michel Leblanc est ainsi surpris par l'incapacité totale des autorités de prendre des décisions qui semblent simples et évidentes. « Sur le pont Jacques-Cartier en direction de Montréal, la voie du milieu est fermée le dimanche. Comment se fait-il qu'au moment où on ferme des voies sur le pont Champlain, on n'a pas ouvert une troisième voie vers Montréal? C'est ce genre de planification et de décision rapide pour alléger le système qui fait défaut », regrette-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !