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Les conséquences des inondations

Radio-Canada

Les inondations en Montérégie ont de nombreux impacts et ils continueront d'en avoir bien après le retrait des eaux. Les sinistrés se demandent aujourd'hui ce qu'il en coûtera pour restaurer leurs maisons. Veulent-ils seulement encore y vivre? Car si certains prennent le tout avec philosophie, d'autres se sentent traumatisés.

Il n'y aura pas que des impacts psychologiques. La région au complet subit les contrecoups des inondations, que ce soit dans le domaine du tourisme, en chute libre, ou encore dans le commerce, qui connaît des difficultés. Les agriculteurs ne sont pas en reste, eux qui ont vu jusqu'à 6000 hectares de bonnes terres complètement inondées.

À long terme se pose la question du réaménagement du territoire. Va-t-on reconstruire de façon identique tout en courant le risque de nouvelles inondations dans le secteur?

Quels sont et quels seront les impacts des inondations en Montérégie? Quelles leçons en tirer? Petit tour d'horizon.

Saint-Paul-de-l'Île-aux-NoixSaint-Paul-de-l'Île-aux-Noix Photo : Karine Bastien

Des maisons à rénover

Au plus fort de la crise, l'eau s'est infiltrée dans plus de 3000 maisons et chalets, endommageant des sous-sols et même des rez-de-chaussée. Comme le rappelle le ministère de la Sécurité publique, les tapis, les matelas, les jouets et les meubles rembourrés qui ont été en contact avec des eaux usées doivent être jetés. Mais surtout, il faut se débarrasser de la laine isolante mouillée, car elle peut favoriser la croissance des moisissures.

Ce qui implique d'ouvrir des murs, d'autant plus que les filages électriques doivent être inspectés, voire refaits. De gros travaux et des coûts importants en perspective.

Malheureusement pour les sinistrés, le Bureau d'assurance du Canada indique que les dommages causés par des inondations ne sont pas couverts par les contrats d'assurance typiques.

Le gouvernement du Québec, pour aider les sinistrés à faire face aux coûts importants des rénovations, a d'ailleurs annoncé qu'il rehaussait de 100 000 à 150 000 $ l'indemnisation accordée aux propriétaires de maisons inondées. Des mesures spécifiques sont prévues pour les propriétaires d'entreprises.

La saison de la rénovation débutera donc lorsque les eaux se seront retirées. Le premier ministre Jean Charest a annoncé qu'une équipe spéciale d'intervention sera chargée de veiller à la reconstruction et qu'elle devra entre autres s'assurer de la disponibilité d'ouvriers de la construction.

En attendant, plus de 1000 personnes évacuées doivent vivre chez des parents, des amis, ou à l'hôtel.

Des commerces lourdement affectés

D'autre part, les inondations ont des impacts importants sur les commerces de la région. Si certains en profitent, comme les propriétaires de quincailleries, d'autres vivent des moments difficiles. Les contrecoups des inondations se traduisent par l'absentéisme des employés, la baisse d'achalandage et la perte de revenus et de productivité.

Plusieurs magasins, restaurants, ainsi que des professionnels ont vu leurs activités péricliter dans les dernières semaines, même si la plupart d'entre eux ne sont pas situés en zone inondée.

La propriétaire d'un établissement qui offre des soupers spectacles souligne que son chiffre d'affaires a diminué de 70 %. Ses clients viennent majoritairement de l'extérieur de Saint-Jean.

« Comme tout bon employeur, je paye les employés, les fournisseurs et la nourriture avant de me verser un salaire. Selon moi, ce mois-ci, je ne pourrai pas me verser de salaire », dit-elle.

D'autres secteurs d'activités sont également touchés. « Toutes les transactions immobilières qui avaient lieu dans ce secteur-là, on sait que tout est compromis », soutient Claudine Monette, notaire à Saint-Jean.

Une coalition d'organismes de la région du Haut-Richelieu a d'ailleurs envoyé aux commerçants un questionnaire (Nouvelle fenêtre) afin de faire un bilan de leurs pertes. Cette étude sera acheminée aux députés et à différents ministères en vue d'obtenir des programmes d'aide adéquats.

Fanny Poulou-Jobin vient de se lancer en affaires. Elle est copropriétaire d'un petit restaurant au centre-ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, Les Bonnes Soeurs.

Fanny Poulou-JobinFanny Poulou-Jobin, copropriétaire du restaurant Les Bonnes soeurs

« On ouvrait à ce moment-ci de l'année pour profiter de la belle saison, bâtir notre clientèle et se faire connaître », affirme-t-elle. Mais les inondations dans la région font planer la morosité et la clientèle n'est pas au rendez-vous. « On a une grande terrasse à l'arrière qui n'accueille pratiquement pas de gens parce qu'il pleut tout le temps », avoue Mme Poulou-Jobin.

Heureusement, les deux copropriétaires ne s'étaient pas fixé d'objectif de chiffre d'affaires pour ce début de saison, mais elles souhaitaient un meilleur sort.

« Financièrement, je ne sais pas comment ça va se présenter cette année, mais les deux-trois premiers mois, c'est catastrophique », affirme-t-elle.

L'activité nautique, un poumon économique hors d'état

La navigation est interdite sur la rivière Richelieu jusqu'à nouvel ordre, ce qui est loin d'être idéal pour une municipalité comme Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, qui porte le titre de capitale nautique du Québec.

L'industrie nautique y représente 200 emplois et quelque 30 millions de dollars en retombées économiques annuelles. La région compte à elle seule le quart de toutes les activités de nautisme de plaisance du Québec.

Selon Éric Fournier, directeur général de Tourisme Montérégie, « ça touche directement une trentaine d'entreprises, qui totalisent un chiffre d'affaires entre 5 et 8 millions de dollars à mon avis ».

Pierre FortinPierre Fortin, propriétaire de la Marina Fortin

À la Marina Fortin, les ouvriers ont dû remiser les bateaux. L'eau de la rivière était si élevée que les quais étaient sur le point de céder, au risque d'abîmer les yachts. Ce sinistre risque de faire fuir les plaisanciers pour la saison.

René Mercier possède quant à lui un commerce de vente et de réparation de bateaux ainsi qu'une marina. « La business ne décolle pas. Les affaires ne reprennent pas », avoue-t-il.

Non seulement les clients ne se pointent pas, mais il est également impossible de faire essayer les bateaux aux éventuels acheteurs.

« J'évalue entre 25 000 et 30 000 $ de chiffre d'affaires de perdus par semaine », ajoute M. Mercier.

Aux pertes en revenu de loyer dans les marinas s'ajoute aussi la baisse des ventes d'essence et des ventes de bateaux. Les commerçants, dont certains ne sont pas assurés pour ces dommages, espèrent que les gouvernements leur viendront en aide.

Quel rendement pour les terres inondées?

La crue des eaux, qui a recouvert près de 6000 hectares de terre cultivable, retarde les travaux aux champs et met en péril les semis sur certaines d'entre elles.

Quelque 500 fermes de la Montérégie situées le long de la rivière Richelieu sont touchées. De 20 % à 40 %, des terres agricoles sont submergées.

Jacquelin BisaillonJacquelin Bisaillon, agriculteur

Jacquelin Bisaillon, propriétaire d'une ferme à Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, croit avoir perdu 20 % de ses revenus pour l'année. Avec le prix du grain élevé, il aurait pu tirer un revenu de 20 000 $ de sa terre inondée. Or, les assurances de la Financière agricole ne le dédommageront que pour une perte de 3000 $.

Ces pertes s'ajoutent au nettoyage et aux réparations à faire aux infrastructures de drainage.

Près du tiers des fermes se spécialisent dans la culture du maïs pour nourrir les porcs, et environ 22 % produisent du lait.

L'ensemencement, qui devrait déjà avoir été entrepris, a été repoussé, et un plan d'évacuation des troupeaux a été établi.

L'impact des inondations sur la biodiversité

Les inondations auront bien entendu un impact sur la faune et la flore dans la vallée du Richelieu, mais celui-ci ne devrait pas être dramatique.

Les animaux qui peuvent se déplacer, par exemple, ont eu le temps d'aller rejoindre des zones non inondées. Toutefois, plusieurs espèces présentes dans le sol des zones submergées ont été asphyxiées, mais ce n'est pas le cas de toutes. Parmi les insectes et les micro-organismes comme les champignons, les bactéries, et les protozoaires (petits organismes unicellulaires), certains aiment l'eau, alors que d'autres y périssent. La durée des inondations aura un effet direct sur le nombre d'organismes qui survivront, puisque certaines espèces meurent au bout d'une journée sous l'eau seulement, alors que d'autres peuvent tenir bon plusieurs jours, voir plus d'une centaine de jours dans certains cas.

« L'inondation, malheureusement, va avoir l'impact de diminuer la diversité. Ça va diminuer l'abondance des organismes qui sont normalement présents dans le sol et il va y avoir une diminution de la biomasse pour tous les groupes », explique l'agronome Chantal Beauchamp. Cependant, même si la diversité des organismes vivants sera réduite pendant une certaine période dans la vallée du Richelieu après les inondations, une bonne partie de la faune préexistante se reconstruira graduellement.

Par ailleurs, puisque les agriculteurs n'avaient pas encore commencé à traiter leurs terres avec des pesticides, on ne craint pas que l'eau qui a débordé sur les terres agricoles soit très contaminée. Les niveaux de pesticides étaient à leur plus bas au moment de l'inondation. C'est « une bonne nouvelle » pour le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).

Il est possible qu'une partie des résidus des pesticides de l'année dernière qui ne s'est pas biodégradée soit remise en solution liquide à cause de l'eau, mais étant donné la très grande quantité d'eau déversée, l'impact des résidus ne risque pas d'être important. Les experts du ministère sont sur place et suivent l'évolution de la situation. « À ce stade-ci, on est quand même optimistes », explique Sophie Roy, du MDDEP.

Des problèmes psychologiques à long terme

Après un retour à la vie normale, les victimes des inondations pourraient passer des années à combattre des effets psychologiques douloureux, selon Danielle Maltais, professeure à l'Université du Québec à Chicoutimi.

Les questions telles que la perte d'objets personnels, les soucis financiers et la recherche d'un nouveau lieu de résidence peuvent provoquer l'apparition du syndrome de stress post-traumatique, de la dépression et de l'anxiété.

Ces blessures psychologiques peuvent également comporter des conséquences physiques, comme l'insomnie, les maladies cardiaques et des gains ou des pertes excessives de poids.

Michael Ellery, un professeur de psychologie à l'Université du Manitoba, estime que les effets psychologiques résiduels peuvent persister pendant au moins 15 ans après une catastrophe naturelle.

« Il est en fait assez normal de vivre des effets du stress post-traumatique après un événement du genre », affirme-t-il.

D'après des reportages de Colette Mersy, Vincent Maisonneuve, Christine Limoges, Francis Labbé et La Presse Canadienne