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  • Exclusif
  • Les renforts policiers aux sommets du G8-G20 : une facture de 7 millions de dollars

    Des policiers arrêtent un manifestant lors du sommet du G20 à Toronto.

    Des policiers arrêtent un manifestant lors du sommet du G20 à Toronto.

    Photo : La Presse canadienne / Adrien Veczan

    Radio-Canada

    Les quelque 700 policiers appelés en renfort par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) lors des Sommets du G20 et du G8, tenus respectivement à Toronto et Huntsville l'été dernier, ont coûté 7 millions de dollars aux contribuables canadiens.

    Les contrats confidentiels de ces policiers, dont Radio-Canada et CBC ont obtenu copie, précisent les montants versés aux 657 agents envoyés par 17 corps policiers au pays. Les documents révèlent que ces policiers ont pu profiter de conditions salariales très généreuses : indemnités de repas, quarts de travail de 12 heures ou plus, lucratives heures supplémentaires, etc.

    Plus de la moitié du travail effectué a ainsi été facturé à taux de 150 % ou à taux double.

    L'exemple le plus frappant est celui du Service de police de la Ville de Montréal. Le SPVM a présenté à la GRC une facture de plus de 3,3 millions de dollars pour 10 jours de travail par 278 policiers payés à taux double. C'est près de la moitié de la facture totale présentée par l'ensemble des corps policiers.

    Le SPVM a confirmé que ces agents sont venus sur leur temps de vacances et qu'ils ont été payés à taux double.

    Les 253 agents de la Sûreté du Québec ont pour leur part réclamé 2,7 millions. Ces sommes incluent les coûts de transport et les indemnités.

    Les policiers de ces deux corps policiers du Québec, la province la plus proche, représentaient environ 80 % des effectifs supplémentaires.

    D'autres exemples :

    • À lui seul, un agent de la police de Stirling Rawdon, en Ontario, a obtenu plus de 14 000 $ pour 10 jours de travail, soit l'équivalent de huit semaines de salaire de base.
    • Les 40 policiers d'Ottawa appelés à la rescousse après que des troubles eurent éclaté dans le centre-ville de Toronto ont reçu 2800 $ chacun pour participer au contrôle de foule lors de la dernière journée du sommet.
    • Pour un mois et demi de travail, un policier de Hamilton a obtenu plus de 31 590 $, soit plus de 5265 $ par semaine.

    Ces salaires viennent s'ajouter à ceux versés aux effectifs réguliers de la GRC, de la Police provinciale de l'Ontario (OPP) et de la police de Toronto, qui ont réclamé à elles seules plus de 150 millions de dollars en salaires et en heures supplémentaires.

    Les salaires expliquent en partie seulement les coûts élevés des deux événements, qui se chiffrent à environ un milliard de dollars. À elle seule, la sécurité représente une dépense de 650 millions.

    La GRC s'est aussi engagée à payer les frais liés aux poursuites intentées contre les agents présents.

    Les documents de la GRC ont été obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information.

    Facture de la Ville d'Ottawa sur les salaires des policiers en renfort aux sommets du G8-G20 (Nouvelle fenêtre)

    Facture du service de police de North Bay sur les salaires des policiers en renfort aux sommets du G8-G20 (Nouvelle fenêtre)

    Facture de la Ville de Saskatoon sur les salaires des policiers en renfort aux sommets du G8-G20 (Nouvelle fenêtre)

    Facture de la municipalité de Stirling-Rawdon sur les salaires des policiers en renfort aux sommets du G8-G20 (Nouvelle fenêtre)

    La GRC se justifie

    La GRC maintient qu'elle avait besoin de ces agents. Quant aux conditions de travail, elle affirme avoir les mains liées. Son porte-parole, l'inspecteur Marc Richer, explique qu'« on ne peut pas arriver et dire : "on vous prend du personnel pendant une semaine et puis là on va se mettre à négocier avec chaque individu". Dans l'état des choses, il faut respecter les conventions ».

    Ancien policier de la Sûreté du Québec, Mathias Tellier estime qu'il serait difficile de trouver des volontaires si les conditions étaient moindres. « Les conventions prévoient telle ou telle circonstance, ça c'est intouchable au niveau du travail policier », dit-il.

    L'explication est loin de satisfaire John Sewell, le porte-parole d'un groupe de citoyens préoccupés par l'obligation redditionnelle de la police. « C'est irresponsable à l'extrême. On ne devrait pas dépenser des fonds publics de cette façon », a-t-il déclaré en entrevue au réseau CBC.

    « C'est ridicule d'embaucher quelqu'un à qui vous paierez les deux tiers de son travail à taux d'heures supplémentaires et seulement le tiers à taux régulier », s'est-il insurgé.

    Dans un communiqué émis lundi, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a affirmé que la publication de ces chiffres « était une preuve supplémentaire de l'engagement du gouvernement [Harper] en matière de transparence et d'imputabilité ».

    Le directeur parlementaire du budget critique les coûts

    Réagissant à la divulgation de ces informations, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a souligné que les deux sommets auraient « coûté significativement moins » s'ils avaient été tenus au même endroit.

    Le gouvernement aurait pu réduire encore davantage la facture en utilisant plus de militaires pour assurer la sécurité, a-t-il poursuivi au cours d'une entrevue accordée à la CBC.

    Rappelons que le vérificateur général intérimaire du Canada, John Wiersema, rendra public le 9 juin prochain un rapport de sa prédécesseure, Sheila Fraser, qui s'est penchée sur la tenue des deux sommets. Ce rapport abordera notamment la question de la gestion des investissements liés à la tenue du Sommet du G8.

    Les deux versions préliminaires (Nouvelle fenêtre) qui ont fait l'objet de fuites en plein milieu de la campagne électorale blâmaient les conservateurs. Si la deuxième version avait un ton moins acerbe, tout en contenant des propos similaires, la première soutenait que le gouvernement avait induit le Parlement en erreur pour faire adopter une enveloppe budgétaire de 50 millions de dollars, dépensée dans la circonscription du ministre de l'Industrie, Tony Clement. La vérificatrice générale, dont le mandat se terminait ce lundi, suggérait même que le processus d'approbation du financement aurait pu être illégal.

    Avec un reportage de Yanik Dumont Baron

    Société