•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bolduc ne croit pas que les CHSLD construits en PPP coûteront plus cher

La construction du CHSLD de Saint-Lambert s'est effectuée en mode PPP.
La construction du CHSLD de Saint-Lambert s'est effectuée en mode PPP.
Radio-Canada

Une étude commandée par la Confédération des syndicats nationaux (CSN) démontre que les centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) développés en partenariat public-privé (PPP) coûteront beaucoup plus cher que prévu aux contribuables québécois, à moins de réduire considérablement la qualité des services offerts. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, rejette ces conclusions.

Le premier contrat du genre a été accordé en avril 2009 au Groupe Savoie, propriétaire des Résidences Soleil, pour un établissement de 200 lits, qui a ouvert ses portes à Saint-Lambert, en banlieue de Montréal, il y a six mois.

Depuis deux ans, le ministère de la Santé maintient que ce CHSLD coûtera 30 % moins cher aux contribuables québécois qu'un CHSLD public. Québec prévoit économiser 100 millions de dollars sur 25 ans pour des services équivalents.

Or, la firme de consultants MCE Conseil estime, au contraire, qu'il en coûtera 60 millions de dollars de plus.

Yves Bolduc réagit à l'étude commandée par la CSNYves Bolduc réagit à l'étude commandée par la CSN

Selon l'étude dévoilée mercredi, cette différence de 160 millions de dollars est en partie attribuable au fait que le ministère prévoit que les salaires versés par une entreprise privée seront nettement inférieurs à ceux versés dans le secteur public.

Mais, notent les experts, la pénurie de main-d'oeuvre dans le secteur de la santé « mènera sans doute à une pression à la hausse sur les salaires ». À défaut d'augmenter les salaires, « il y aura probablement un fort taux de roulement de personnel dans l'établissement, laissant la clientèle victime d'instabilité dans leur milieu de vie. »

Le taux de roulement actuel des préposés du CHSLD est établi à 44 %, selon la firme de consultants. Cette instabilité du personnel nuit à la qualité des services, conclut-elle.

Des soins équivalents, dit Bolduc

Réagissant à l'étude, le ministre Yves Bolduc promet que si le groupe Soleil a sous-estimé ses coûts, ce ne sera pas aux contribuables d'en assumer les conséquences.

Le mode PPP, c'est comme un clef en main. Ça devient le problème du propriétaire. On s'est assuré qu'il avait le financement nécessaire. Mais advenant qu'il n'arrive pas dans son budget, ça devient son problème.

Yves Bolduc

M. Bolduc affirme également que la qualité des soins et de l'hébergement est aussi bonne dans le CHSLD de Saint-Lambert que dans les autres. « Ce qui est important, ce n'est pas le mode de financement, c'est que les patients soient bien et qu'ils reçoivent les bons soins », a-t-il déclaré.

Quant au grand taux de roulement du personnel, Yves Bolduc estime que le fait que cet établissement soit nouveau explique la situation.

La CSN ne rapporte pas de cas de mauvais traitements, mais soutient qu'il y a une certaine négligence. « Ça va jusqu'à limiter les culottes d'incontinence chez certaines personnes âgées », explique Luc Pearson, de la Fédération de santé et services sociaux de la Montérégie.

Une employée du CHSLD de Saint-Lambert, interviewée sous le couvert de l'anonymat par l'émission Enquête, affirme qu'il lui est arrivé à plusieurs reprises d'être seule sur son étage, alors qu'ils étaient censés être quatre. « Il y a des résidents qui ne mangent pas. Des plateaux sont retournés à la cuisine, parce que les employés n'ont pas le temps de les faire manger », raconte-t-elle.

Il y a fort à parier qu'il y aura rupture de soins continus, compte tenu de la pénurie actuelle de main-d'oeuvre et des salaires inférieurs au marché.

Extrait de l'étude de la firme MCE

Les événements des dernières semaines semblent donner raison à l'analyse de la CSN. Les employés du CHSLD du Groupe Savoie construit en PPP viennent d'obtenir le droit de se syndiquer avec la CSN et ils risquent fort de demander la parité salariale avec le secteur public.

Des ratios différents pour le public et le privé

Qui plus est, souligne l'étude, « le nombre d'heures d'infirmières exigé au contrat est considéré comme étant minimal, puisqu'il est établi à 30 % des heures totales de soins et d'assistance par le personnel, tandis que le réseau public pratique un ratio qui est davantage de 35 % à 40 % ».

« Dans l'éventualité où un ratio ne s'apparente pas à un ratio minimum de 35 % d'heures soins, il y a lieu de s'inquiéter de la qualité des soins, puisque le rôle de l'infirmière autorisée dans le suivi et l'application du plan d'intervention interdisciplinaire de soins est primordial auprès de chacun des usagers », indique le rapport.

Les auteurs du rapport disent croire que « la logique du contrat » entre l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie et le Groupe Savoie laisse présumer qu'ils misent davantage sur le travail d'infirmières auxiliaires et de préposées aux bénéficiaires que d'infirmières bachelières.

« Cela ne semble pas concorder avec le profil des usagers (clientèle lourde) attendus dans cet établissement et avec les orientations prises dans le réseau de la santé », peut-on lire dans le rapport, qui souligne que le partenaire privé a obtenu le contrat en soumissionnant au prix le plus bas.

Le gouvernement du Québec prévoit construire quatre autres CHSLD en PPP au cours des prochaines années.

L'émission Enquête présentera jeudi un reportage sur les difficultés vécues par des familles dont les proches sont hébergés au CHSLD du Groupe Savoie à Saint-Lambert. Ces difficultés seraient reliées au manque de personnel et aux compétences douteuses de certains membres du personnel.

CHSLD SAINT-LAMBERT-SUR-LE GOLF (Nouvelle fenêtre)


Politique