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François Legault veut modifier le système d'éducation

Francois Legault, lors d’une conférence de presse annonçant la création de la creation de la Coalition pour l'avenir du Québec, le 21 février 2011, à Québec.

Francois Legault, lors d’une conférence de presse annonçant la création de la creation de la Coalition pour l'avenir du Québec, le 21 février 2011, à Québec.Jacques Boissinot

Photo : Jacques Boissinot

Radio-Canada

Québec devrait fusionner les commissions scolaires avec les directions régionales de l'éducation, éliminer les élections scolaires et permettre aux universités de moduler les frais de scolarité en fonction des programmes d'études, soutient le chef de la Coalition pour l'avenir du Québec, François Legault.

L'ex-ministre péquiste a dévoilé mardi les détails de la proposition que fait son groupe de réflexion en matière d'éducation. Son objectif déclaré : doter le Québec d'« un des meilleurs systèmes d'éducation au monde d'ici 2020 ».

La coalition de M. Legault avait déjà révélé dans son manifeste sa principale initiative en matière d'éducation : consentir une augmentation salariale de 20 % aux enseignants du Québec, qui ne bénéficieraient plus, en contrepartie, de la sécurité d'emploi. Leur emploi serait lié à leur performance.

François Legault estime que cette mesure coûterait 950 millions de dollars en deniers publics. Le gouvernement pourrait financer le tout:

  • en réduisant les frais d'exploitation d'Hydro-Québec de 23 % (600 millions);
  • en fusionnant les commissions scolaires et les directions régionales du ministère de l'Éducation, ce qui réduirait les dépenses de 50 % (280 millions)
  • en gelant pour quatre ans le montant des subventions versées par Québec aux écoles privées (60 millions lors de la quatrième année);
  • en fermant le siège social de l'Université du Québec (10 millions).

Augmenter le salaire des enseignants de 20 % en moyenne, écrit M. Legault dans le site web de sa coalition, constitue « le meilleur investissement qu'on puisse faire, parce que rien n'est plus important pour la réussite d'un jeune qu'un enseignant compétent et motivé ».

« En échange, les enseignants devront accepter d'être évalués », ajoute-t-il.

M. Legault reconnaît que le réseau scolaire du Québec a fait de grands pas. Depuis 40 ans, le taux de diplomation universitaire a presque triplé et le niveau de scolarisation médian a augmenté de six ans, note-t-il.

Le taux de décrochage scolaire demeure cependant trop élevé, puisque seuls 72 % des jeunes au Québec complètent leur formation secondaire ou professionnelle avant l'âge de 20 ans. La Coalition voudrait faire passer ce taux à 85 %.

Ce taux de décrochage, avance-t-il, est attribuable à plusieurs facteurs, dont la mauvaise répartition des ressources entre les milieux favorisés et défavorisés.

« Notre réseau d'écoles compte environ 2460 écoles publiques et 330 écoles privées. Comme les écoles privées acceptent très peu d'élèves avec des difficultés d'apprentissage, la pression sur les écoles publiques devient d'autant plus importante », affirme M. Legault.

Le fait que les commissions scolaires ne sont pas capables d'attirer les enseignants les plus expérimentés dans les écoles qui en ont le plus besoin et que les directions d'écoles manquent d'autonomie sont d'autres facteurs qui expliquent le taux actuel de décrochage scolaire, estime M. Legault.

L'ex-ministre péquiste déplore également le sous-financement du réseau universitaire qui, dit-il, mène au « déclin tranquille » de nos institutions (vétusté des infrastructures, difficulté à attirer et à retenir des professeurs et des chercheurs, etc.).

« Ce sous-financement chronique transforme peu à peu notre réseau universitaire en réseau de deuxième ordre, de moins en moins capable de produire les diplômés du calibre dont notre société aura besoin pour continuer à se développer au cours des prochaines décennies », écrit M. Legault.

Trois initiatives qui bousculeraient l'ordre établi

Fort de ces constats, la Coalition de M. Legault y va de trois grandes initiatives :

  • conclure un nouveau pacte avec les enseignants ;
  • réorganiser le réseau pour accroître l'autonomie des directions d'établissements et des enseignants ;
  • augmenter le nombre de diplômés universitaires et améliorer la performance de nos universités pour en faire de véritables moteurs de développement social et économique.

En échange de l'augmentation salariale de 20 % aux enseignants, M. Legault propose de mettre en place un système d'évaluation des enseignants. Ces évaluations seraient effectuées « sur une base biannuelle par la direction d'école » et se fonderaient notamment sur le taux de réussite des élèves et la satisfaction des parents.

« Un enseignant n'atteignant pas le niveau de performance souhaité pourrait initialement suivre des stages de perfectionnement, recevoir du mentorat d'un pair ou être jumelé à un enseignant plus performant. Si, en dépit de ces mesures, la performance laissait toujours à désirer, l'enseignant perdrait son poste », avance la Coalition.

M. Legault propose conséquemment d'accorder des contrats de trois à cinq ans aux enseignants. « Un tel pacte avec les enseignants nécessiterait de nouvelles conventions collectives et une redéfinition de la sécurité d'emploi. Ce serait une occasion unique de jeter les nouvelles bases d'un système éducatif qui répond mieux aux besoins du Québec de demain », affirme-t-il.

En matière de réorganisation du réseau, la coalition propose de regrouper les 60 commissions scolaires francophones au sein de 30 directions régionales et de convertir les 9 commissions du réseau anglophones en autant de directions régionales. Les directions régionales actuelles du ministère de l'Éducation seraient fusionnées aux 39 nouvelles directions régionales.

Les nouvelles entités ainsi créées devraient se concentrer « sur l'allocation des ressources financières, la répartition des élèves entre les écoles, la sélection et l'évaluation des directions d'école (avec décision finale au Conseil d'établissement), le transport et l'organisation scolaire ainsi que l'offre de certains services de soutien. »

La majeure partie du travail « relatif à la gestion des ressources humaines, éducatives, matérielles et informatiques des commissions scolaires serait rationalisée ou transférée aux écoles ».

M. Legault propose aussi que les conseils d'établissement comptent plus de parents. Les parents, dit-il, « garderaient tous leurs pouvoirs actuels, y compris la participation à des comités régionaux (par exemple sur la répartition des élèves et le transport scolaire). »

De nouvelles façons de faire pour les universités

En ce qui concerne les universités, la Coalition propose qu'elles puissent « moduler les frais de scolarité pour certains programmes offrant des perspectives de revenus plus favorables ». Pour préserver l'accessibilité aux études, elle propose que 5 % des sommes additionnelles ainsi prélevées servent à bonifier le programme de prêts et bourses aux étudiants.

La Coalition de M. Legault avance aussi que les universités devraient s'engager à utiliser davantage de professeurs que de chargés de cours au baccalauréat, et à signer des contrats de performance visant à garantir que leur financement public servira à atteindre des objectifs de performance convenus.

La structure actuelle du réseau de l'Université du Québec devrait être revue, ajoute-t-il. Chaque université du réseau, dit-il, « devrait avoir un lien de reddition de comptes directement avec le ministère de l'Éducation ». Le siège social de l'Université du Québec pourrait ainsi être aboli.

Les parents, les syndiqués et les commissions scolaires s'indignent

Dans un communiqué publié un peu plus d'une heure après la conférence de presse de François Legault, la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) ont dénoncé les propositions de la Coalition pour l'avenir du Québec

Selon elles, ces propositions « vont créer plus de problèmes qu'elles ne vont en régler. »

L'amélioration du système scolaire, arguent-ils, « ne passe certainement pas par la démolition totale du système actuel pour le remplacer par un modèle improvisé qui soi-disant donnerait plus de pouvoir aux parents. Or, ce que propose la coalition, c'est une perte d'influence et d'écoute des parents et une perte de collégialité entre l'école, la communauté et la commission scolaire. »

Les propositions de M. Legault sont basées sur une vision partielle, populiste et empreinte de préjugés et de clichés sur notre système d'éducation qui sous-estime l'apport des parents, le travail du personnel des établissements, particulièrement des enseignants, et des commissions scolaires.

Extrait du communiqué conjoint de la CSQ, la FCPQ et FSCQ

Selon les trois organisations, la coalition fait disparaître les principes fondamentaux sur lesquels repose l'organisation scolaire actuelle, comme la démocratie, l'équité, l'accessibilité et l'efficience, sans régler aucun problème.

« Il n'y a aucune démonstration convaincante que l'évaluation du personnel a pour effet d'améliorer le système éducatif et la réussite des élèves », estime le président de la CSQ, Réjean Parent. Selon lui, ce système a été implanté aux États-Unis, sans succès.

Le chef syndical dit ajoute ne pas comprendre comment les contrats de 3 à 5 ans que la Coalition voudrait offrir au personnel enseignant amélioreront la performance des élèves. Les modalités d'embauche actuelle font l'objet d'un consensus entre les parties, dit la CSQ.

La FCSQ défend également ses membres. Elle soutient que « les commissions scolaires permettent aux parents, au personnel et à la population en général de participer à la prise de décisions par le biais du conseil des commissaires, des comités de parents et des conseils d'établissement. »

Elle ajoute que le commissions « s'assurent d'une distribution équitable des ressources entre les établissements sur leur territoire et l'accès au système public d'éducation à tous les élèves où qu'ils soient et quels que soient leurs besoins ».

« M. Legault veut nous plonger dans un débat de structures et éliminer la possibilité qu'ont les citoyens, et particulièrement les parents, de faire des représentations démocratiques au sein de leurs commissions scolaires », souligne la présidente de la FCSQ, Josée Bouchard.

Mme Bouchard rappelle au passage que les fusions des commissions scolaires en 1998 que les fusions municipales de 2002 n'ont pas permis de réaliser les économies souhaitées.

La FPCQ affirme pour sa part que les petites écoles, notamment dans les milieux ruraux, sortiront perdantes de la réforme proposée. Elle soutient que les parents du Québec « refusent de perdre quelque pouvoir que ce soit » et qu'ils refusent que les enfants hors des grands centres n'aient pas les mêmes chances de réussir que les autres.

Les fédérations collégiales et universitaires du Québec ont pour leur part assimilé la proposition de la Coalition à un « un programme d'endettement de la relève québécoise », qui reprend « presque mot pour mot la plateforme du gouvernement Charest ».

La FEUQ et la FECQ disent s'attendre à ce que le Parti québécois « défende fermement sa position de gel des frais de scolarité » lors de son XVIe Congrès nationale, qui s'ouvrira vendredi.

Réaction de la ministre

La ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp, a rejeté en bloc les propositions de la Coalition pour l'avenir du Québec formulées par François Legault et s'est jointe aux nombreux groupes qui ont dénoncé ces propositions.

Elle refuse de se lancer dans une nouvelle réforme de l'éducation qui mènerait à la disparition des commissions scolaires. Elle soutient que les enseignants, pas plus que les parents, ne demandent de tels changements. De plus, elle considère qu'il n'est pas acceptable de mettre fin à la sécurité d'emplois des enseignants.

Enlever la sécurité d'emploi à des Québécois, c'est enlever des droits reconnus depuis longtemps au Québec.

Line Beauchamp

Société