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Fin de partie pour Laurent Gbagbo

Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.


La Côte d'Ivoire a vécu une crise postélectorale sans précédent. Les élections du 28 novembre 2010 devaient être le point d'orgue d'un long processus de réconciliation et de paix après dix ans de guerre civile. Or, le scrutin aura été le point de départ d'une longue spirale descendante vers plus de violences, de morts, de réfugiés, et surtout, de division entre les Ivoiriens.

À l'origine de ces événements : la contestation du résultat des urnes par les deux candidats au poste présidentiel.

D'un côté, le président sortant, Laurent Gbagbo. En poste depuis 2000, il s'est estimé vainqueur de l'élection jusqu'à la fin, sur la base des décisions du Conseil constitutionnel et fort de l'appui des militaires et des policiers.

Laurent GbagboAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Laurent Gbagbo lors d'une conférence de presse, le 9 novembre 2010

Photo : AFP / Sia Kambou

De l'autre, Alassane Ouattara, figure emblématique de l'opposition, reconnu vainqueur par la Commission électorale indépendante et soutenu par presque toute la communauté internationale.

Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo est capturé par les troupes d'Alassane Ouattara. Est-ce vraiment la fin de la crise? Sera-t-il jugé? Comment réagiront les Ivoiriens qui lui sont fidèles? Le chemin vers la paix sera encore long et difficile.

Car plusieurs n'hésitaient plus à parler d'une nouvelle guerre civile, avec des combats de rues jusqu'au coeur de la capitale économique, Abidjan. Après d'infructueux efforts diplomatiques, le camp Ouattara avait décidé fin mars de conquérir le pays par les armes. Les Forces nouvelles, qui lui sont fidèles, ont maîtrisé les grandes villes en quelques jours. Puis, elles ont encerclé Abidjan avant de passer à l'offensive, soutenus par la force de l'ONU en Côte d'Ivoire, l'ONUCI, et les troupes françaises de l'opération Licorne.

Le palais présidentiel et la résidence de Laurent Gbagbo sont alors encerclés. Pendant plus d'une semaine, Gbagbo se terre dans un bunker et clame être victime d'un coup d'État. Adoptant une position jusqu'au-boutiste, il dénonce une tentative d'assassinat contre sa personne. Les troupes pro-Ouattara, qui ont l'avantage du terrain pendant quelques jours, le perdent pendant un moment. Les militaires de Laurent Gbagbo frappent à coups de mortiers l'Hôtel du Golf où se trouve Ouattara. Il faudra de nouveau l'intervention des forces de l'ONU et de la France pour reprendre le contrôle des quartiers où se trouvent le palais et la résidence présidentiels.

Capturé, Laurent Gbagbo est aussitôt conduit à l'Hôtel du Golf avec son épouse. Selon le camp Ouattara, « le cauchemar est terminé ».

Une crise à l'image d'une Côte d'Ivoire divisée

Laurent Gbagbo incarne un certain nationalisme populaire et ses appuis dans la population sont toujours restés importants. Il a tenu le fort au palais présidentiel pendant des semaines avant que ses soutiens ne s'effritent et qu'il perde l'avantage. Depuis le début de la crise, il s'est fait interdire de voyage par plusieurs pays, dont certains ont gelé ses avoirs en plus de lui imposer des sanctions. Il est maintenant en résidence surveillée et devrait être jugé.

Installé à l'hôtel du Golf, le gouvernement d'Alassane Ouattara n'a pas réussi à s'imposer pendant des semaines, malgré le soutien de l'ONU, de l'Union africaine, de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, de l'Union européenne, de la France, des États-Unis et de plusieurs autres pays. Ouattara aura la tâche immense de réconcilier un pays définitivement déchiré.

Alassane OuattaraAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alassane Ouattara

Photo : AFP / Issouf Sanogo

Car sur le terrain, des milliers d'Ivoiriens, craignant des violences, ont fui vers les pays limitrophes, notamment au Liberia. La crise électorale est rapidement devenue une crise économique : les banques ont fermé et les exportations de cacao ont été suspendues. Pendant des semaines, des violences sporadiques ont éclaté dans des quartiers pro-Gbagbo ou pro-Ouattara à Abidjan. L'ONUCI a été victime de harcèlement. Selon des bilans contradictoires, on parle de 500 à 1000 morts liés directement à la crise. Mais il faut ajouter ceux du massacre de Duékoué où 800 civils ont été exécutés le 30 mars. Toutes les parties s'accusent. La Cour pénale internationale a ouvert une enquête.

La diplomatie n'aura eu aucun effet dans la résolution de ce conflit. En quelques semaines, pas moins de sept présidents africains et un premier ministre se sont rendus à Abidjan dans l'espoir de dénouer le conflit, sans succès. Des sommets spéciaux se sont tenus à Addis-Abeba, en Éthiopie, et à Abuja, au Nigeria, sans résultats. Les condamnations sans équivoques des présidents Sarkozy et Obama, exigeant le retrait de Gbagbo, n'auront eu aucune influence.

L'organisation de ces élections a été laborieuse. Fruit de vastes compromis et d'âpres négociations, elles ont malgré tout été reportées à six reprises. D'aucuns se demandaient si elles auraient lieu. Plusieurs se demandent aujourd'hui si elles auraient dû se tenir.

Vous trouverez dans les pages qui suivent le récit des quelques semaines qui ont mené le pays au drame. À partir du premier tour du scrutin, au cours duquel s'affrontaient treize candidats, jusqu'à l'enlisement après le deuxième tour, vous retrouverez les dates-clés et les enjeux principaux de la crise.

La genèse du conflit actuel en Côte d'Ivoire remonte au début des années 90, et même avant. Pour comprendre les racines profondes de la situation ivoirienne, consultez le dossier « Côte d'Ivoire, la déchirure » de Radio-Canada.ca.

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