•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Paris reconnaît le Conseil national de transition libyen

Radio-Canada

La France est devenue jeudi le premier pays à reconnaître officiellement le Conseil national de transition (CNT) libyen. La décision a été annoncée peu avant que les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne et les ministres de la Défense de l'OTAN ne se réunissent à Bruxelles pour discuter de la situation en Libye.

Le président français Nicolas Sarkozy serre la main d'Ali Essaoui (à droite) à l'Élysée. Au centre, l'autre émissaire du CNT, Mahmud Jibril.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président français Nicolas Sarkozy serre la main d'Ali Essaoui (à droite) à l'Élysée. Au centre, l'autre émissaire du CNT, Mahmud Jibril.

Photo : AFP / Eric Feferberg

« La France a reconnu le Conseil national de transition comme étant le représentant légitime du peuple libyen », a déclaré à sa sortie de l'Élysée Ali Essaoui, l'un des deux représentants du Conseil qui ont été reçus par Nicolas Sarkozy.

« Sur la base de cette reconnaissance, nous allons rouvrir notre ambassade en France, et un ambassadeur de France sera envoyé à Benghazi. Cet ambassadeur sera de façon transitoire à Benghazi avant de retourner à Tripoli », a-t-il ajouté. L'Élysée a confirmé ces informations.

Le CNT interlocuteur valable pour Paris et Londres

Dans une lettre commune, le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron demandent à l'Union européenne de considérer le Conseil national de transition comme « un interlocuteur politique valable ». Les deux chefs d'État estiment que « Kadhafi et sa clique doivent partir ».

La décision de l'Élysée a été annoncée avant le début, à Bruxelles, d'un déjeuner des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE). La rencontre vise à préparer le sommet spécial sur la Libye, qui doit réunir les 27 chefs d'État et de gouvernement de l'UE vendredi.

Les 28 ministres de la Défense des pays membres de l'OTAN sont également réunis dans la capitale belge pour discuter des scénarios envisageables et des options à privilégier dans ce dossier. Pas moins de 21 pays sont à la fois membre de l'UE et de l'OTAN.

Tripoli envisage de rompre ses relations avec Paris

Le régime libyen n'a pas tardé à réagir. Un responsable du ministère des Affaires étrangères cité par l'agence officielle Jana soutient que Tripoli « envisage de rompre ses relations avec la France en raison des informations qui circulent sur la dangereuse ingérence [de Paris] dans les affaires libyennes ».

« Un État comme la France ne peut pas commettre cette stupidité et reconnaître des personnes qui ne représentent qu'elles-mêmes », a poursuivi ce responsable, en précisant que le ministère « va attendre et s'assurer de ces informations avant de prendre une telle décision ».

Kadhafi brandit des révélations sur Sarkozy

Le régime libyen a aussi fait savoir par l'entremise de Jana « qu'un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale ».

Tripoli et le CNT avaient tous deux entrepris des offensives diplomatiques, mercredi. Chaque camp a dépêché des émissaires en Occident ou en Égypte pour défendre leurs vues.

Selon une source de l'AFP, le président Sarkozy préconiserait l'idée de lancer des frappes ciblées à trois endroits sur le sol libyen, soit l'aéroport militaire de Syrte, à 500 kilomètres à l'est de Tripoli, celui de Sebha, dans le sud du pays, près de la frontière tchadienne, et le centre de commandement de Mouammar Kadhafi, dans le quartier de Bab al-Azizia, à Tripoli. L'Élysée n'a pas confirmé ces informations.

Une initiative accueillie avec prudence

L'empressement de Paris à reconnaître le Conseil national libyen, dont la légitimité populaire est incertaine, tranche avec la façon dont le gouvernement a traité la crise tunisienne. Cette lenteur avait été vertement critiquée.

Si la décision de l'Élysée a été saluée à Benghazi, elle a été accueillie avec prudence par les partenaires européens de la France, notamment l'Allemagne.

« Nous ne reconnaissons pas de gouvernement. Nous reconnaissons des États. Une reconnaissance du Conseil des rebelles n'est pas quelque chose qui ait une signification au regard du droit international », a dit une source proche du gouvernement allemand à l'AFP.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a jugé quant à lui « préférable d'attendre la position de l'ensemble de l'Union européenne ».

À Londres, une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a admis que le Conseil national est « un interlocuteur valable », mais n'a pas parlé de « représentant légitime ».

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a pour sa part annoncé jeudi qu'elle va rencontrer l'opposition libyenne lors de son voyage en Égypte et en Tunisie la semaine prochaine.

« Je vais rencontrer certains de ces opposants à la fois aux États-Unis et lors de mon voyage la semaine prochaine, afin de discuter de ce que les États-Unis et d'autres peuvent faire », a-t-elle déclaré devant des élus du Congrès.

Nouvelles sanctions de l'UE

La présidence hongroise de l'UE a déjà annoncé l'adoption de nouvelles mesures restrictives à l'encontre de cinq entités financières de la Libye, dont la Banque centrale libyenne et un fonds souverain qui gère les revenus pétroliers libyens.

Ce fonds, la Libyan Investment Authority (LIA), est notamment actionnaire de la banque italienne UniCredit, du club de soccer italien Juventus et de l'éditeur Pearson, propriétaire du Financial Times. Sa valeur est estimée à 70 milliards de dollars.

La Libyan Foreign Bank, le Libyan Housing and Infrastructure Board et le Libya Africa Investment Portfolio, sont les autres entités visées, selon un diplomate européen.

Le 1er mars, l'UE a décrété un embargo sur les ventes d'armes et de matériel pouvant servir à la répression. Elle a aussi adopté un gel des avoirs du colonel Kadhafi, des membres de sa famille et de responsables du régime libyen.

Selon des sources diplomatiques, le nom de l'homme d'affaires libyen Mustafa Zarti, soupçonné d'être l'homme de paille du colonel Kadhafi en Autriche, viendrait s'ajouter à la liste des 26 personnes visées par les sanctions de l'UE.

Selon le New York Times, le colonel Kadhafi disposerait cependant de « dizaines de milliards » de dollars en liquide cachés à Tripoli, ce qui lui permet de payer grassement les militaires et les mercenaires qui combattent à son profit.

Selon une source du service de renseignement américain, le régime de Kadhafi a embauché de 3000 à 4000 mercenaires africains qui sont payés chacun 1000 $ par jour. Ils viendraient du Mali, du Niger et du Soudan. Il s'agirait dans ce dernier cas de combattants du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour.

Les ministres de la Défense des pays membres de l'OTAN sont réunis à Bruxelles.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

l'OTAN sont réunis à Bruxelles.

Photo : AFP / Pool/Mandel Ngan

L'OTAN dans l'expectative

À Bruxelles, le secrétaire général de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), Anders Fogh Rasmussen, a affirmé que trois conditions devaient être remplies pour que l'Alliance militaire intervienne en Libye. Il faut, a-t-il dit, que le besoin d'une intervention soit démontré, que le mandat juridique soit clair et que le soutien régional soit ferme.

« En tant qu'alliance militaire et acteur international responsable, l'OTAN se doit aujourd'hui d'envisager toute éventualité dans le cadre d'une planification de précaution. C'est ce que nous faisons », a déclaré M. Rasmussen aux 28 ministres de la Défense présents à Bruxelles.

L'OTAN a annoncé plus tôt en matinée qu'elle avait entrepris une surveillance continue de l'espace aérien libyen. Des appareils Boeing E-3 Sentry se relaient désormais toutes les huit heures pour survoler la mer Méditerranée.

Le secrétaire général de l'alliance, Anders Fogh Rasmussen, a déjà fait savoir qu'il n'est pas question de faire respecter une zone d'exclusion de vol tant et aussi longtemps que le Conseil de sécurité de l'ONU ne s'est pas prononcé en faveur d'une telle mesure.

Une telle issue est loin d'être acquise, la Russie ayant clairement fait savoir qu'elle s'opposait à toute intervention militaire étrangère en Libye.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

International