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Les insurgés libyens créent un «Conseil national» de transition

Abdelhafez Ghoqa, porte-parole du Conseil national de transition
Abdelhafez Ghoqa, porte-parole du Conseil national de transition Photo: AFP / GIANLUIGI GUERCIA
Radio-Canada

L'insurrection libyenne prend un nouveau tournant. Les dirigeants de la contestation ont créé dimanche un « Conseil national indépendant » de transition représentant les villes « libérées » depuis la « révolution du 17 février ».

Le conseil est « le visage de la Libye pendant la période de transition », a déclaré Abdelhafez Ghoqa, lors d'une conférence de presse à Benghazi, deuxième ville du pays.

Il a indiqué également que les discussions se poursuivaient à propos de la composition et de la fonction de ce nouvel organe.

« Les conseils de chaque ville fonctionnent et il est hors de question de diviser la Libye en nord, sud, ouest ou est, ou sur des bases tribales », a-t-il insisté, réaffirmant que Tripoli était la capitale de la Libye.

« Le reste de la Libye sera libéré par le peuple libyen », a-t-il déclaré, récusant « toute ingérence ou opération militaire étrangère ». « Nous comptons sur l'armée pour libérer Tripoli ».

La veille, l'ancien ministre de la Justice Moustapha Abdeljalil, qui a démissionné lundi dernier, avait déclaré à la chaîne Al-Jazira qu'un gouvernement de transition, formé de civils et militaires, pourrait diriger le pays avant des élections. Le gouvernement siégerait, selon lui, trois mois au maximum.

M. Abdeljalil a ajouté qu'aucune négociation ne serait envisagée avec Mouammar Kadhafi pour lui permettre de quitter le pays, afin qu'il soit jugé en Libye.

Kadhafi persiste et signe

Dans une entrevue téléphonique à la chaîne de télévision serbe Pink TV, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a assuré que son pays était « complètement calme » et accusé Al-Qaïda d'être à l'origine des « bandes terroristes » qui ont fait des victimes.

Le dirigeant libyen a déclaré qu'un « petit groupe » d'opposants était actuellement « encerclé ». « Mais nous réglerons cela », a-t-il ajouté, en assurant que « le peuple libyen se tenait totalement derrière lui ».

Par ailleurs, il a jugé nulles et non avenues les sanctions imposées par le Conseil de sécurité de l'ONU à son encontre et contre son entourage.

Offre américaine

Les États-Unis sont « prêts » à fournir « toute forme d'aide » aux opposants au régime du colonel libyen Mouammar Kadhafi, a déclaré dimanche la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton.

« Nous avons contacté de nombreux Libyens qui tentent de s'organiser dans l'est [du pays] au moment où la révolution s'étend aussi vers l'ouest », a ajouté Mme Clinton, estimant qu'il était « beaucoup trop tôt pour dire comment cela [allait] évoluer ».

« Nous voulons qu'il [Kadhafi] parte et qu'il rappelle ses mercenaires ». Les États-Unis ne sont « engagés dans aucune négociation » avec le colonel Kadhafi, a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, deux influents sénateurs américains, le républicain John McCain et l'indépendant Joe Lieberman, avaient estimé plus tôt dimanche que les États-Unis devaient reconnaître le gouvernement de transition en Libye et offrir une assistance aux insurgés.

Nous devons reconnaître le gouvernement de transition comme le gouvernement légitime de Libye et nous devons certainement donner à ce gouvernement une aide humanitaire et des armes.

Joe Lieberman dans un entretien à la chaîne CNN

À la Maison-Blanche, le président Obama a appelé samedi le colonel Kadhafi à quitter le pouvoir sans délai, estimant qu'il n'avait plus la légitimité nécessaire pour gouverner son peuple.

Un manifestant étend l'ancien drapeau national au sommet d'un hôtel à Benghazi.Un manifestant étend l'ancien drapeau national au sommet d'un hôtel à Benghazi. Photo : Patrick Baz

Kadhafi perd le contrôle d'une autre ville importante

Seif al-Islam, fils du dictateur libyen Mouammar KadhafiSeif al-Islam, fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi

La ville de Zaouiya, à 50 km à l'ouest de Tripoli, est tombée sous le contrôle des manifestants dimanche. Après une nuit de combat contre l'armée et les milices payées par le régime, les contestataires ont hissé leur drapeau sur des bâtiments de la ville.

Zaouiya, qui abrite une raffinerie de pétrole, est d'une importance stratégique pour le régime de Kadhafi, puisqu'il s'agit de la dernière grande ville avant Tripoli lorsqu'on arrive de la Tunisie.

Depuis plusieurs jours, de violents combats ont eu lieu entre les opposants au régime et les militaires libyens pour le contrôle de la ville. Selon des témoignages, les derniers affrontements pourraient avoir fait une cinquantaine de morts dans la nuit de samedi à dimanche seulement.

« Zaouiya est libre comme Misrata et Benghazi », a déclaré un résident à une journaliste de l'agence Reuters. « Kadhafi est fou. Ses hommes nous ont tirés dessus avec des lance-roquettes », a-t-il affirmé.

Le colonel Kadhafi ne montre toutefois aucun signe qu'il entend céder le pouvoir, au treizième jour des soulèvements populaires sans précédent qui secouent le pays.

L'étau se resserre autour de la capitale, l'opposition armée contrôlant dorénavant l'est du pays. À Benghazi, deuxième ville de Libye, passée sous la main des opposants au régime cette semaine, l'opposition s'organise et attend la « libération » de Tripoli.

Appels aux prédicateurs

Dans une entrevue à la chaîne Al-Arabiya, le prédicateur saoudien Ayidh al-Qarni a révélé avoir reçu un appel téléphonique de Sâad, un des fils du colonel Kadhafi et chef des forces spéciales. Dans cet entretien, Sâad Kadhafi a demandé au prédicateur de condamner l'insurrection libyenne. Mais le prédicateur a refusé, disant à son interlocuteur : « Vous tuez le peuple libyen. Vous tuez les vieillards et les enfants. Arrêtez le bain de sang. Craignez Dieu. »

Le prédicateur Al-Qarni a indiqué que le fils de Kadhafi lui semblait abattu et hésitant.

Par ailleurs, un autre prédicateur saoudien, Selman al-Aouda, avait déclaré que Seif al-Islam Kadhafi lui avait demandé de lancer une fatwa interdisant la contestation en Libye. Mais le prédicateur a refusé.

Sanctions de l'ONU

Samedi, le conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité une série de sanctions contre le régime libyen. La résolution impose un embargo sur les armes, une interdiction des voyages et un gel des avoirs du colonel Kadhafi et d'une quinzaine de ses proches.

La résolution confie également à la Cour pénale internationale (CPI) la question des répressions meurtrières commises depuis le début de la crise.

Le bilan des violences reste difficile à évaluer. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a parlé d'un millier de morts.

Plus de 100 000 réfugiés

Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR), plus de 100 000 personnes ont fui la Libye dans les derniers jours, principalement des travailleurs égyptiens et tunisiens.

« Nous apportons une assistance à la Tunisie et l'Égypte pour aider toute personne fuyant la Libye sans exception », a souligné le haut-commissaire aux réfugiés, Antonio Guterres.

Le UNHCR appelle la communauté internationale à « répondre rapidement et généreusement » pour permettre de combler les besoins humanitaires.

Selon l'organisme, les réfugiés souffriraient « d'une pénurie critique de nourriture dans l'est et d'un manque de médicaments ».

La diplomatie internationale continue à réagir

En Grande-Bretagne, le ministre des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé dimanche matin, sur les ondes de la BBC, que son pays levait l'immunité diplomatique dont bénéficiait la famille Kadhafi.

William Hague a également appelé au départ du dirigeant libyen, estimant que « c'est le meilleur espoir qu'on puisse avoir pour la Libye ».

« Le pays s'enfonce dans la guerre civile, avec des scènes atroces, où des manifestants sont tués, et un gouvernement qui fait la guerre à son propre peuple, donc bien sûr, il est temps que le colonel Kadhafi s'en aille », a-t-il souligné.

À Tripoli, faute de pouvoir assurer la sécurité de leurs diplomates, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont suspendu les activités de leur ambassade.

En Italie, le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, a pour sa part affirmé dimanche que la fin du règne de Mouammar Kadhafi était « inévitable ».

« Nous avons atteint, je crois, un point de non-retour », a-t-il déclaré à la télévision Sky Italia.

En soirée, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a annoncé que le Canada appliquait les sanctions requises par l'ONU et, de plus, interdisait les transactions bancaires avec la Libye et ses institutions. M. Harper a appelé le colonel Kadhafi à partir « sur-le-champ ».

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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