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Kadhafi refuse de partir

Radio-Canada

L'homme fort du régime libyen, Mouammar Kadhafi, n'a aucune intention de quitter le pouvoir et entend se battre pour le conserver. C'est en substance ce qu'a annoncé le dictateur libyen mardi, dans un discours à la nation.

Se présentant comme un « guerrier bédouin » qui a apporté la gloire à son pays et comme le chef de la Révolution, Mouammar Kadhafi a déclaré qu'il ne quitterait pas la Libye et qu'il se battrait jusqu'à la dernière goutte de sang pour y rester.

« Je mourrai en martyr s'il le faut, a-t-il lancé à la foule réunie sur la place Verte pour l'écouter. Mouammar Kadhafi n'a pas de poste officiel pour qu'il en démissionne. Mouammar Kadhafi est le chef de la révolution, synonyme de sacrifices jusqu'à la fin des jours. C'est mon pays, celui de mes parents et des ancêtres. »

Le colonel Kadhafi lors de son discours à la nation, mardi matin, à Tripoli, le 22 février 2011.Le colonel Mouammar Kadhafi lors de son discours à la nation, mardi matin, à Tripoli, le 22 février 2011. Photo : Télévision libyenne.

Dans un discours parfois décousu, Mouammar Kadhafi a imputé aux puissances étrangères et aux médias arabes la responsabilité de la révolte qui embrase le pays depuis une semaine.

Au dire du colonel Kadhafi, le mouvement de contestation est l'oeuvre d'agents et d'agitateurs étrangers, notamment des Américains et des Tunisiens, qui ont soulevé les jeunes du pays en leur distribuant des « armes, des drogues et des pilules hallucinogènes ».

Qualifiant les insurgés de « bandes de jeunes rats et de mercenaires », le chef d'État libyen les a accusés de chercher à transformer la Libye en un État islamique.

Dans une envolée théâtrale, il a appelé le peuple à se défendre et à se lever contre les ennemis du régime. Du même souffle, il a rappelé aux manifestants armés qu'ils risquaient la peine de mort en vertu des lois en vigueur dans le pays.

Nous, Libyens, qui avons résisté dans le passé [...] aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, ne nous rendrons pas.

Mouammar Kadhafi

Kadhafi a appelé les Libyens à sortir dans les rues mercredi pour le soutenir contre ce qu'il qualifie de « complot de l'étranger ».

Une autre défection politique

Le ministre libyen de l'Intérieur, Abdel Fattah Younès al-Abidi, a annoncé qu'il changeait de camp et qu'il apportait désormais son soutien à la « révolution du 17 février ».

Dans une vidéo amateure diffusée par la chaîne Al-Jazira, celui qui est considéré comme le bras droit de Mouammar Kadhafi a appelé l'armée à rejoindre le camp du peuple et à répondre à ses « exigences légitimes ».

Une « trahison » des médias arabes

Quant aux médias étrangers, tous interdits dans le pays, Mouammar Kadhafi les a accusés de donner une mauvaise image du peuple libyen et de tenter de discréditer le pays et son gouvernement. Il a, à ce chapitre, accusé les médias arabes d'avoir trahi le peuple libyen.

Brandissant son Livre vert dont il a lu des extraits, l'homme fort du régime a promis au peuple libyen de décentraliser les structures du pouvoir et d'accorder davantage d'autonomie aux administrations régionales du pays.

SUR LE WEB

Notre journaliste Vincent Grou a suivi ce qui se passait sur la toile en lien avec la situation en Libye. Lisez son blogue »

Le régime se déchaîne contre les foules

Pendant ce temps, la situation continue de se détériorer, selon les bribes d'information qui émanent du pays où les autorités interdisent tout accès aux médias étrangers.

Selon le bilan établi par l'organisation Human Rights Watch, les affrontements des derniers jours entre manifestants antigouvernementaux et forces de l'ordre ont fait au moins 233 morts. Un bilan préliminaire établi par la Fédération internationale des droits de l'homme estime plutôt que la répression a fait au moins 400 morts jusqu'ici. Le régime libyen a quant à lui fait état de 300 morts, dont 58 militaires.

Deux chasseurs libyens Mirage se sont posés à Malte, lundi. Les pilotes ont fait défection.Les deux chasseurs libyens Mirage qui se sont posés à Malte. Photo : PC / Lino Arrigo Azzopardi

Outre les tirs à balles réelles sur les manifestants, le gouvernement libyen aurait également utilisé des avions et des hélicoptères pour attaquer les foules. Des bandes de mercenaires africains à la solde du régime sèmeraient également la terreur dans les rues des grandes villes du pays.

Des habitants contactés mardi par des agences de presse rapportent que des avions ont bombardé des foules et tiré des rafales pour disperser les manifestants. Lundi, le fils du président Kadhafi, Seif al-Islam, a assuré que ce sont des dépôts d'armes qui étaient visés par l'aviation.

Mais quelques heures plus tard, des pilotes de chasse libyens ont posé leurs appareils à Malte, expliquant qu'ils refusaient de tirer sur les manifestants.

D'autres témoins parlent de massacres d'hommes et de femmes par des individus armés qui tirent de manière aveugle en banlieue de Tripoli, la capitale.

Les manifestants, loin de baisser les bras, auraient pris le contrôle de plusieurs localités, dont Benghazi, la deuxième ville en importance du pays. La région de Tobrouk ne serait par ailleurs plus sous le contrôle du gouvernement libyen, selon l'agence Reuters.

La violente répression lancée contre les manifestants a provoqué de vives réactions dans la communauté internationale qui exhorte le dictateur libyen Mouammar Kadhafi à cesser la violence ou à carrément quitter le pouvoir.

Des manifestants pro-Kadhafi se sont réunis à Tripoli :

Ailleurs dans le monde, des citoyens d'origine libyenne ont manifesté contre le dictateur :

Les étrangers fuient le pays par milliers

Des dizaines de milliers d'étrangers tentaient mardi de quitter la Libye pour fuir la sanglante répression du mouvement de contestation qui secoue le pays depuis une semaine.

Toutefois, le chaos qui s'installe dans le pays complique grandement les opérations d'évacuation des ressortissants étrangers.

Des ressortissants égyptiens franchissent la frontière.Des ressortissants égyptiens franchissent la frontière. Photo : AFP / Said Khatib

Des milliers de Tunisiens et d'Égyptiens qui travaillent en Libye se massent depuis lundi aux postes frontaliers du pays pour rentrer chez eux.

L'Égypte et la Tunisie ont par ailleurs renforcé leur présence militaire à leur frontière avec la Libye et se préparent à accueillir des blessés et les ressortissants qui fuient le pays. Selon Le Caire, l'Égypte compte environ 1,5 million de ressortissants en Libye. La Tunisie en compte pour sa part plus de 30 000.

Selon l'armée égyptienne, dans plusieurs points de passage, les gardes-frontières libyens auraient été remplacés par des comités populaires dont on ignore l'allégeance pour l'instant.

Plusieurs pays ont entrepris d'évacuer eux-mêmes leurs ressortissants en envoyant en Libye des avions militaires pour rapatrier leurs ressortissants. C'est notamment le cas de la France, de la Tunisie, de l'Égypte, de l'Italie et des Pays-Bas.

Ottawa a de son côté annoncé la mise en place d'un plan d'évacuation des ressortissants canadiens qui souhaitent quitter la Libye.

Par ailleurs, plus aucun avion ne peut atterrir à l'aéroport de Benghazi, dont les pistes ont été détruites, a déclaré mardi le ministre des Affaires étrangères égyptien à l'agence Reuters.

Plusieurs entreprises étrangères procèdent aussi au rapatriement de leurs effectifs en Libye.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

Conflits armés

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