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Les bombes tombent, Kadhafi se montre

Radio-Canada

Dans une apparition à la télévision d'État libyenne, le contesté colonel Mouammar Kadhafi a déclaré qu'il était toujours à Tripoli, où des raids aériens ont eu lieu, tandis que le mécontentement atteint même l'appareil étatique.

Le colonel est apparu brièvement depuis sa résidence de Bab Al Azizia à Tripoli au moment où il s'apprêtait à monter dans sa voiture.

« Je vais voir les jeunes sur la place Verte. C'est juste pour prouver que je suis à Tripoli et non au Venezuela et démentir les télévisions, ces chiens », a-t-il simplement déclaré.

La rumeur d'un départ avait déjà été démentie par le gouvernement vénézuélien.

Mouammar Kadhafi à la télévision d'État libyenneMouammar Kadhafi à la télévision d'État libyenne Photo : PC / AP/Libyan State Television

En entrevue à l'agence officielle Jana, Seif al-Islam, un des fils de Mouammar Kadhafi, a reconnu que l'aviation libyenne avait effectué des bombardements lundi, mais sur des dépôts de munitions « dans des secteurs isolés de zones habitées ».

Le fils du dirigeant libyen a démenti des rumeurs de bombardements sur des quartiers résidentiels de Tripoli et Benghazi.

La chaîne Al-Jazira avait plus tôt dans la journée fait état de bombardements aériens sur la capitale libyenne. Selon Al-Arabya, quelque 160 personnes auraient été tuées à Tripoli lundi.

Le dernier bilan de l'organisation Human Rights Watch est de 233 morts, tandis que la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a évoqué de 300 à 400 morts.

Par ailleurs, deux pilotes militaires ont posé leurs appareils à Malte après avoir refusé de tirer sur les manifestants.

Aux frontières avec l'Égypte, 10 personnes de citoyenneté égyptienne ont été tuées par balle dans la ville libyenne de Tobrouk, a signalé un médecin cité par l'AFP.

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mardi pour discuter de la situation en Libye.

Défections politiques et diplomatiques

Le mouvement de mécontentement a également atteint de hauts cadres de l'État.

Plusieurs diplomates libyens et fonctionnaires dans les représentations libyennes à l'étranger ont rejoint le mouvement de protestation. Parmi eux figurent l'ambassadeur en Inde, le représentant de la Libye auprès de la Ligue arabe et l'ambassadeur libyen au Bangladesh.

Les diplomates de la mission libyenne aux Nations unies à New York ont annoncé eux aussi qu'ils rompaient avec le régime pour soutenir les manifestants.

Le ministre de la Justice, Moustafa Mohamed Abdel-Jalil, aurait également démissionné. La démission n'a pas été confirmée par le gouvernement, mais le journal Kourina affirme avoir parlé directement au ministre.

Une fatwa contre le dirigeant libyen a également été émise lundi par un très influent théologien musulman, cheikh Youssef Al-Qardaoui.

Ce Qatari a demandé sur la chaîne Al-Jazira à l'armée libyenne d'assassiner Mouammar Kadhafi : « Que celui qui dans l'armée libyenne peut tirer une balle sur Mouammar Kadhafi pour en débarrasser la Libye, le fasse ».

Manifestations à Benghazi, LibyeManifestations à Benghazi, en Libye Photo : PC / AP

Multiplication des violences

Malgré les avertissements sévères de Seif al-Islam Kadhafi, le fils de Mouammar Kadhafi, livrés dimanche soir à la télévision nationale, plusieurs incidents ont été observés dans les rues de la capitale toute la nuit.

Selon des témoins contactés par l'Agence France-Presse, les sièges d'une télévision et d'une radio publique ont été saccagés et des postes de police ont été incendiés.

Lundi matin, un bâtiment gouvernemental était toujours en feu et un chantier de construction aurait été envahi et pillé près de la capitale.

Selon d'autres témoins, des tireurs embusqués sur des toits ont tiré sur des manifestants antigouvernementaux. D'autres, qui étaient en voiture, ont ouvert le feu sur les protestataires. Des affrontements entre opposants et sympathisants du numéro un libyen ont aussi eu lieu sur la place Verte de Tripoli.

Au petit matin, les rues de la capitale étaient cependant désertes. Les écoles, les bureaux et la plupart des magasins étaient fermés à l'exception de quelques boulangeries, selon un témoin.

Une situation de plus en plus chaotique

La Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH), qui se base sur ses réseaux en Libye, affirmait lundi matin que plusieurs villes, dont Benghazi, seraient désormais tombées aux mains des manifestants à la suite de défections dans l'armée.

« Beaucoup de villes sont tombées, notamment sur l'est de la côte. Des militaires se sont ralliés » au soulèvement, a déclaré à l'Agence France-Presse la présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen.

Ces propos recoupent les témoignages de certains habitants de Benghazi, selon lesquels une foule de manifestants a envahi le quartier général des forces de l'ordre et s'est emparée d'armes au cours de la fin de semaine.

C'est à Benghazi, deuxième ville du pays, qu'est née la révolte populaire il y a une semaine. Au moins 60 personnes y auraient été tuées dans la seule journée de dimanche, selon Human Rights Watch.

Outre Benghazi, la FIDH affirme que les localités de Tobrouk, à l'extrême est, ainsi que celles de Misrata, de Khoms, de Tarhounah, de Zeiten, de Zaouia et de Zouara, qui sont plus proches de la capitale, sont également tombées aux mains des manifestants.

L'organisme affirme de plus que de hauts responsables du régime auraient rallié le mouvement de protestation réclamant le départ du colonel Kadhafi, en plus de certains militaires et de plusieurs diplomates.

Toujours selon la FIDH, le camp de Bab el-Azizia, où vit le dirigeant libyen en périphérie de Tripoli, aurait également été attaqué dans la nuit de dimanche à lundi.

Appel au soulèvement des dirigeants musulmans

Une coalition de dignitaires musulmans libyens a publié lundi une déclaration appelant le peuple à se soulever contre le régime Kadhafi.

« [Les dirigeants] ont fait preuve d'une totale impunité arrogante et ont poursuivi, voire intensifié leurs crimes sanglants contre l'humanité. Ils ont de ce fait manifesté leur infidélité totale envers la voie de Dieu et de son prophète bien-aimé », déclare la coalition, appelée Réseau des oulémas libres de Libye.

« De ce fait, ils ne méritent aucune soumission ni aucun soutien, et chacun a le devoir sacré de se soulever contre eux par tous les moyens possibles », ajoute le groupe.

Ailleurs au pays, le principal point de passage frontalier entre la Libye et la Tunisie a été déserté quelques heures par ses officiers lundi matin, selon des douaniers tunisiens.

La chaîne de télévision du Qatar Al-Jazira a affirmé lundi que son signal satellite était brouillé en Libye. Dans un communiqué, les dirigeants de la chaîne accusent les services de renseignement libyen d'en être responsables.

Aucun journaliste étranger n'est toléré sur le territoire libyen depuis le début des soulèvements.

Lundi, l'ancien porte-parole du gouvernement, Mohamed Bayou, a réagi aux déclarations du fils de Mouammar Kadhafi, estimant qu'il « n'a pas été sage dans ses paroles. »

« J'espère que [Seif al-Islam] changera de discours pour reconnaître l'existence d'une opposition populaire interne et entamer un dialogue avec elle pour des changements profonds dans le système libyen », a-t-il déclaré.

L'armée autrichienne a affirmé dans la nuit de lundi à mardi que l'espace aérien au-dessus de Tripoli n'était finalement pas fermé, alors qu'elle avait pourtant déclaré le contraire quelques heures plus tôt.

Soixante-deux ressortissants européens, neuf Autrichiens, mais aussi des Allemands, des Français et des Néerlandais, ont ainsi pu être évacués vers Malte.

La France, l'Australie et la Suisse ont encouragé leurs citoyens à quitter le pays.

L'Union européenne discute d'ailleurs lundi pour dégager une position commune au sujet de la Libye.

La situation tendue en Libye a provoqué une forte hausse du baril de pétrole sur les marchés londoniens lundi matin.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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