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Répression sanglante au coeur du royaume

Radio-Canada

Les forces de sécurité de Bahreïn ont donné l'assaut au campement des manifestants rassemblés place de la Perle, à Manama, pour réclamer des réformes sociales et politiques dans le royaume. L'attaque, menée au milieu de la nuit, a fait au moins 3 morts et 231 blessés, selon un bilan officiel.

Le ministre de la Santé, Fayçal bin Yacoub al-Hamer, a précisé que 195 blessés ont quitté l'Hôpital Salmaniya, mais que 36 reçoivent toujours des soins.

Un blessé est soigné à l'hôpital de ManamaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un blessé est soigné à l'hôpital de Manama

Photo : AFP / Joseph Eid

Un député de l'opposition chiite, Ibrahim Mattar, avait précédemment soutenu que 60 personnes avaient disparu. « Est-ce qu'ils sont emprisonnés, en fuite ou cachés chez eux? Nous ne le savons pas », a-t-il lancé.

De l'avis de plusieurs témoins, l'assaut des forces de l'ordre a été lancé sans le moindre avertissement, pendant que la majorité des manifestants dormaient. Des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles à fragmentation auraient été utilisés par les forces de l'ordre.

La place, occupée par des milliers de manifestants depuis le début de la semaine, est maintenant vide, jonchée de tentes et de couvertures abandonnées. Des dizaines de blindés ont été déployés dans les rues avoisinantes.

Tentant d'imiter les Égyptiens, des milliers de Bahreïnis avaient entrepris de camper à la place de la Perle, qu'ils ont rebaptisée place Tahrir, en hommage à la place égyptienne qui est devenue l'épicentre de la révolte populaire qui a entraîné la chute du président Hosni Moubarak.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur, le général Tarek al-Hassan, a affirmé que les forces de sécurité sont intervenues « après avoir épuisé toutes les chances de dialogue » avec les protestataires. Certains d'entre eux, a-t-il dit, « ont refusé de se soumettre à la loi, ce qui a nécessité une intervention pour les disperser », a-t-il expliqué.

Le ministère de l'Intérieur a fait savoir par la suite qu'il prendrait toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et a sommé la population d'éviter le centre de Manama, la capitale du pays.

Bahreïn est un tout petit royaume d'environ 750 000 habitants. La majorité de la population est chiite, mais la famille royale Al-Khalifa, au pouvoir depuis 1783, est sunnite.

Les manifestations s'étaient soldées jusqu'ici par deux morts.

L'opposition en colère

Le chef de l'opposition chiite à Bahreïn, le cheikh Ali Salmane, a affirmé jeudi à l'Agence France-Presse que cet assaut « sauvage et injustifié contre un rassemblement pacifique » constituait « une décision erronée qui aura des répercussions catastrophiques sur la stabilité de Bahreïn ».

Cheikh Salmane a par la suite confirmé le retrait du bloc de son groupe du Parlement, où il contrôle 18 des 40 sièges. UIl a aussi demandé la démission du gouvernement et la formation d'un nouveau cabinet susceptible d'enquêter sur les morts de manifestants.

Cheikh Salmane a par ailleurs maintenu l'appel à une nouvelle manifestation samedi.

« C'est du terrorisme pur et simple », a pour sa part commenté un député du Wefaq, Abdoul Djalil Khalil. « Quiconque a pris la décision d'attaquer les manifestants avait pour but de tuer. »

Lors d'une conférence de presse tenue mercredi, le Wefaq avait réclamé l'adoption d'une nouvelle Constitution plus démocratique.

« Nous ne voulons pas instaurer un État religieux. Nous souhaitons une démocratie civile (...) dans laquelle le peuple est à la source du pouvoir, et pour cela, nous avons besoin d'une nouvelle Constitution », avait déclaré le cheikh Ali Salmane.

Les manifestants réclament la démission du premier ministre, le cheikh Khalifa ben Salman al-Khalifa, oncle du roi, qui gouverne le pays depuis son indépendance, en 1971.

Ils dénoncent aussi la pauvreté et le chômage et s'inquiètent des avantages accordés à des sunnites étrangers qui viennent s'installer dans le royaume, ce qui en modifie l'équilibre démographique.

Bahreïn est un proche allié des Américains dans la région. Le royaume abrite la Ve Flotte américaine et constitue le port d'attache des bâtiments de guerre américains en mission dans la région.

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a parlé jeudi à son homologue de Bahreïn. Elle lui a fait part de sa « profonde inquiétude » au sujet des plus récents évènements et a prié le royaume de faire preuve de « retenue », selon un responsable du département d'État. L'adoption de réformes politiques et économiques a aussi fait l'objet de discussions.

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a également eu un entretien téléphonique avec le prince héritier Salman.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Al-Jazira

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