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Moubarak s'accroche, les manifestants demeurent déterminés

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans un discours télévisé jeudi, le président égyptien, Hosni Moubarak, est resté sourd à la principale demande des manifestants qui réclament depuis plusieurs jours sa démission. Son allocution a été accueillie avec colère par les milliers de personnes, réunies à la place Tahrir.

S'il a dit s'adresser « du fond du coeur à la jeunesse égyptienne », celle-ci n'a visiblement pas été touchée.

Au pouvoir depuis 30 ans, le raïs contesté a dit qu'il refusait de se plier aux diktats étrangers. Il a cependant annoncé avoir délégué les pouvoirs de la présidence à son vice-président, Omar Souleimane, en accord avec la Constitution égyptienne.

Hosni MoubarakAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Télévision d'État égyptienne

Je ne peux pas et n'accepterai pas d'ordres provenant de l'étranger, peu importe leur origine.

Une citation de :Hosni Moubarak

Il s'est également dit déterminé à protéger la Constitution jusqu'au transfert de pouvoir au vainqueur d'une élection honnête. Il a en outre promis de réaliser les réformes promises et a annoncé six amendements à la Constitution.

Articles de la Constitution visés par les amendements:

Article 76 : candidats à l'élection présidentielle
La Constitution autorise une poignée de candidats, soit un du parti de Moubarak et les autres issus de petites formations reconnues. Si les candidats indépendants peuvent briguer la présidence, les conditions auxquelles ils doivent répondre sont difficiles à remplir.

Article 77 : limite aux mandats présidentiels
L'actuelle Constitution ne limite pas le nombre de mandats du chef d'État.

Articles 76 et 88 : conduite des élections
La commission chargée du suivi de l'élection présidentielle est largement composée de membres du parti présidentiel. En outre, contrairement à ce que réclame l'opposition, la justice ne supervise pas les élections.

Article 93 : éligibilité et fraudes électorales
Cette clause stipule que seul le Parlement peut statuer sur l'éligibilité de ses membres. Le PND a ignoré les décisions de justice invalidant des résultats électoraux en s'appuyant sur cet article.

Article 179 : recours aux tribunaux militaires
Le président peut déférer toutes les causes liées au terrorisme à n'importe quelle instance judiciaire, y compris les tribunaux militaires. Les lois d'urgence permettent aussi de traduire des civils devant des cours martiales.

Article 189 : amendements à la Constitution
Le président peut soumettre au Parlement un amendement à la Constitution et vice-versa. Toutefois, tous les amendements doivent être approuvés par référendum.

Le président égyptien a tenu quelques paroles d'apaisement envers les manifestants, faisant allusion aux affrontements meurtriers survenus lors des manifestations.« Le sang de vos martyrs n'a pas été versé en vain », a-t-il lancé, le ton grave.

Affirmant qu'il n'avait jamais recherché le pouvoir, il a répété qu'il ne quitterait pas l'Égypte et qu'il voulait y être enterré.

Une demi-heure après le discours de Moubarak, le vice-président Omar Souleimane s'est lui aussi adressé à la nation, s'engageant à tout faire pour satisfaire les revendications du peuple par le dialogue et pour assurer un transfert pacifique du pouvoir.

Appelant le peuple à s'unir et à regarder vers l'avenir, il a invité les manifestants à retourner chez eux. Omar Souleimane a par ailleurs mis en garde contre les télévisions satellitaires.

N'écoutez pas les chaînes satellitaires. N'écoutez que votre propre conscience et le bon sens.

Une citation de :Omar Souleimane

Colère et consternation sur la place Tahrir

Des manifestants ont réagi avec colère au discours de Hosni Moubarak, brandissant des souliers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants ont réagi avec colère au discours de Hosni Moubarak, brandissant des souliers.

Photo : AFP / Pedro Ugarte

Pendant toute la journée, des chaînes de télévision et des agences de presse avaient relayé des informations sur la démission prochaine du chef d'État.

Quelque 200 000 Égyptiens s'étaient rassemblés sur la place Tahrir, au Caire, dans l'espoir d'entendre le dernier discours de M. Moubarak en tant que président. La déception est la frustration étaient grandes lorsqu'ils l'ont entendu dire qu'il restait en poste.

Loin d'être apaisés par son discours, ils ont promis une mobilisation spectaculaire vendredi, jour de la prière.

Plusieurs scandaient « À bas Moubarak! Dégage, dégage! » ou appelaient à une grève générale, tandis que d'autres brandissaient leurs chaussures en direction de l'écran, une insulte dans les sociétés arabes. Ils ont aussi crié des slogans adressés à l'armée, largement déployée autour de la place.

Armée égyptienne, le choix est maintenant:
le régime ou le peuple.

Une citation de :Slogan scandé par les manifestants

S'ils réclament depuis plus de deux semaines le départ du président Moubarak, leurs discours sont aussi devenus hostiles au vice-président. Sur la place Tahrir, on pouvait entendre la foule scander: « Ni Moubarak ni Souleimane! ».

Certains manifestants ont accueilli avec consternation la nouvelle du maintien en poste de Hosni Moubarak.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Certains manifestants ont accueilli avec consternation la nouvelle du maintien en poste de Hosni Moubarak.

Photo : La Presse canadienne / Emilio Morenatti

Si le rassemblement avait commencé dans le calme, les slogans se sont radicalisés après le discours du président et du président. « Jusqu'au palais [présidentiel], nous nous dirigeons, des martyrs par millions », criaient-ils.

Le réseau Al Jazira ajoutait que des manifestants se dirigeaient aussi vers la télévision nationale. Toutefois, une partie de la foule s'est résignée à quitter la place, drapeaux en berne sur l'épaule.

Le mouvement de protestation, qui est à son 17e jour, a pris un nouveau souffle au cours des deux derniers jours avec le déclenchement de grèves à travers le pays. Des avocats et des médecins se sont aussi joints au mouvement.

L'armée veut appuyer les demandes légitimes du peuple

Avant le discours présidentiel, le conseil suprême des forces armées égyptiennes a annoncé dans un communiqué, à l'issue d'une rencontre tenue sans Moubarak, son premier responsable, avoir commencé à prendre les mesures nécessaires « pour protéger la nation » et « pour appuyer les demandes légitimes du peuple ».

Un haut gradé de l'armée égyptienne s'est d'ailleurs déplacé à la place Tahrir, épicentre de la contestation, pour annoncer aux manifestants que toutes leurs revendications seraient satisfaites sous peu.

La télévision d'État égyptienne a rapporté pour sa part que le conseil supérieur de l'armée siégerait en permanence pour protéger le pays.

Communiqué du conseil suprême des forces armées égyptiennes

« Compte tenu de la responsabilité des forces armées et leur engagement à protéger le peuple et préserver ses intérêts et sa sécurité, et pour veiller à la sécurité de la nation et des citoyens, et aux acquis du grand peuple égyptien, et pour soutenir les demandes légitimes du peuple, le conseil suprême des forces armées s'est réuni aujourd'hui jeudi 10 février.

Il a décidé de rester réuni en session permanente pour examiner les décisions qui peuvent être prises en vue de protéger la nation, les acquis et les ambitions du grand peuple d'Égypte. »

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