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La contestation ne s'essouffle pas en Égypte

Des milliers de manifestants se sont encore rassemblés sur la place Tahrir au Caire.
Des milliers de manifestants se sont encore rassemblés sur la place Tahrir au Caire. Photo: AFP / Patrick Baz

La multiplication des annonces et les promesses du pouvoir égyptien n'ont pas réussi à convaincre les manifestants. Au 15e jour de la contestation, ils étaient des dizaines de milliers rassemblés à la place Tahrir, exigeant toujours le départ du président Hosni Moubarak.

La manifestation de mardi, qui a été l'une des plus importantes depuis le début du mouvement, a montré que l'opposition peut encore mobiliser la population.

Le vice-président Omar Souleimane a promis qu'il n'y aurait pas de représailles à l'encontre des manifestants. Mais il a déclaré à des journalistes que le pays « ne pourrait pas supporter cette situation longtemps. »

Selon lui, la forte présence de manifestants à la place Tahrir et des chaînes de télévision internationales font que les Égyptiens hésitent à « vaquer à leurs occupations ».

Mais les manifestants ont accusé les autorités de chercher à gagner du temps et ont promis de poursuivre le mouvement jusqu'à ce que leur « demi-révolution », baptisée « révolution du Nil », atteigne son but.

D'autres rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes égyptiennes, notamment à Alexandrie et à Minya avec près de 10 000 manifestants, mais aussi à Sohag et à Assiout au sud du Caire.

La vie quotidienne reprend

Même si la contestation se poursuit, plusieurs Cairotes ont repris le chemin du travail. Des restaurants et des magasins ont rouvert, mais la Bourse du Caire ne devrait reprendre du service que le 13 février.

Le couvre-feu a en outre été allégé. Il est désormais en vigueur de 20 h à 6 h.

Washington réclame la libération de tous les manifestants

Les États-Unis, par la voix du vice-président Joe Biden, ont de nouveau invité Omar Souleimane à une transition « rapide, significative, pacifique et légitime ».

La Maison-Blanche a quant à elle demandé la libération immédiate de tous les manifestants. « Le gouvernement doit cesser d'arrêter des manifestants et des journalistes, [mettre fin au] harcèlement, aux brutalités et aux interpellations visant des reporters, des militants et ceux qui sont engagés au sein de la société civile », a déclaré Robert Gibbs.

Le porte-parole de Barack Obama a en outre déploré les propos tenus la veille par Omar Souleimane, qui a estimé que l'Égypte n'était pas mûre pour la démocratie.

Amendement de la Constitution

Mardi, le président Hosni Moubarak a décidé de former une commission en vue d'amender la Constitution. « Une feuille de route claire a été mise en place avec un calendrier pour un transfert pacifique et ordonné du pouvoir », a déclaré M. Souleimane à l'antenne de la télévision nationale.

Ces amendements concernent le nombre de candidatures à l'élection présidentielle ainsi que le mandat présidentiel. Le prochain scrutin est prévu pour septembre prochain.

La mise en place de cette commission fait suite au lancement, dimanche dernier, d'un dialogue national entre le pouvoir et les forces d'opposition, dont les Frères musulmans.

Le gouvernement a également annoncé lundi une augmentation de 15 % du salaire des fonctionnaires et de leurs prestations de retraite, ainsi que la création d'une commission d'enquête sur les violences ayant opposé partisans et détracteurs du régime, mercredi dernier.

Par ailleurs, l'agence de presse officielle a annoncé la remise en liberté de 34 prisonniers politiques.

Des manifestants sur la place Tahrir au CaireDes manifestants sur la place Tahrir au Caire Photo : AFP / Mohamed Abed

Libération d'une figure de la protestation

Dans la journée, Wael Ghonim, le jeune dirigeant de Google libéré par les autorités après 12 jours de détention, s'est rendu sur la place Tahrir, où il a été accueilli en héros par les milliers de manifestants.

« Je ne suis pas un héros, vous êtes les héros, c'est vous qui êtes restés ici sur la place », a répondu Wael Ghonim à la foule. « Il faut que vous insistiez pour que nos revendications soient satisfaites. Pour nos martyrs, il faut que nous insistions », a-t-il ajouté.

Dans un entretien diffusé sur la chaîne privée Dream 2, le jeune homme a affirmé avoir été maltraité par les services de sécurité d'État. « J'ai eu les yeux bandés pendant 12 jours, je n'entendais rien, je ne savais rien », a déclaré M. Ghonim.

L'opposant a également confirmé être à l'origine de la page Facebook « Nous sommes tous Khaled Saïd », en référence à une icône de la révolte égyptienne, un jeune homme battu à mort par des policiers égyptiens en juin dernier.

Voir aussi le billet de Vincent Grou sur le cybermilitant Wael Ghonim.

Trente-quatre autres prisonniers politiques ont également été relâchés mardi par le nouveau ministre de l'Intérieur, Mahmoud Wagdi.

Selon l'agence de presse officielle Mena, il s'agit d'éléments extrémistes qui s'étaient évadés à la faveur des troubles de fin janvier, mais qui se sont rendus depuis et qui ont « fait preuve de bonne volonté et exprimé leur désir de vivre pacifiquement au sein de la société ».

Wael Ghonim, le jeune dirigeant de Google qui a été emprisonné par les autorités, est acclamé par la foule réunie sur la place Tahrir.Wael Ghonim, le jeune dirigeant de Google qui a été emprisonné par les autorités, est acclamé par la foule réunie sur la place Tahrir. Photo : PC / Tara Todras-Whitehill

Dernier bilan des victimes

L'organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch a confirmé 297 décès depuis le début de la révolte populaire en Égypte.

La majorité des victimes ont été tuées les 28 et 29 janvier, lors d'affrontements entre les forces de l'ordre et les protestataires.

« Une partie significative [des décès] est dûe à des tirs trop rapprochés de balles en caoutchouc et de bombes lacrymogènes sur la foule », a expliqué la chercheuse Heba Morayef sur le site internet de HRW.

« Le nombre réel de décès sera probablement beaucoup plus élevé que 297, parce que notre décompte est seulement basé sur les principaux hôpitaux de trois villes. Nous avons seulement inclus le nombre de morts que nous avons pu confirmer par nous-mêmes », a-t-elle précisé.

Un précédent bilan de l'ONU faisait état de 300 morts.

Consultez notre carte interactive:

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Reuters

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