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Le conflit au Journal de Montréal devant les élus

Pierre Karl Péladeau lors de son témoignage en commission parlementaire
Pierre Karl Péladeau lors de son témoignage en commission parlementaire Photo: AFP / Jacques Boissinot
Radio-Canada

Lors des audiences sur la modernisation des dispositions antibriseurs de grève, Pierre Karl Péladeau a déploré que Québec revoie le Code du travail avec le conflit au Journal de Montréal en toile de fond.

« Cette démarche est d'autant plus étonnante que cette commission s'immisce dans un conflit privé sous la pression d'une des parties en cause [...], un syndicat qui, depuis le début, a démontré un refus systématique de composer avec la nouvelle réalité des médias en s'enfermant dans la pure tradition des partisans du statu quo », a-t-il déclaré.

Le PDG de Quebecor a rappelé les nombreux changements auxquels a dû faire face l'industrie de la presse ces dernières années et a indiqué que, pour lui, il ne fallait pas attendre une crise pour changer les façons de faire au sein de son entreprise.

Selon M. Péladeau, si le gouvernement revoit les mesures qui empêchent le recours aux travailleurs de remplacement, il doit également tenir compte des revendications des employeurs.

Le Code du travail se doit de contribuer à créer un environnement favorable non seulement aux travailleurs, mais aussi aux entreprises qui embauchent ces travailleurs et leur famille et investissent pour créer de la richesse.

Pierre Karl Péladeau

M. Péladeau a convenu que le lock-out était un « geste violent », mais qu'il était « incontournable ».

Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a affirmé qu'il souhaitait maintenir le rapport de force actuel, même s'il avantage les syndicats, à son avis. « Changer les dispositions qui ont trait à ce rapport-là, je vous le dis, c'est ouvrir une canne d'explosifs, c'est enlever le petit bouchon sur le presto », a-t-il dit.

La position syndicale

Plus tôt, le syndicat du Journal de Montréal a tenté de faire la preuve que la loi actuelle ne permet pas d'empêcher les entreprises d'embaucher des briseurs de grève et a dit souhaiter que le lock-out du quotidien, qui perdure depuis plus de deux ans, serve à faire changer les choses.

Cette loi, si elle est modernisée, pour moi, ce sera un legs, ce sera un conflit long et pénible qui n'aura pas été vain. 

Raynald Leblanc, président du syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal

Dans un mémoire conjoint déposé à la commission, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) ont fait trois recommandations pour moderniser le Code du travail :

  • Incorporer à l'article 109 du Code une définition du mot « établissement ». Tous les endroits où les salariés exécutent leurs tâches normales et habituelles devraient faire partie de cette définition, selon eux;
  • Modifier le premier paragraphe de l'article 133 du Code, afin que la décision de la Commission des relations du travail soit rendue dans les 60 jours du dépôt d'une requête faite en vertu de l'article 109;
  • Modification du mandat de l'enquêteur - article 109.4 du Code - pour lui accorder des pouvoirs décisionnels de faire cesser une contravention constatée à l'article 109.

Inchangée depuis 1977

Les travaux de la commission portent sur la possibilité d'adopter une loi pour actualiser les mesures contenues dans le Code du travail, une règlementation qui n'a pas été modifiée depuis 1977.

Selon Marc-Francois Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l'Université d'Ottawa, la concentration de la presse et le développement d'Internet ont complètement changé le rapport de force employés-employeurs lors de conflits de travail dans l'industrie des médias. « Avec le conglomérat, la donne a changé, d'une part, parce qu'ils ont une grande variété de médias et surtout parce qu'au fond les gens peuvent travailler à distance », observe-t-il.

Le chercheur estime que la situation au Journal de Montréal, dont Quebecor a sous-traité une bonne partie du contenu à l'agence QMI, pourrait se reproduire si la justice ne limite pas la capacité d'une entreprise à recourir au personnel d'une autre entreprise.

C'est dans ce contexte que les jeunes libéraux, Québec solidaire et le Parti québécois ont exigé du gouvernement Charest qu'il modernise la loi actuelle, qui précise que les briseurs de grève sont interdits « dans l'établissement », ouvrant la porte à toutes les formes de télétravail.

Si les syndicats ont salué l'initiative, les représentants patronaux n'ont pas vu pas la chose du même oeil. « Un code du travail trop rigide fait fuir des emplois, fait fuir des investisseurs. Si on doit rouvrir le Code du travail, on risque d'ouvrir une boîte de pandore, mais à ce moment-là, on aura, nous aussi, nos revendications », a prévenu le vice-président de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Denis Hamel.

L'abolition pure et simple des dispositions antibriseurs de grève figure en tête de liste des demandes de la Fédération, à l'image de la situation qui existe dans huit des dix provinces canadiennes.

Khadir n'a pas accès à la commission parlementaire

Alors que les libéraux ont rappelé l'importance d'assurer l'équilibre entre les parties syndicale et patronale et que l'opposition a dénoncé l'absence de la ministre du Travail Lise Thériault dans la salle, les membres de la commission parlementaire ont refusé au député de Québec solidaire, Amir Khadir, de participer aux travaux. Il est pourtant à l'origine de la motion qui a engendré cette commission. « En deux ans de présence à l'Assemblée nationale, c'est la première fois que je me voyais refuser un droit de parole en commission parlementaire. », a-t-il dit, sidéré.

M. Khadir a tout de même profité d'un point de presse, plus tard dans la journée, pour qualifier Pierre Karl Péladeau de « champion toutes catégories des lock-outs ».

Avec un reportage de Geneviève Chacon

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