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Des centaines de manifestants défient encore le couvre-feu

Un soldat tunisien monte la garde devant les bureaux du premier ministre Gannouchi. À ses côtés, des jeunes qui ont passé la nuit à la belle étoile pour venir réclamer la démission du chef du gouvernement de transition.

Un soldat tunisien monte la garde devant les bureaux du premier ministre Gannouchi. À ses côtés, des jeunes qui ont passé la nuit à la belle étoile pour venir réclamer la démission du chef du gouvernement de transition.

Photo : La Presse canadienne / AP/Christophe Ena

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2011 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour une seconde nuit consécutive, plusieurs centaines de manifestants campaient lundi soir sous les fenêtres du bureau du premier ministre Mohamed Ghannouchi, à Tunis, bravant ainsi le couvre-feu toujours en vigueur et scandant des slogans contre le gouvernement.

Les manifestants viennent de partout au pays, notamment de zones rurales déshéritées. Plusieurs viennent de Sidi Bouzid, à 300 kilomètres au sud de Tunis, où le jeune chômeur diplômé Mohamed Bouazizi s'est immolé il y a un mois. Son suicide a été l'élément déclencheur de la révolte populaire.

Munis de matelas et de couvertures, les manifestants sont ainsi restés sourds à l'appel du général Rachid Ammar, chef d'état-major de l'armée de terre tunisienne, qui, en après-midi, a invité la foule à quitter les lieux.

L'armée en général et le général Ammar en particulier, qui a refusé de donner l'ordre de tirer sur des protestataires, comme le lui demandait le président Ben Ali dans les premiers jours des manifestations, jouissent d'une immense popularité en Tunisie.

L'armée tunisienne se porte « garante de la révolution » du jasmin qui a entraîné la chute du président Ben Ali, a déclaré le général Ammar. Il a cependant mis les manifestants en garde contre une vacance du pouvoir.

« Notre révolution, votre révolution, la révolution des jeunes, elle risque d'être perdue, d'autres risquent de la récupérer. Il y a des forces qui appellent au vide, à la vacance du pouvoir. Le vide engendre la terreur, qui engendre la dictature », a-t-il prévenu devant des centaines de manifestants réunis à Tunis.

Le départ de ministres réclamé

Toute la journée, des milliers de personnes ont continué de réclamer le départ des ministres issus du clan de Ben Ali, qui occupent des postes clés au sein du cabinet de transition. Elles visent spécifiquement le premier ministre Gannouchi, le ministre de la Défense, Ridha Grira, le ministre de l'Intérieur, Ahmed Friaâ et le ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane.

En matinée, la tension a monté d'un cran. Dans la capitale, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants. Des protestataires ont lancé des projectiles vers les policiers au moment où ils escortaient des fonctionnaires.

La confrontation a toutefois été de courte durée. Les militaires, désarmés pour la plupart, se sont interposés entre les deux groupes pour éviter que la situation ne dégénère.

Par ailleurs, les policiers ont eux-mêmes tenu une manifestation séparée près des locaux du ministère de l'Intérieur afin de revendiquer leur syndicalisation.

Des manifestants venus de Sidi Bouzid manifestent près du siège du gouvernement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants venus de Sidi Bouzid manifestent près du siège du gouvernement.

Photo : AFP / Fethi Belaid

Remaniement annoncé

Le porte-parole du gouvernement de transition, Taieb Baccouch, également ministre de l'Éducation, a annoncé aux agences de presse un remaniement ministériel imminent, peut-être même « d'ici [mardi] ».

« Il y aura un minimum de six, sinon plus, postes à pourvoir », a-t-il indiqué, rappelant la démission de cinq ministres la semaine dernière : trois syndicalistes, un opposant et un membre de l'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel tunisien (RCD).

Il s'est prononcé « à titre personnel » en faveur du maintien des ministres qui ont servi sous Ben Ali au nom de « la continuité de l'État ».

En après-midi, la rue a accueilli avec une explosion de joie la rumeur de la démission du gouvernement, qui a cependant été démentie.

Rappelons que le premier ministre Ghannouchi a promis de quitter la vie politique à l'issue des prochaines élections, que le gouvernement de transition doit organiser d'ici six mois. Aucune date n'a toutefois été fixée.

Par ailleurs, le sous-secrétaire d'État américain pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman, est arrivé lundi à Tunis. Il y a rencontré le chef de la diplomatie tunisienne, Kamel Morjane.

Cité par l'agence tunisienne officielle TAP, il a « salué la révolution du peuple tunisien » et exprimé la volonté de Washington de soutenir « la cause tunisienne pour la liberté d'opinion et de presse et la consécration des droits de la personne et de la démocratie ».

Enquête sur Ben Ali en France

Le parquet de Paris a annoncé lundi qu'il ouvre une enquête préliminaire sur les biens que détiendrait la famille de l'ex-président Zine el-Abidine Ben Ali en France. L'enquête fait suite à une plainte déposée la semaine dernière par trois organisations non gouvernementales, soit Sherpa, Transparency International et la Commission arabe des droits humains. Toutes trois veulent faire recenser les biens détenus en France par Ben Ali et ses proches. Ces richesses, disent-ils, ont vraisemblablement été acquises avec de l'argent volé à l'État. Le président français a par ailleurs reconnu que son gouvernement avait « sous-estimé » la colère de la population tunisienne.

Grève illimitée dans les écoles primaires

Le gouvernement avait décrété la reprise des cours pour lundi dans les écoles primaires et pour les lycéens de classe terminale. Cette tentative de normalisation a cependant été minée par le Syndicat national des enseignants du primaire, qui a lancé une « grève illimitée » pour dénoncer la présence de caciques de l'ancien régime dans le gouvernement de transition.

L'appel a été largement suivi, et les agences de presse faisaient état de nombreux établissements fermés. Le syndicat a affirmé que le mouvement avait été suivi par « à 90-100 % », tout dépendant des régions du pays.

Le Syndicat national de l'enseignement secondaire a pour sa part lancé un appel à une journée de grève jeudi.

Par ailleurs, la télévision d'État a rapporté qu'un ancien conseiller politique de Ben Ali, Abdelwaheb Abdallah, avait été assigné à domicile. La veille, l'agence de presse nationale a annoncé que deux de ses proches collaborateurs avaient été placés en résidence surveillée. Il s'agit de son porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de son ancien ministre de l'Intérieur et président de la Chambre haute du parlement, Abdallah Qallal.

Le propriétaire de la chaîne privée Hannibal TV, Larbi Nasra, aurait pour sa part été arrêté pour « trahison » dimanche. Il a cependant annoncé lundi sur sa propre antenne qu'il avait été libéré et qu'aucune accusation ne pesait sur lui.

Selon le gouvernement, l'insurrection a fait 78 morts jusqu'ici. Les Nations unies en dénombrent 117.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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