•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les cinq semaines qui ont fait tomber Ben Ali

Karim Ouadia


Le visage de la Tunisie ne sera plus jamais le même. Une révolte? Une révolution? C'est certainement un tournant important dans l'histoire de ce pays du Maghreb.

Après 23 ans de règne sans partage, Zine El Abidine Ben Ali est évincé du pouvoir par des manifestations populaires qui ont démenti tous les pronostics. Les émeutes ont fait 100 morts, selon des informations compilées par l'ONU.

Mohamed Bouazizi, l'universitaire et vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu (28 décembre 2010).Le président Ben Ali visite Mohamed Bouazizi, qui s'est immolé par le feu le 28 décembre 2010. Photo : AFP / Présidence tunisienne

Tout commence le 17 novembre 2010 lorsqu'un jeune marchand de légumes à Sidi Bouziz, dans le centre du pays, tente de se donner la mort en s'immolant par le feu.

Les autorités venaient de lui confisquer sa charrette, avec laquelle il sillonnait la ville pour vendre ses primeurs. C'était le seul moyen de subsistance pour Mohamed Bouazizi, diplômé universitaire au chômage.

La nouvelle fait le tour de la ville, qui bouillonne de colère. Le 19 décembre, la police intervient pour mater les manifestations. Des gaz lacrymogènes sont utilisés. Les affrontements entre les forces antiémeutes et les manifestants font plusieurs blessés, et des dizaines de personnes sont arrêtées.

Le 22 décembre, un autre jeune se suicide par électrocution, en motivant son geste par le chômage dont il était victime. Il avait 24 ans.

Moins de 48 heures plus tard, les manifestations font tache d'huile et la police tire à balles réelles. Un jeune de 18 ans est tué, atteint d'une balle à la poitrine.

Policier tunisienUn policier tunisien près des manifestants Photo : Fethi Belaid

Le 27 décembre, c'est Tunis, la capitale, qui abrite des manifestations de colère de plusieurs centaines de jeunes diplômés sans travail. Là aussi, la police intervient brutalement.

Le lendemain, le président Zine El-Abidine Ben Ali se rend au chevet de Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant qui s'était immolé par le feu, et apparaît le soir même à la télévision en qualifiant les manifestations de « troubles », oeuvre d'une « minorité d'extrémistes ».

Le 29 décembre, un remaniement ministériel partiel est annoncé. Le changement ne concerne pas les principaux ministères.

Le 5 janvier 2011, Mohamed Bouazizi, meurt des suites de ses blessures.

Le 6 janvier, le mouvement prend une autre dimension. Les avocats par milliers observent une grève pour dénoncer la répression policière. Le débrayage est suivi dans tous les tribunaux tunisiens.

Le 8 janvier, les manifestations se poursuivent à Kasserine, à Regueb et à Thala. Les autorités annonceront le lendemain un bilan de 14 morts.

Zine el-Abidine Ben AliZine el-Abidine Ben Ali

Le président Ben Ali s'adresse aux Tunisiens le lundi 10 janvier une deuxième fois après le début des manifestations.

Il qualifie les troubles d'actes terroristes, en désignant des éléments étrangers, avant de promettre la création de 300 000 emplois en moins de deux ans.

Le soir même, le gouvernement ordonne la fermeture de toutes les écoles et universités jusqu'à nouvel ordre.

Le lendemain, le gouvernement revoit le bilan des morts depuis le début des émeutes. Il fait état de 21 morts, alors que la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme avance un bilan provisoire de 35 morts.

Rien ne va plus au sommet de l'État. Au moment où des sources concordantes parlent de 66 morts depuis l'éclatement des manifestations de colère, Zine El Abidine Ben Ali limoge son ministre de l'Intérieur le 12 janvier, et impose un couvre-feu à Tunis.

Le jeudi 13 janvier, le président Ben Ali s'adresse une nouvelle fois aux Tunisiens pour annoncer qu'il n'a pas l'intention de se représenter à la magistrature suprême en 2014. Il annonce également que la presse sera désormais plus libre.

Des affrontements à Tunis entre des forces de l'ordre et des manifestants.Des affrontements à Tunis entre des forces de l'ordre et des manifestants. Photo : AFP / Fethi Belaid

Moins de 24 heures plus tard, le mouvement gagne le coeur de la capitale, et les manifestants réclament le départ de Ben Ali. Ce dernier est déjà désigné comme ex-président sur nombre de chaînes de radio et de télévision, dont les micros sont ouverts aux opposants très actifs sur les réseaux sociaux, malgré la censure imposée par le régime.

Dans l'après-midi de ce vendredi 14 janvier, Ben Ali limoge le gouvernement pour annoncer la tenue d'élections législatives anticipées dans un délai de six mois.

Un couvre-feu est annoncé le même jour pour l'ensemble du territoire tunisien. Et le premier ministre, Mohamed Ghannouchi, annonce l'incapacité du président Ben Ali d'exercer ses fonctions.

Il annonce également qu'il assure l'intérim jusqu'à la tenue des législatives.

Des rumeurs et des informations contradictoires sont relayées par les médias nationaux et étrangers sur la fuite de l'ancien président.

Ce n'est que le lendemain, le 15 janvier, que Ryadh confirme que le couple Ben Ali est en Arabie Saoudite. Le règne de Ben Ali se conjugue désormais au passé.

Zine el-Abidine Ben Ali en bref

Né le 3 septembre 1936 à Hamam Sousse

Il occupe plusieurs postes au sein de l'armée et de la police, dont il devient le patron en 1978.

En 1985, il fait son entrée au gouvernement et devient ministre de l'Intérieur.

En 1987, il dépose le président Habib Bourguiba, que les médecins déclarent incapable d'assumer ses fonctions. Ben Ali succède à Bourguiba.

En 1989, il est élu avec 99,27 % des voix.

Il sera réélu en 1994 avec à 99,91 % des voix.

Il sera également reconduit à la tête de l'État en 1999 avec 99,45 % des suffrages, alors que la loi permet à l'opposition de présenter des candidats.

Le même scénario se répète en 2009, lorsqu'il est réélu avec 89,62 % des voix.

À la tête du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et d'un régime autoritaire, soutenu par certains pays occidentaux, Zine el-Abidine Ben Ali règne sans partage. Les organisations des droits de l'homme dénoncent sa politique de répression envers ses opposants et les multiples atteintes à la liberté de presse.

Sous son administration, la corruption se généralise, notamment avec l'hégémonie de ses proches.
Des émeutes éclatent en novembre et dureront cinq semaines au bout desquelles, il prend la fuite avec son épouse pour se réfugier en Arabie saoudite le 14 janvier 2011.

Aucun thème sélectionné